Nucléaire : la France est-elle prête à fermer ses réacteurs ?
Ce matin, Nicolas Hulot a précisé que jusqu’à 17 des 58 réacteurs nucléaires du parc français pourraient être fermés d’ici 2025, afin de tenir l’objectif d’une réduction de 75 à 50% du nucléaire dans la part de production d‘électricité.

Nucléaire : la France est-elle prête à fermer ses réacteurs ?

Ce matin, Nicolas Hulot a précisé que jusqu’à 17 des 58 réacteurs nucléaires du parc français pourraient être fermés d’ici 2025, afin de tenir l’objectif d’une réduction de 75 à 50% du nucléaire dans la part de production d‘électricité.
Public Sénat

Par Alice Bardo

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« Nicolas Hulot approche les choses avec réalisme », apprécie André Gattolin, sénateur écologiste désormais membre du groupe La République en marche.

Après l’annonce par le ministre de la Transition écologique de son Plan climat, beaucoup avaient critiqué son silence sur la fermeture des centrales nucléaires. Nicolas Hulot s’était en effet borné à « espérer » tenir l’objectif d’une réduction de 75 à 50% de la part du nucléaire dans la production d’électricité.

« C’est la fin du « dogme ‘on ne ferme rien'»

Ce matin, invité de la matinale de RTL, le ministre de la Transition écologique a toutefois précisé les choses : « Avec le Plan climat, on a confirmé que la part du nucléaire dans la production d’électricité sera de 50%. Chacun peut comprendre que pour tenir cet objectif, on va fermer un certain nombre de réacteurs (…) Laissez-moi planifier les choses, ce sera peut-être jusqu’à 17 réacteurs, il faut qu’on regarde. »

Charlotte Migeon, du réseau Sortir du nucléaire,  se réjouit d’un « chiffre suffisamment précis pour ne pas avoir été issu d’une certaine réflexion ». Plus encore, c’est la fin du « dogme ‘on ne ferme rien’ » qu’elle salue : « Pour la première fois, un ministre de l’Environnement parle de fermer des réacteurs et un certain nombre, pas juste quelque chose de symbolique comme Fessenheim. »

« 17 réacteurs, ce n’est pas suffisant »

Pour autant, elle regrette qu’il ne s’agisse que d’une « fourchette », Nicolas Hulot ayant précisé qu’il fermerait « jusqu’à 17 réacteurs ». « 17 c’est le haut de la fourchette », remarque-t-elle. Et qui plus est, « ce n’est pas suffisant ». Charlotte Migeon rappelle qu’ « en 2025, 34 réacteurs auront dépassé leur durée de fonctionnement (30 ans) ».

Elle pointe « des équipements qui vieillissent, dont certains qui ne sont pas remplaçables, comme la cuve du réacteur », et propose leur « fermeture effective (…) dès maintenant », ce qui permettra notamment à Nicolas Hulot de dépasser « l’effet d’annonce ».

« Le vieillissement du parc nucléaire »

André Gattolin s’accorde avec elle sur « le vieillissement du parc nucléaire » et les risques que cela représente, ainsi que sur le coût des réparations de certains réacteurs. Mais le sénateur rappelle que, pour l’instant, le nucléaire permet tant l’ « indépendance énergétique » de la France et sa « sécurité civile », qu’une « production constante » d’énergie. Ainsi la réduction de sa part dans le mix énergétique mérite « une interrogation globale », sur les plans écologique et de la sûreté,  mais également aux niveaux géopolitique et économique.

« L’Allemagne a voulu sortir rapidement du nucléaire et a donc dû recourir au charbon, le plus polluant », rappelle André Gattolin. Mais aussi au gaz, qu’elle se fournit auprès de la Russie. Or les relations entre Angela Merkel et Vladimir Poutine ne sont pas au beau fixe.

« Les travaux de prolongation vont coûter extrêmement cher »

Autre problématique, économique. « Il y a des réacteurs dont les travaux de prolongation vont coûter extrêmement cher, pour des résultats dérisoires car certains équipements ne peuvent pas être remplacés », remarque Charlotte Migeon. André Gattolin est également conscient du coût de ces réparations, mais estime qu’il est préférable de « fixer un horizon » comme le propose le ministre de la Transition écologique plutôt que de se précipiter comme l’a fait l’Allemagne.

Le sénateur propose entre autres de développer l’énergie hydroélectrique, « la meilleure énergie renouvelable », qui peut assurer une production constante d’énergie comme c’est le cas aujourd’hui du nucléaire ».

« Un ‘non besoin’ d’une vingtaine de réacteurs »

Charlotte Migeon estime quant à elle que la France est déjà en mesure de produire suffisamment d’énergie en fermant une vingtaine de réacteurs. Elle se réfère ainsi aux travaux de la commission d’enquête relative aux coûts passés, présents et futurs de la filière nucléaire (2013), qui s’est elle-même référée aux propos de Laurent Michel, directeur général de l’énergie et du climat : « Dans l’hypothèse d’une part du nucléaire de 50 % en 2025, les besoins seraient de 36 à 43 gigawatts, ce qui correspond, indépendamment des problèmes de sûreté, à un ‘non besoin’ » d’une vingtaine de réacteurs. »

« Le travail que fait Nicolas Hulot peut paraître ingrat aux écolos », admet André Gattolin. Mais selon lui, sa « remise à plat de toute la politique énergétique » est nécessaire avant toute chose.

Partager cet article

Dans la même thématique

French Prime Minister Sébastien Lecornu Chairs Crisis Cell in Marseille Over Heatwave
6min

Politique

« La chaleur monte encore d’un cran » : la canicule inquiète l’exécutif, entre feux de forêt record et passages aux urgences en hausse

Pour la première fois, le gouvernement a déployé ce vendredi le plan Orsec de lutte contre les catastrophes et accidents pour faire face aux chaleurs extrêmes dans les départements en vigilance rouge canicule. Les températures vont encore grimper ce week-end, renforçant les inquiétudes sur les fronts de l’hôpital et des feux de forêt.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
9min

Politique

Présidentielle 2027 : le PS enterre la primaire ouverte et fragilise Olivier Faure

Après avoir été mis en minorité par les députés socialistes sur la stratégie à adopter lors de la motion de censure déposée par les Écologistes en pleine canicule, Olivier Faure a essuyé un deuxième revers, cette fois devant les militants de son propre parti. En rejetant sa proposition de primaire ouverte, le PS fragilise son premier secrétaire et ouvre une nouvelle phase de la course à la présidentielle. Au centre de toutes les interrogations désormais, la place que choisira d’occuper Raphaël Glucksmann.

Le

Paris: Debat reforme des retraites au Senat
5min

Politique

Sénatoriales : Guillaume Gontard va quitter la présidence du groupe écologiste, après six années passées à sa tête

Après le prochain renouvellement sénatorial du 27 septembre prochain, Guillaume Gontard quittera la présidence du groupe écologiste qu'il occupe depuis 6 ans. L'élu de l'Isère n'est pas renouvelable, mais a décidé de passer la main à la rentrée prochaine. Il se dit fier du travail accompli et « d'avoir pu instaurer une parole écologiste qui compte » au sein de la Haute Assemblée.

Le