Nucléaire : les sénateurs écologistes déposent une proposition de loi visant à renforcer la sûreté des centrales
Attendu le 10 février à Belfort, le Président devrait faire des annonces sur le futur du parc nucléaire français. Au Palais du Luxembourg, les sénateurs du groupe écologiste ont présenté une proposition de loi comprenant plusieurs mesures « visant à renforcer la sûreté nucléaire, la transparence financière et le contrôle parlementaire. »

Nucléaire : les sénateurs écologistes déposent une proposition de loi visant à renforcer la sûreté des centrales

Attendu le 10 février à Belfort, le Président devrait faire des annonces sur le futur du parc nucléaire français. Au Palais du Luxembourg, les sénateurs du groupe écologiste ont présenté une proposition de loi comprenant plusieurs mesures « visant à renforcer la sûreté nucléaire, la transparence financière et le contrôle parlementaire. »
Public Sénat

Par Louis Dubar

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Attendu le 10 février à Belfort, le Président devrait faire des annonces sur le futur du parc nucléaire français. Au Palais du Luxembourg, les sénateurs du groupe écologiste ont présenté une proposition de loi comprenant plusieurs mesures « visant à renforcer la sûreté nucléaire, la transparence financière et le contrôle parlementaire. »

Ces mesures prévues par l’exécutif de renforcement du parc nucléaire n’auront aucune incidence sur le fonctionnement des plus vieux réacteurs qui devraient poursuivre leur fonctionnement au-delà des quarante-ans d’activité. Cette extension de la durée de vie des réacteurs inquiète les sénateurs. « Le gouvernement veut avancer en laissant la poussière radioactive sous le tapis », souligne la sénatrice Générations Sophie Taillé-Polian. « Pour ou contre le nucléaire, nous devons assurer la sûreté », explique le sénateur Daniel Salmon. Le fonctionnement des plus vieux réacteurs du parc français est une inconnue à surveiller, « les centrales n’ont pas été prévues pour une durée de vie aussi longue et cela nous pousse à adopter des obligations de sûreté supplémentaires », souligne-t-il. En juillet 2021, Hugo, un ancien membre de la direction du site de Tricastin dans la Drôme accusait EDF de mener « une politique de dissimulation » des incidents survenant sur le site. Cette centrale mise en service en 1980 est l’une des plus vieilles de l’Hexagone. En décembre 2021, des traces de tritium ont été détectées dans les eux souterraines de l’unité de productionLe 8 février, le fournisseur d’électricité a annoncé l’arrêt de trois réacteurs, des fermetures liées à des problèmes de corrosion. EDF a également prolongé les arrêts de deux autres réacteurs jusqu’à la fin de l’année 2022.

« Davantage de transparence »

Cette sûreté proposée par les écologistes se base sur « davantage de transparence. » « Aujourd’hui le nucléaire, c’est une industrie particulière car c’est l’exploitant qui déclare les incidents et les accidents. » Ce système « d’auto-contrôle » donne à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) « une connaissance à postériori des incidents et des accidents », selon Daniel Salmon. Pour donner à l’autorité administrative une vision « globale » la proposition de loi demande une présence permanente de l’ASN dans les centrales. Cette recommandation est un moyen de donner au « gendarme du nucléaire » des capacités de suivi de l’application de ses recommandations en permettant « des sanctions en cas de retard » par la commission des sanctions, une commission contrôlée par des parlementaires. A la suite de l’accident de Fukushima, l’autorité administrative avait édicté plusieurs normes de sûreté en 2012 notamment en demandant l’installation de groupes électrogènes à moteur diesel d’ultime secours. Prévue fin 2018, l’échéance a été étendue à fin décembre 2020. « L’ensemble des recommandations ne seront mises en œuvre qu’en 2034 […] des recommandations qui ne sont pas toujours suivies dans les faits », souligne le sénateur. La PPL préconise de doter le Ministère de la transition écologique du pouvoir de fermer les centrales « notamment pour des motifs écologiques et assurer la sûreté ». Le gouvernement « ne peut pas fermer une centrale sans l’accord de l’exploitant ».

Contrôle parlementaire, transparence financière et gestion des déchets

Pour briser ce système « d’auto-contrôle » des activités du parc nucléaire par les exploitants, le texte propose la création d’une délégation parlementaire au nucléaire civile sur le même modèle que la délégation parlementaire au renseignement. « Il est anormal que les parlementaires n’aient pas accès à des informations précises, régulières et concrètes », s’exclame la sénatrice Sophie Taillé-Polian. Chaque année, les membres de la délégation rendront un rapport public sur les activités, un texte « qui ne peut faire état […] d’aucun élément protégé par le secret industriel. » Les sénateurs dénoncent les connaissances « approximatives » quant à l’estimation des coûts complets de l’activité du nucléaire. Les parlementaires souhaitent un renforcement d’une expertise sur le sujet à travers la création d’une commission nationale des provisionnements pour servitudes nucléaires ayant pour mission « de contrôler le provisionnement servant à financer les démantèlements des réacteurs. » La proposition de loi aborde également la problématique de gestion actuelle des déchets, « une gestion hypothétique, on enfouit les déchets dans une couche d’argile et on croise les doigts pendant cent mille ans », déclare le président du groupe écologiste Guillaume Gontard. Le texte présenté ce matin à la presse au Sénat propose une nouvelle « feuille de route sur la mise en place d’alternatives avec la réouverture de l’ensemble des pistes de gestion des déchets radioactifs (enfouissement, stockage subsurface et transmutation). »

La session parlementaire s’achevant fin février, la proposition de loi ne pourra pas être inscrite à l’ordre du jour durant ce quinquennat.

>> Lire aussi : Savoir-faire, mains d’œuvre, faisabilité… Les défis de la relance du nucléaire

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés
7min

Politique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés

Le candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle remet dans le débat sa proposition d’effacement des 20 % de la dette publique logée dans la Banque de France. Une solution en apparence miracle, qui en réalité rencontrerait plusieurs difficultés. Risques inflationnistes, mise au ban de l’Europe, perte de confiance : des obstacles comme des dangers barrent la route.

Le

SIPA_01234434_000029
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.

Le

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
4min

Politique

Primaire PS/Place publique : comment va-t-elle se passer ?

Le bloc social-démocrate s’organise pour trouver son candidat à la présidentielle. Le Parti socialiste et Place publique organisent une primaire destinée à leurs adhérents et sympathisants. Ses modalités ont été longuement débattues : la question du prix de la participation ainsi que l’engagement à ne pas s’allier avec LFI aux législatives ont agité les négociateurs. L’accord trouvé doit être validé par les organes décisionnels des deux partis ce mardi soir.

Le

Capture d’écran du documentaire « Montand est à nous » d’Yves Jeuland
5min

Politique

Les « docus de l’été » : Du communisme à l’Aveu de Costa-Gavras, la vie d’Yves Montand racontée par Yves Jeuland

Fasciné depuis son enfance par la vie d’Yves Montand, dans son film Montand est à nous, Yves Jeuland nous propose un voyage dans la vie de la star française. Une forme d’inventaire affectif du réalisateur pour celui qui fut tour à tour un chanteur et un comédien engagé aux côtés du parti communiste avant d’en dénoncer les errements, dans l’un de ses rôles les plus célèbres, dans le film de Costa Gavras l’Aveu. "Montand est à nous", un documentaire d’Yves Jeuland à voir cet été sur Public Sénat.

Le