Nucléaire : un « recul de la rigueur » chez EDF, selon l’ASN
Auditionnée au Sénat, l’autorité de sûreté nucléaire (ASN) lors de la présentation de son rapport annuel 2019 a constaté chez EDF un « recul de la rigueur d’exploitation » de ses centrales nucléaires, « malgré des résultats de sûreté globalement satisfaisants ».

Nucléaire : un « recul de la rigueur » chez EDF, selon l’ASN

Auditionnée au Sénat, l’autorité de sûreté nucléaire (ASN) lors de la présentation de son rapport annuel 2019 a constaté chez EDF un « recul de la rigueur d’exploitation » de ses centrales nucléaires, « malgré des résultats de sûreté globalement satisfaisants ».
Public Sénat

Par Laure-Anne Elkabbach

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

« La condition du nucléaire est la transparence ». C’est par ces mots que Gérard Longuet, le président de l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques, a choisi d’ouvrir jeudi 28 mai l’audition de l’autorité de sûreté nucléaire (ASN) venue présentée son rapport annuel 2019 sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France.

Devant les parlementaires de l’Opecst, Bernard Doroszczuk le président de l’ASN a égrainé son bilan. « L’ASN estime que le niveau de sûreté et de radioprotection dans les installations et les activités nucléaires a été acceptable en 2019 ».

Parmi les points positifs, le président de l’ASN a souligné « qu’aucun incident majeur n’a affecté les installations en service » et « qu’aucun rejet significatif dans l’environnement n’a été constaté en 2019. » Il a également noté en 2019 « une plus grande prise de conscience par les exploitants nucléaires, des défis auxquels ils sont confrontés collectivement notamment en termes de renforcement des compétences et de la qualité des réalisations. »

Pour l’ASN, « la qualité des transports de substances radioactives s’est maintenue à un niveau satisfaisant ».

EDF

Le président de l’autorité de sûreté nucléaire s’est inquiété que chez EDF, un « recul de la rigueur d’exploitation » de ses centrales nucléaires ait été constaté, « malgré des résultats de sûreté globalement satisfaisants ». L’ASN a également noté une saturation des capacités d’ingénierie d’EDF.

L’ASN a pu observer ce recul au travers de plusieurs exemples :

Trois évènements significatifs ont été classés au niveau 2 en 2019 sur le parc nucléaire d’EDF contre zéro en 2018 ». Pour deux d’entre eux « des gestes et des décisions inadaptés des intervenants et le franchissement de lignes de défense en matière de sûreté » ont été constatés.

Lors de tests de mise en situation, il a été démontré que la documentation opérationnelle d’EDF n’était pas toujours adaptée « à la réalité du terrain » et « qu’elle contenait des erreurs ». Enfin, il a été détecté des non-conformités dans certaines de ces centrales « résultant de la mise en œuvre de modifications ou de maintenances insuffisantes ».

L’ASN estime donc qu’EDF doit faire un effort « pour renforcer la rigueur d’exploitation ».

Orano Cycle

Concernant l’entreprise Orano Cycle (spécialisée dans le cycle du combustible nucléaire » , l’ASN considère que pour l’année 2019, son niveau de sécurité est satisfaisant. Toutefois, Orano doit être vigilant sur deux points : « La surveillance des prestataires » et « la maîtrise des projets liés à la reprise des déchets anciens et au démantèlement ».

Le CEA

Quant au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), l’ASN estime que la sûreté de ses installations « est restée globalement satisfaisante en 2019 », « malgré un contexte budgétaire préoccupant et des retards significatifs dans la mise en œuvre de certaines mesures post Fukushima ».

Des expositions trop élevées lors d’actes chirurgicaux

Le président de l’ASN, Bernard Doroszczuk a rappelé que malgré des préconisations de l’ASN sur le sujet depuis plusieurs années, la radioprotection des patients et des professionnels lors d’actes chirurgicaux en bloc opératoire, ne s’est toujours pas améliorée. L’ASN préconise « la formation continue des professionnels et l’intervention de physiciens médicaux ».

Trois faits marquants en 2019

L’ASN a constaté trois faits marquants en 2019 : elle a dû imposer à EDF la réparation de nombreuses « soudures défectueuses » sur l’EPR de Flamanville ; elle a demandé à EDF, suite à plusieurs périodes caniculaires et au séisme du Teil en Ardèche, de mettre en place un « référentiel « grand chaud » à prendre en compte lors des réexamens de sûreté de tous les réacteurs pour anticiper les effets du réchauffement climatique ». Et enfin, Bernard Doroszczuk est revenu sur le fait que l’élaboration du plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs a pour la première fois fait l’objet d’un débat public.

Conséquences de la crise du coronavirus ?

Interrogé par les parlementaires sur la gestion et les conséquences de la crise du coronavirus, le président de l’ASN a répondu : « Avec la crise covid-19, l’industrie du nucléaire est confrontée pour la première fois de son histoire à une crise sans que l’origine ne soit liée à une cause liée à son activité ». Et Bernard Doroszczuk de détailler comme il l’a fait fin avril devant la commission du développement durable du Sénat, comment la filière nucléaire et l’ASN ont travaillé pendant le confinement (voir cet article).

Le président de l’ASN a expliqué devant les parlementaires de l’Opecst que depuis le 11 mai, les activités nucléaires reprenaient progressivement. À cause de la crise, EDF devra reprogrammer des arrêts de tranche (arrêts de la production d’un réacteur qui permettent par exemple, de renouveler le combustible ou de faire des opérations de maintenance) qui s’étaleront au moins sur 2021 et 2022. L’ASN demande à EDF « qu’un point de vigilance particulier » soit maintenu concernant « les visites décennales des réacteurs ».

Bernard Doroszczuk a également souligné que le confinement avait eu un point positif sur l’organisation du travail de l’ASN. Ce qui fait qu’à l’avenir, l’ASN mixera les contrôles faits à distance et les contrôles sur site.

Pour conclure l’audition, le président de l’ASN a expliqué qu’après 18 mois à la tête de cette autorité, il avait fait le constat marquant que la France avait « un déficit de culture de précaution » et qu’il s’appliquait également au nucléaire.

Partager cet article

Dans la même thématique

Nucléaire : un « recul de la rigueur » chez EDF, selon l’ASN
4min

Politique

Nos villes en 2050 : « Nous y vivons déjà, à 90 % le travail consiste à adapter l’existant » affirme cet urbaniste

Après un été caniculaire en France, la question de l’adaptation de la ville au réchauffement climatique se pose avec urgence particulière. Comment rendre la ville plus respirable et plus vivable ? Comment adapter le bâti ? Faut-il tout détruire pour reconstruire ? Comment végétaliser nos rues et nos bâtiments afin de faire baisser les températures ? Marie Drucker et ses invités imaginent la ville du futur dans Agenda 2050, l’émission qui se projette dans le monde de demain.

Le

image (5)
2min

Politique

Agenda 2050 : Les villes du futur, enfer ou paradis, d’où viennent nos chiffres ?

Vous avez regardé l’émission « Agenda 2050 : Villes du futur : enfer ou paradis ?», présentée par Marie Drucker ? Retrouvez l’ensemble des sources sur lesquelles nous nous sommes appuyés pour réaliser cette émission consacrée au visage de la ville d'aujourd'hui et aux adaptations de l'espace à l'horizon 2050.

Le

Nucléaire : un « recul de la rigueur » chez EDF, selon l’ASN
3min

Politique

« La température est montée jusqu’à 50 degrés sur la façade de l’immeuble » rappelle cette jeune mère de famille de Pantin.

Confiné pour cause de canicule dans un appartement du centre de Pantin en Seine-Saint-Denis, épuisé par les vagues de chaleur à répétition, soucieux de l’état de santé d’un jeune bébé, Marion raconte, dans ce nouvel épisode de Dialogue Citoyen, comment elle et sa famille ont décidé de quitter la région parisienne quelques jours pour s’extraire de la fournaise dans laquelle ils vivaient depuis des semaines.

Le

Nucléaire : un « recul de la rigueur » chez EDF, selon l’ASN
3min

Politique

L’impatience des sinistrés des incendies de l’été « Il faut accélérer les procédures » de reconstruction

L’été caniculaire a été, à bien des égards, particulièrement violent. Cinquante-trois jours de vagues de chaleur ont entraîné sécheresses, incendies et températures insupportables. Florence Van Overmeire a perdu sa maison lors des terribles incendies qui ont frappé la Gironde. Sur le plateau de Dialogue citoyen, face aux sénateurs, cette habitante de la commune du Porge a accepté de revenir sur cette épreuve et appelle à l’accélération des procédures de reconstruction.

Le