NUPES : pourquoi l’accord à gauche n’a rien de comparable avec 1981 et 1997 ?

NUPES : pourquoi l’accord à gauche n’a rien de comparable avec 1981 et 1997 ?

Jean-Luc Mélenchon qui, dès l’entre-deux tours, appelait les Français à l’élire Premier ministre, peut-il réussir son pari ? Par le passé, la gauche est déjà sortie victorieuse des législatives, en 1981 et 1997. Mais difficile pour autant de faire un parallèle historique.
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En quatre jours, la France Insoumise est en passe de conclure un accord « historique » selon les termes de ses représentants, avec ses anciens concurrents de l’élection présidentielle. LFI, EELV, le PC et le PS, rassemblés sous la même bannière de la « Nouvelle union populaire écologique et sociale » (Nupes).

« Le principe d’une candidature unique va avoir des conséquences très engageantes pour la suite »

Pour autant, il est bien difficile de comparer ces évènements avec ce qui est en train de se produire. « Nous ne sommes pas dans une coalition à l’ancienne avec ce qu’on appelait à l’époque le désistement républicain. C’est-à-dire que le mieux placé au second tour bénéficiait du soutien des autres. Là, nous sommes sur le principe d’une candidature unique qui va avoir des conséquences très engageantes pour la suite », relève Bruno Cautrès, chercheur CNRS au CEVIPOF et enseignant à Sciences Po. « Ces partis vont avoir du mal à expliquer pourquoi ils se présenteront sur des listes différentes lors des prochaines élections, comme les Européennes de 2024 par exemple. Il faudra expliquer quels sont les points de doctrine qui le justifient ».

Lire notre article : Législatives : que contient l’accord entre le PS et LFI ?

Les points divergents pointent déjà dans les accords bilatéraux trouvés entre LFI, le PS le PCF et EELV. Dans l’accord trouvé entre LFI et le PS, « au droit à la retraite à 60 ans pour toutes et tous », est précisé « avec une attention particulière pour les carrières longues, discontinues et les métiers pénibles ». Une formulation qui ne figure ni dans l’accord signé avec EELV ni avec le PCF. Dans la matinale de Public Sénat, la députée Clémentine Autain a eu toutes les peines du monde à expliquer cette différence de formulation et ses conséquences pour les Français.

Législatives de 1981 : « Faire la comparaison avec ce qui se passe aujourd’hui n’a aucun sens »

En son temps, Georges Marchais avait demandé à sa femme de « faire les valises pour rentrer à Paris lorsqu’il avait entendu, à l’été 1977, François Mitterrand remettre en cause le programme commun. Contrairement aux législatives de 1973, la gauche n’arrive donc pas unie en 1978 même s’il y a des accords de désistement entre les deux tours. Le programme commun sera finalement appliqué en 1981 avec la victoire de François Mitterrand à la présidentielle. Là encore, les partis de gauche PCF, PS PSU, MRG procéderont à des accords de désistement réciproques pour les législatives de septembre 1981 provoquées par la dissolution de l’Assemblée nationale de François Mitterrand élu chef de l’Etat quelques mois plus tôt.

« Ce qui est historique, c’est l’inversion du rapport de force

« En 1981, la gauche n’était pas unie. Il y avait eu de violentes polémiques entre Georges Marchais et François Mitterrand. François Mitterrand a gagné la présidentielle. Il était déjà l’homme qui avait mis en ballottage le général de Gaulle. Faire la comparaison avec ce qui se passe aujourd’hui n’a aucun sens », confirme Alain Bergougnioux, historien, spécialiste du parti socialiste.

Pour Alain Bergougnioux, « ce qui est historique dans les accords passés avec la France Insoumise, c’est l’inversion du rapport de force. La gauche radicale qui organise des alliances avec trois petits partis. Mais il vaudrait mieux parler de cartel électoral que d’union car il y a beaucoup de divergences entre ces partis. Après les élections législatives, chaque groupe reprendra son identité », pressent-il.

En 1997, c’est une nouvelle dissolution, cette fois-ci provoqué par un président de la République de droite, Jacques Chirac, qui ramène la gauche au pouvoir. « En 1997, Le PS organisait des alliances bilatérales. Des circonscriptions étaient réservées au Verts, au MRC, aux radicaux de gauche…. Et dans d’autres circonscriptions, le principe de désistement républicain était maintenu. Le parti dominant était un parti de gouvernement et les oppositions n’avaient pas été aussi fortes les mois précédents le scrutin comme ce fut le cas cette année », rappelle l’historien.

Si jamais la gauche sortait victorieuse des élections, le politologue comme l’historien pressentent que les dissensions apparaîtront très vite au sein du gouvernement Mélenchon. A l’élection présidentielle 2002, après cinq ans d’exercice de pouvoir de la gauche plurielle, la gauche arrivera divisée, avec pas moins de 5 candidatures de gauche et 3 d’extrême gauche sur la ligne de départ. L’histoire, un éternel recommencement, finalement.

 

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