« On a vu nos enfants attaqués à la machette » : les élus de Mayotte relayent la détresse des habitants

« On a vu nos enfants attaqués à la machette » : les élus de Mayotte relayent la détresse des habitants

Des témoignages forts d’élus ultramarins sur le climat inquiétant d’insécurité à Mayotte, en Guyane ou encore en Martinique, ont rythmé le premier temps fort de cette semaine de congrès de l’Association des maires de France.
Guillaume Jacquot

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C’est une tradition de l’Association des maires de France. Avant l’ouverture du congrès annuel des maires, une journée est dédiée spécifiquement aux Outre-mer, et à leurs défis qui prennent parfois une tout autre dimension. Ce 21 novembre, beaucoup de représentants de ces territoires ont fait une nouvelle démonstration, en faisant état d’une montée inquiétante de l’insécurité et de la criminalité, lors d’une table ronde consacrée à ce sujet. Certains ont saisi l’occasion de cette tribune au parc des expositions de Paris pour alerter l’opinion publique sur la réalité tragique de leur quotidien. Ce sont notamment les élus mahorais qui ont exprimé leur exaspération, face aux violences qui ont atteint un niveau alarmant la semaine dernière.

La situation ne date pas d’hier. « Mayotte est devenue en quelques années un territoire de peur, de traumatisme et de deuil », a d’abord tenu à rappeler Madi Madi Souf, le président de l’association des maires de Mayotte. Ces dernières heures, des scènes de violences ont émaillé l’agglomération de Mamoudzou, la principale ville de l’île, à tel point que le ministère de l’Intérieur a dû dépêcher une unité du Raid. Le maire de Pamandzi a d’ailleurs estimé que de tels actes auraient un autre qualificatif sur le sol hexagonal. « Ces jeunes-là, c’est du terrorisme quand ils incendient les bus d’enfants de 12-13 ans », s’indigne-t-il.

« On a passé dix jours d’enfer »

Estelle Youssouffa, députée du groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires, a relayé son « immense désarroi » et sa colère, dans des termes encore plus préoccupants. « On a passé dix jours d’enfer, où on a vu nos enfants dans les bus attaqués à la machette », a témoigné cette ancienne présidente d’un collectif de citoyens. L’animateur de la table ronde a même dû répéter l’information, tant elle est à peine croyable. « Cette nuit, plusieurs maisons et entreprises ont été incendiées, dans l’indifférence générale. Ce qui est le plus difficile à vivre pour nous, c’est la solitude qu’on subit. Et cette terreur dure depuis des années. Quand on découpe des gens en morceaux, et qu’on laisse les morceaux sur la route, c’est du terrorisme. Quand le procureur ne fait pas appel aux motifs d’actes de barbarie, on se demande où est la justice », a ajouté la parlementaire.

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Les élus de Mayotte n’étaient pas les seuls à avoir pris la parole pour alerter sur la situation dramatique de leurs territoires. « En Guyane, c’est 11,2 homicides pour 100 000 habitants, en France hexagonale 1,2 […] La Guyane est gangrenée par le trafic de drogue et d’armes à feu », a souligné Michel-Ange Jérémie, président de l’association des maires de Guyane. Bien que le maire de Sinnamary salue les annonces des assises de la sécurité, organisées dans le département il y a près de deux mois, il estime toutefois que les conclusions relèvent d’un « pansement sur une jambe de bois ».

Président de l’association des maires de la Martinique, Justin Pamphile évoque la « proximité de plaques tournantes du trafic de drogue et d’armes », dans la zone caribéenne et en Amérique du Sud. « Nous sommes face à du grand banditisme », résume le maire de la ville du Lorrain. Dans ce contexte, l’arrivée de 80 gendarmes supplémentaires est jugée bienvenue « pour ramener le calme ».

« On demande l’armée […] on ne peut plus s’embarrasser des bonnes intentions »

Prenant la parole pour le compte de l’AMF, la secrétaire générale Mireille Fabre a estimé que ces situations ne pouvaient rester sans réponse. « Les élus sont démunis. Il faut des réponses fermes et concrètes, des actes immédiats. » C’est ce qu’avait demandé la députée de Mayotte Estelle Youssouffa, refusant que sa population soit « laissée dans un bain de sang qui fait tout reculer ». « On exige un choc de souveraineté, un choc de sécurité. On demande l’armée, le Raid, le GIGN. Quand on découpe les gens en morceaux, on a dépassé le stade de la prévention. Nous, on a dépassé le stade de la prévention, on ne peut plus s’embarrasser des bonnes intentions et des tabous des uns et des autres. » Certains élus redoutent que l’insécurité n’atteigne un jour le niveau de Mayotte. Ridwane Issa, vice-Président de la communauté d’agglomération Intercommunale de la Réunion Est, demande des moyens immédiats. « N’attendons pas qu’on atteigne des douleurs extrêmes au niveau de la population, comme Madame la députée l’a évoqué. »

Dans la salle, plusieurs hauts gradés des forces de l’ordre étaient présents, comme général de corps d’armée André Pétillot, le nouveau commandant de la gendarmerie d’Outre-mer depuis le 1er août 2022. Le militaire n’a pas cherché à atténuer le constat. « Il est évident que la situation à Mayotte est extrêmement préoccupante », a-t-il reconnu, avant de saluer l’engagement de ses hommes. Le taux d’occupation de 190 % de la maison d’arrêt de Majicavo en est, selon lui, l’illustration. « La réponse répressive elle est là. Les gendarmes de Mayotte s’exposent. Il y a des blessés toutes les semaines. On fait le job », a tenu à souligner le général. Mais toute la solution ne réside pas « uniquement » dans les mains des gendarmes, a-t-il averti, insistant sur l’augmentation démographique « extrêmement rapide », et le nombre important de jeunes déscolarisés, dont une partie est étrangère. D’un territoire à l’autre, les réponses ne seront pas les mêmes, c’est pourquoi le général plaide pour du « sur-mesure ».

« Acceptons la bagarre », déclare le ministre des Outre-mer

Le général Pétillot a listé plusieurs renforts à destination des outre-mer, comme une équipe comprenant des membres du GIGN en Guyane, « pour casser la dynamique d’implantation de groupes de criminalité organisée. » Trois escadrons de gendarmes mobiles ont été déployés à Mayotte, en Guyane et en Martinique. Les Outre-mer bénéficieront d’une partie des 200 nouvelles brigades de gendarmerie promises par l’Élysée en septembre. L’Intérieur s’est d’ores et déjà engagé à implanter quatre nouvelles unités en Guyane, quatre à Mayotte, et trois en Martinique. Christian Nussbaum, chef de la mission Outre-mer à la Direction générale de la Police nationale (DGPN), a quant à lui annoncé la création de deux antennes du Raid en Martinique puis en Guyane, ainsi que deux futures antennes de l’Office de lutte contre l’immigration irrégulière, en Guyane et à Mayotte.

À la mi-journée, Jean-François Carenco, le ministre chargé des Outre-mer s’est présenté au congrès. Il a tenu à affirmer l’engagement de l’État sur ces territoires. « Avec Gérald Darmanin, nous sommes mobilisés pour rétablir la sécurité. Le temps est à la fermeté. » Avant d’ajouter cette formule choc : « Acceptons la bagarre. »

Les élus ultramarins ont eu l’occasion d’être reçus ce lundi en fin de journée par la délégation sénatoriale aux outre-mer. Dans un communiqué, la chambre haute constate qu’un « cri de détresse » a été lancé, « la violence atteignant une intensité remettant en cause le pacte républicain et l’Etat de droit ».

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