Budget : « On enlève au Parlement sa première fonction, le vote de l’impôt. C’est historique »
Le président de la commission des finances du Sénat, Claude Raynal, estime que la suppression de la CVAE permise grâce à l’usage du 49.3, constitue un précédent. Aucune des deux chambres du Parlement n’a donné son accord.

Budget : « On enlève au Parlement sa première fonction, le vote de l’impôt. C’est historique »

Le président de la commission des finances du Sénat, Claude Raynal, estime que la suppression de la CVAE permise grâce à l’usage du 49.3, constitue un précédent. Aucune des deux chambres du Parlement n’a donné son accord.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Et de dix. Le gouvernement a fait usage pour la dixième fois de l’article 49.3 de la Constitution, à l’occasion ce 15 décembre de la lecture définitive sur le projet de loi de finances pour 2023. En bon rocardien, le président de la commission des finances du Sénat Claude Raynal (PS) en a vu d’autres. Le Premier ministre Michel Rocard lui aussi y avait eu recours, pour faire adopter ses budgets, faute de majorité absolue à l’Assemblée nationale. Cependant, l’usage actuel est différent. « Ce qui est très curieux dans cette affaire, c’est qu’on n’utilise pas le 49.3 après le débat, mais dès le début du débat », regrette le sénateur, invité de l’émission « En direct du Sénat ». Cette année, l’Assemblée nationale n’a pas pu examiner l’ensemble des articles. À la fin des années 1980, « le 49.3 venait à la fin du débat parlementaire », précise Claude Raynal.

La suppression de la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises), cet impôt de production touché par les collectivités locales, reste aussi en travers de la gorge du président de la commission des finances. Le 21 novembre 2022, le Sénat avait choisi de retirer l’article du projet de loi. Quant à l’Assemblée nationale, elle n’a pas pu débattre de ce chapitre, du fait des 49.3 successifs. « Quand on décide de supprimer la CVAE sans l’accord de l’Assemblée nationale, puisque l’article n’a même pas été examiné, et contre l’avis du Sénat, on enlève au Parlement ce qui est sa première règle de vie : voter l’impôt. C’est sa première fonction historique et là, on le prive de cette première fonction historique. Ça, c’est histoire », insiste Claude Raynal.

La droite sénatoriale était partisane d’un report d’un an de la suppression de cet impôt de production, le temps de bien réfléchir aux modalités de compensation aux collectivités. La gauche était résolument contre. « Dès l’instant où le gouvernement n’est pas en capacité de baisser l’impôt, je crois qu’il ne fallait pas le faire. Il fallait garder toutes les ressources. Nous considérons qu’il n’y avait pas matière à se priver de huit milliards en deux ans », considère le sénateur PS.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: discussion on the adoption of the special bill at the National Assembly
5min

Politique

Encadrement du temps de parole sur les réseaux sociaux : « Une très mauvaise réponse à une très bonne question » 

A travers une proposition de loi, le député Renaissance Paul Midy souhaite encadrer le temps de parole sur les réseaux sociaux durant les périodes électorales et leur appliquer des règles similaires à celles que respectent les médias audiovisuels. Le texte suscite un certain scepticisme, tant sur le plan juridique que sur le plan technique.

Le

Philippe
7min

Politique

Présidentielle : Edouard Philippe met en place son organigramme pour « élargir au maximum le socle » et dépasser Horizons

Le candidat à la présidentielle réunit les cadres d’Horizons, ce dimanche, à Reims, pour montrer qu’il est prêt, avec la mise en « place d’une architecture de campagne ». Mais il s’agit aussi de « passer à une autre phase » et « ne plus être simplement le candidat Horizons et le président d’Horizons », décrypte un proche, pour mieux s’adresser à l’ensemble des Français, dans la perspective de 2027, mais aussi accueillir de futurs soutiens…

Le

Controles au Poste Frontiere Franco-Italien de Menton
6min

Politique

Pacte européen sur la migration et l’asile : les sénateurs alertent le gouvernement sur le « défi logistique et financier » de sa transposition dans le droit français

A quelques jours de l’examen, au Sénat, du projet de loi habilitant le gouvernement à transposer par ordonnances le Pacte sur la migration, la commission des affaires européennes a remis plusieurs recommandations, ce jeudi 7 mai. L’occasion pour les élus de rappeler à l’exécutif son insatisfaction sur la méthode employée.

Le