« On ne fera pas l’économie d’un règlement juste du conflit israélo-palestinien », affirme René Troccaz
Alors que le conflit israélo-palestinien a connu une acmé de violence le mois dernier, le consul général de France à Jérusalem livre une analyse et appuie sur la nécessité de trouver une solution politique. L’arrivée probable d’une nouvelle coalition en Israël dimanche pourrait amener à un retour du statu quo, selon lui.

« On ne fera pas l’économie d’un règlement juste du conflit israélo-palestinien », affirme René Troccaz

Alors que le conflit israélo-palestinien a connu une acmé de violence le mois dernier, le consul général de France à Jérusalem livre une analyse et appuie sur la nécessité de trouver une solution politique. L’arrivée probable d’une nouvelle coalition en Israël dimanche pourrait amener à un retour du statu quo, selon lui.
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Par Héléna Berkaoui

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« L’Orient compliqué. » La formule attribuée à de Gaulle reste de circonstance. Un mois après la reprise des affrontements entre Palestiniens et Israéliens, le consul général de France à Jérusalem livrait son analyse devant les sénateurs de la commission des Affaires étrangères, mercredi 9 juin. Ce regain de tensions signe pour lui « le retour de la question palestinienne » sur le devant de la scène internationale.

« Ce que ces dernières semaines ont rappelé, c’est qu’on ne fera pas l’économie d’un règlement juste du conflit israélo-palestinien », a affirmé René Troccaz. Le bilan est funeste : Il y a eu 260 personnes tuées à Gaza dont 70 enfants, et 12 personnes tuées côté israélien. Comme le rappelait le Consul général, le point de départ des hostilités a pris place dans la ville sainte marquant la « centralité de Jérusalem ».

C’est effectivement dans le quartier de Cheikh Jarrah à Jérusalem-Est, où des familles palestiniennes sont menacées d’expulsion, que la flambée a pris. Un lieu symbolique qui illustre l’intensification de la colonisation israélienne. La situation, toujours tendue, est aujourd’hui suspendue à la décision de la cour suprême de l’Etat hébreu. Israël a été appelé « à ne pas prendre de mesures unilatérales », souligne le consul.

Benyamin Nétanyahou à la porte du pouvoir ?

Des affrontements ont par la suite éclaté sur l’esplanade des Mosquées à la toute fin du ramadan avant que le Hamas ne lance les premières roquettes sur Israël. Un certain nombre d’éléments singuliers ont été soulevés par René Troccaz au premier rang desquels une situation politique particulièrement instable. Après 12 ans de règne, le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, risque de perdre le pouvoir au profit d’une coalition très hétéroclite menée par Naftali Bennett, leader d’une formation d’extrême droite religieuse. Le caractère hétéroclite de cette coalition, allant de la gauche à l’extrême-droite, pourrait créer un « effet de neutralisation interne », selon le consul.

L’impasse politique palestinienne

Côté palestinien, les dernières élections ont été reportées au prétexte que la tenue du scrutin n’était pas garantie à Jérusalem. Une décision qui a fait descendre des centaines de Palestiniens dans la rue, en vain. Les dernières élections législatives datent de 2006 et avaient mené à une scission géographique du pouvoir entre l’Autorité palestinienne, contrôlée par le Fatah et qui siège en Cisjordanie occupée, et le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza.

Interrogé par le sénateur LR, Pascal Allizard, sur l’absence de relations avec les parlementaires palestiniens depuis 2019, le consul général indique : « Il n’y a plus de Parlement palestinien. Qui décide ? La réponse c’est le président Abbas avec quelques collaborateurs et il procède par décret ».

L’absence d’élection ne saurait toutefois étouffer les protestations et le mécontentement envers l’Autorité palestinienne. « L’autorité palestinienne a suivi les événements (de ces dernières semaines) plus qu’elle ne les a menés, conduits ou maîtrisés », constate René Troccaz quand, à l’inverse, « le Hamas est désormais au fait de sa popularité ». Plusieurs responsables palestiniens sont actuellement réunis en Egypte, « un gouvernement d’unité nationale » administré par des technocrates pourrait constituer une issue politique, pour le consul. « La figure de Marwan Barghouti, candidat à une élection présidentielle à toute son importance », inque-t-il aussi. Surnomé le Mandela palestinien, il est emprisonné en Israël depuis 2004. 

« Les Palestiniens ont retrouvé une forme d’unité géographique »

Si les divisions politiques sont marquées, les Palestiniens ont retrouvé une « forme d’unité géographique », « quel que soit leur statut, ils ont réagi à l’unisson », soulève René Troccaz. Une des particularités des violences du mois passé réside dans le fait qu’elles n’ont pas été circonscrites à Gaza, comme ça a pu être le cas pour la marche du retour. En effet, des violences ont également éclaté dans certaines villes mixtes comme Lod, Haïfa ou Saint-Jean d’Acre.

« Le ministre israélien de la Défense, Monsieur Gantz, a indiqué que ce qu’il se passait en Israël même, entre les communautés, était plus important que l’opération militaire à Gaza et je pense que ceci en dit loin », souligne le consul général.

Au niveau international, alors qu’Israël s’était rapproché de certains pays comme le Maroc ou les Emirats Arabes Unis sous Donald Trump, l’arrivée de Joe Biden et ces événements pourraient refroidir les relations. « Il y a un retour de la solidarité avec les Palestiniens », note René Troccaz qui souligne le fait que la cause palestinienne a toujours eu un écho large dans l’opinion des pays arabes.

Reconstruction de Gaza : « Un sujet majeur »

La fragilité du cessez-le-feu signé le 21 mai dernier continue d’inquiéter et des problématiques à court terme se posent comme la reconstruction de Gaza. L’enclave palestinienne frappée par un blocus depuis 14 ans compte plus de 2 millions d’habitants, « les perspectives à 25 ans, c’est plus de 5 millions d’habitants. C’est un sujet majeur », insiste le consul général. Tous les indicateurs sont au rouge, le chômage des jeunes est de l’ordre de 60 à 70 %, « ça ne peut être un élément de stabilité sur la durée ». « On ne peut s’arrêter à des considérations humanitaires », insiste René Troccaz.

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