« On ne peut pas continuer à siéger comme si de rien n’était » : des parlementaires de gauche s’interrogent sur la suite
Face à la tension sociale qui ne retombe pas dans le pays, les députés et sénateurs PCF songent à ajuster leur façon de participer aux travaux parlementaires. La réflexion traverse aussi les socialistes. « Nous nous interrogeons sur notre manière de travailler désormais », appuie Boris Vallaud.

« On ne peut pas continuer à siéger comme si de rien n’était » : des parlementaires de gauche s’interrogent sur la suite

Face à la tension sociale qui ne retombe pas dans le pays, les députés et sénateurs PCF songent à ajuster leur façon de participer aux travaux parlementaires. La réflexion traverse aussi les socialistes. « Nous nous interrogeons sur notre manière de travailler désormais », appuie Boris Vallaud.
Guillaume Jacquot

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« Nous allons étudier de quelle manière on continue de siéger ou pas à l’Assemblée nationale et au Sénat, c’est une vraie question. Est-ce que l’on continue de travailler sur des textes législatifs comme si de rien n’était, c’est un vrai sujet. » C’est l’interrogation que se pose le député Fabien Roussel ce matin sur BFMTV, au lendemain de mobilisations importantes dans les rues, émaillées de violences et de heurts.

Deux jours après l’interview présidentielle, qui a manifestement eu l’effet inverse à celui recherché, le secrétaire national du Parti communiste français (PCF) questionne la suite à donner au travail parlementaire dans ce contexte. « Est-ce que l’on peut, nous députés et sénateurs, continuer de travailler, de discuter avec les ministres, le gouvernement comme si rien ne se passait, comme si c’était juste des manifestations et point barre ? »

Les communistes vont réfléchir à la suite la semaine prochaine en réunion de groupe

Une position isolée ? Pas vraiment. Un certain malaise se manifeste chez les parlementaires communistes, et même au-delà. Les parlementaires que nous avons contactés ne parlent pas d’une politique de la chaise vide mais posent bien le sujet d’un possible ajustement des méthodes de travail. « Là où Fabien Roussel a raison, c’est que nos relations avec le gouvernement sont tendues. On ne peut pas siéger tranquillement, alors qu’il se passe ce qu’il se passe dans la rue. Cela doit nous interroger sur la suite de l’exercice de notre mandat, sur la façon dont on continue à travailler », appuie la sénatrice Éliane Assassi, présidente du groupe communiste, républicain, citoyen et écologiste (CRCE). Cette réflexion sera conduite « collectivement », comprendre en réunion de groupe, mardi.

Pierre Ouzoulias, sénateur communiste des Hauts-de-Seine dit « comprendre » les interrogations de Fabien Roussel. Il parle d’une « crise de régime forte ». « On ne peut pas continuer à siéger comme si de rien n’était. »

Idem chez les députés communistes, une réunion se tiendra lundi à propos des éventuels changements à opérer dans la façon de travailler. « Est-ce que ça peut faire évoluer notre pratique parlementaire ? Nous avons une culture parlementaire – et je crois qu’elle y est autant au Sénat avec le groupe CRCE – qui s’attaque au contenu des textes, où on essaye de participer, de décortiquer les textes, de présenter des amendements, de prendre une décision sur le vote du texte. Je ne dis pas qu’il faut remettre en cause cela, mais il faut que l’on ait un échange sur cette situation », explique à Public Sénat André Chassaigne, président du groupe de la gauche démocrate et républicaine (GDR) à l’Assemblée nationale. « On en est au stade de la réflexion. Nous prendrons une décision quant à la posture que désormais nous adopterons dans notre travail parlementaire. »

« On ne peut probablement pas continuer comme si rien ne s’était passé », déclare Boris Vallaud (PS)

Le questionnement traverse également le groupe socialiste à l’Assemblée nationale. « Nous nous interrogeons en effet, non pas sur la question de siéger ou pas, mais sur la manière de travailler désormais. On ne peut probablement pas continuer comme si rien ne s’était passé », déclare à Public Sénat le député Boris Vallaud, président du groupe socialiste.

Pour son homologue au Sénat, Patrick Kanner, pas question en tout cas d’aller au boycott de la séance. « Ce n’est a priori pas notre tradition au Sénat. Laissons retomber les particules. Elles sont bien dans l’atmosphère et elles sont chaudes », souligne le sénateur du Nord, qui précise que le départ de l’hémicycle des groupes de gauche en plein article 7 de la réforme des retraites au Sénat était « exceptionnel ». De toute façon, la question ne se pose pas au Sénat dans les jours à venir. « Nous, c’est réglé, puisque le texte immigration a été supprimé. On a que les questions au gouvernement. C’est du jamais vu, le gouvernement navigue à vue. On se demande même s’il y a un navigateur. » Une critique qu’adresse également Éliane Assassi, lorsque nous l’interrogeons sur la possibilité d’une politique de la chaise vide. « Au Sénat, on est dans l’exercice inverse. C’est le gouvernement qui boycotte le Sénat », réplique-t-elle.

« L’épisode porte en lui les germes d’un antiparlementarisme fort »

Ces derniers jours, après le recours au 49-3, des retours inquiétants des circonscriptions ont provoqué ces interrogations sur la manière d’incarner l’opposition à la réforme des retraites. « Nous sommes inutiles, c’est que j’entends dans les cortèges. À quoi cela sert de voter pour des parlementaires s’ils n’ont aucune possibilité, c’est ce que j’entends », s’inquiète le sénateur Pierre Ouzoulias. « L’épisode porte en lui les germes d’un antiparlementarisme fort, qui peut être extrêmement violent pour notre démocratie. »

André Chassaigne, qui a participé à une réunion hier dans son département du Puy-de-Dôme, à Thiers, évoque peu ou prou le même constat. « On entend dire : qu’est-ce que vous faites, vous voyez bien que vous ne servez à rien. Il faut voir comment on peut être plus percutants. C’est une question qu’on se pose sur nos pratiques. »

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