Opposition au Mercosur : « Emmanuel Macron a voulu surfer sur le mécontentement des agriculteurs », assure Jean-Louis Bourlanges

Invité de la matinale de Public Sénat, l’ancien président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, Jean-Louis Bourlanges est revenu sur l’accord de libre échange entre l’UE et les pays du Mercosur dont la ratification doit être signée vendredi par les États membres. Sur fond de crise agricole, Sébastien Lecornu et Emmanuel Macron, opposés au traité, ont réclamé le report du vote. Jean-Louis Bourlanges lui l’assure : le traité du Mercosur « permettra de conquérir de nouveaux marchés ».
Marius Texier

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C’est l’un des dossiers les plus sensibles de cette fin d’année. La semaine dernière, la crise agricole a refait surface, en particulier dans le sud-ouest de la France où plusieurs affrontements ont eu lieu. Premier sujet de tension : les agriculteurs s’opposent aux abattages de troupeaux bovins entiers dès l’apparition d’un cas de dermatose nodulaire contagieuse. L’autre sujet de discorde concerne lui la ratification cette semaine par l’Union européenne de l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur. Opposé à ce traité, tout comme le président de la République, Sébastien Lecornu a demandé le report du vote avançant que « les conditions ne sont pas réunies pour un quelconque vote du Conseil de l’UE sur une autorisation de signature de l’accord ».

« Je ne vais pas en plus devoir signer ça »

« J’imagine qu’en plein budget, le Premier ministre s’est dit : ‘cette semaine, je ne vais pas en plus devoir signer ça’ », s’amuse Jean-Louis Bourlanges. « Mais la crise agricole française est très profonde et génère de nombreuses angoisses pour les agriculteurs. Elle dépasse très largement les abattages qui ont lieu et le traité du Mercosur ».

Pour l’ancien député MoDem, la ratification du traité de libre-échange est un moyen pour les agriculteurs français de sortir de la crise. « Sur le plan agricole, la France est déficitaire au sein de l’UE, mais excédentaire à l’extérieur », pointe-t-il. « Il y a donc des marchés à conquérir et il n’y a aucune raison que les producteurs de viande soient la variable d’ajustement d’un accord qui profite à l’ensemble de l’agriculture française ».

Pourtant, l’exécutif s’est toujours montré opposé à l’accord. Pour protéger son agriculture, il réclame à l’UE plusieurs garanties : des clauses de sauvegarde pour protéger la filière, des mesures miroirs pour le respect des normes européennes en vigueur et la mise en place d’un mécanisme de contrôle sanitaire.

« Nous n’avons plus de minorité de blocage, ni d’autorité au sein de l’UE »

Mais pour Jean-Louis Bourlanges, cette opposition d’Emmanuel Macron est avant tout opportuniste : « Emmanuel Macron a voulu surfer sur le mécontentement des agriculteurs », lance l’ancien député MoDem. « Mais tous ceux qui connaissent le sujet savent qu’il n’est pas opposé au traité en soi ».

Malgré l’opposition française, l’UE entend bien ratifier au plus vite l’accord de libre-échange. « De toute manière, nous n’avons plus de minorité de blocage, ni d’autorité au sein de l’UE », prévient Jean-Louis Bourlanges. « La dissolution ainsi que notre incapacité à gérer nos problèmes budgétaires ont donné une image catastrophique de la France ». Et d’ajouter : « Nous n’avons plus d’autorité politique et morale. Nous parlons, mais nous ne sommes plus écoutés ».

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