Ordonnances : le Sénat adopte une proposition de loi pour restaurer les pouvoirs du Parlement
Le Sénat vient d’adopter à la quasi-unanimité une proposition de loi constitutionnelle visant à réaffirmer les droits du Parlement malmenés par « l’abus d’ordonnances », selon son auteur Jean-Pierre Sueur (PS).

Ordonnances : le Sénat adopte une proposition de loi pour restaurer les pouvoirs du Parlement

Le Sénat vient d’adopter à la quasi-unanimité une proposition de loi constitutionnelle visant à réaffirmer les droits du Parlement malmenés par « l’abus d’ordonnances », selon son auteur Jean-Pierre Sueur (PS).
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Après l’adoption il y a un mois d’une proposition de loi transpartisane visant à permettre l’examen par le Parlement de la ratification de l’ordonnance réformant la haute fonction publique, le Sénat s’est une nouvelle fois montré uni pour défendre les droits du pouvoir législatif.

La proposition de loi du sénateur socialiste, Jean-Pierre Sueur visant vise à prévoir formellement dans la Constitution que « la valeur législative » d’une ordonnance ne peut être acquise que par sa ratification par le Parlement, a été adoptée en première lecture par 322 voix, ce jeudi. Seul le groupe RDPI (LREM) s’y est opposé.

>> Lire notre article: Ordonnances : une proposition de loi pour « restaurer les pouvoirs du Parlement »

« Nous allons vers un régime des ordonnances »

Depuis le début du mandat d’Emmanuel Macron, les projets de loi faisant l’objet de procédures accélérées sont devenus la norme et les ordonnances - qui permettent au gouvernement de prendre des mesures qui relèvent habituellement du domaine législatif - ont connu une inflation record. Mais seules 21 % des ordonnances publiées au cours du quinquennat d’Emmanuel Macron ont été ratifiées, a souligné le rapporteur du texte Philippe Bas (LR) . En comparaison, le taux de ratification s’élevait, à la même période, à 62 % pour le quinquennat de Nicolas Sarkozy et à 30 % pour celui de François Hollande. « Nous allons vers un régime des ordonnances », s’est inquiété Jean-Pierre Sueur.

C’est une jurisprudence récente du Conseil constitutionnel qui a motivé le dépôt de cette proposition de loi en juillet dernier. L’article 38 de la Constitution induit que les dispositions d’une ordonnance relevant du domaine de la loi ne sont considérées comme législatives qu’à compter de leur ratification par le Parlement. Mais la décision du Conseil constitutionnel de mai 2020 a changé la donne. Désormais, « les ordonnances ont valeur législative dès l’expiration du délai imparti au gouvernement pour les faire adopter, et ce même si ces ordonnances n’ont pas été ratifiées de manière expresse par le Parlement ».

C’est la raison pour laquelle, Jean-Pierre Sueur a déposé ce texte visant à prévoir une ratification expresse par le Parlement de ces ordonnances sous peine de devenir caduques.

L’ancien président de la commission des Lois, n’est pas le seul au sein de la Haute assemblée à s’émouvoir d’un recours aux ordonnances « de manière industrielle » par l’exécutif. Une pratique que la crise sanitaire ne saurait justifier. Le président du Sénat, Gérard Larcher, avait d’ailleurs chargé une délégation sénatoriale du contrôle et du suivi des ordonnances en octobre 2020.

>> Lire notre article: Contrôle de l’état d’urgence : le Sénat appuie les recommandations du Conseil d’Etat

Éric Dupond-Moretti se défend de toute « remise en cause des prérogatives du Parlement »

Saluant « un objectif louable », le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti a souligné que « la révision constitutionnelle de 2008 a déjà prévu que seule la ratification expresse d’une ordonnance permet de lui conférer valeur législative » et juge « excessif » de voir dans la jurisprudence du Conseil constitutionnel « une remise en cause des prérogatives du Parlement ».

« Cette jurisprudence a eu pour principal effet de modifier la répartition des compétences entre le Conseil d’Etat et le Conseil constitutionnel » en matière de contentieux, a-t-il développé. « Pour le Parlement, cette jurisprudence ne change rien », a ajouté le garde des Sceaux.

Sur Twitter, Jean-Pierre Sueur s’est félicité du large consensus autour de son texte. « Comment le gouvernement pourrait-il ne pas tirer les conséquences d’un tel vote ? », conclut-il.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Ordonnances : le Sénat adopte une proposition de loi pour restaurer les pouvoirs du Parlement
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le