Ordonnances sur le travail: fin du suspense jeudi
"Avancée sociale majeure" pour le Premier ministre, "coup d'État social" pour ses opposants: le gouvernement dévoile jeudi le contenu des cinq...

Ordonnances sur le travail: fin du suspense jeudi

"Avancée sociale majeure" pour le Premier ministre, "coup d'État social" pour ses opposants: le gouvernement dévoile jeudi le contenu des cinq...
Public Sénat

Par Jean-Philippe CHOGNOT

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

"Avancée sociale majeure" pour le Premier ministre, "coup d'État social" pour ses opposants: le gouvernement dévoile jeudi le contenu des cinq ordonnances réformant le Code du travail, premier grand chantier social du quinquennat Macron.

Quels seront le plancher et le plafond des indemnités prud'homales en cas de licenciement abusif ? Jusqu'à quel seuil d'effectifs les entreprises pourront-elles négocier avec des élus non mandatés par un syndicat ? Les employeurs pourront-ils faire valider un accord minoritaire par référendum ? Quels seront les nouveaux délais pour saisir les prud'hommes après un licenciement ?

Le Premier ministre Edouard Philippe et la ministre du Travail Muriel Pénicaud devraient répondre à ces questions lors d'une conférence de presse finalement prévue jeudi à 12H00, au lieu de 15H, à Matignon. Ils auront auparavant présenté les cinq ordonnances aux partenaires sociaux lors d'une réunion plénière qui débutera à 9H45.

"La réforme que nous présenterons jeudi est une avancée sociale majeure", a annoncé Édouard Philippe, lundi. Elle vise à apporter "souplesse", "sécurité" et "simplicité" aux salariés et aux entreprises, "avec un objectif : faire disparaître le chômage de masse".

Réforme du travail : les mesures à arbitrer
Principales mesures envisagées pour la réforme du code du travail, promesse phare du président Emmanuel Macron
AFP

Depuis mai, ce volumineux dossier - les ordonnances devraient comporter 200 pages - a fait l'objet d'une concertation avec les partenaires sociaux, qui ont chacun été reçus une dizaine de fois, successivement par le président Macron, par M. Philippe et Mme Pénicaud, et surtout par le cabinet de la ministre.

Le thème qui a causé le plus de frictions est celui du dialogue social dans les entreprises.

Deux mesures hérissent les syndicats. La première est déjà actée : la fusion des instances représentatives du personnel (délégués du personnel, CE et CHSCT), avec la possibilité, par accord, de donner à l'instance fusionnée le pouvoir de négocier avec l'employeur.

La deuxième est encore à arbitrer : la possibilité pour les PME dépourvues de délégué syndical de négocier avec un délégué du personnel non mandaté par un syndicat. Si cette mesure semble actée jusqu'à 50 salariés, le gouvernement laisse planer le doute sur le sort réservé aux entreprises de 50 à 300 salariés.

- 'Vieilles lunes du patronat' -

L'autre pomme de discorde concerne une série de mesures qui touchent aux licenciements : plafonnement des dommages et intérêts prud'homaux, harmonisation et réduction des délais de recours, passage à un périmètre national pour apprécier les difficultés économiques des multinationales qui licencient en France...

Le vice-président du Medef Alexandre Saubot(à gauche) et le président de l'organisation patronale Pierre Gattaz (à droite), lors d'une réunion à Matignon, le 25 juillet 2017
Le vice-président du Medef Alexandre Saubot(à gauche) et le président de l'organisation patronale Pierre Gattaz (à droite), lors d'une réunion à Matignon, le 25 juillet 2017
AFP/Archives

Toutes ces mesures ont déjà été confirmées aux partenaires sociaux, mais les différents curseurs (plancher, plafond, délais...) restent à fixer.

Le troisième grand thème, celui de l'articulation entre accords de branches et d'entreprises, a fait moins d'étincelles que prévu. Alors que le programme d'Emmanuel Macron annonçait la primauté des accords d'entreprise, dans la continuité de la loi El Khomri, les syndicats et le patronat des PME ont obtenu de préserver le rôle de la branche professionnelle.

Les ordonnances prévoient trois niveaux. Sur les minima conventionnels, les classifications et l'égalité professionnelle par exemple, les secteurs d'activité conserveront la primauté. Ils se verront aussi confier la régulation des contrats courts (CDI de chantier, caractéristiques des CDD). Sur certains autres sujets comme le handicap, la pénibilité ou les moyens d'exercice d'un mandat syndical, chaque branche pourra décider de faire primer ses accords sur ceux des entreprises. Enfin, sur d'autres sujets de négociation, comme la plupart de ceux liés au temps de travail, c'est l'entreprise qui aura la primauté.

Si le patronat, la CFDT, FO et la CFTC attendent de connaître les arbitrages avant de juger la copie du gouvernement, la CGT et la CFE-CGC tirent déjà à boulets rouges sur la réforme.

Le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez (au centre), à Matignon avant une réunion avec le Premier ministre et la ministre du Travail, le 24 juillet 2017
Le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez (au centre), à Matignon avant une réunion avec le Premier ministre et la ministre du Travail, le 24 juillet 2017
AFP/Archives

François Hommeril, président de la CFE-CGC, y voit une "voiture balai" des "vieilles lunes du patronat" qui n'apportera que "précarité" et "dumping social". Quant à la CGT, elle appelle avec Solidaires à une journée d'actions le 12 septembre contre ce qu'elle qualifie de "loi travail XXL".

Ce même slogan est scandé dans les rangs du mouvement de Jean-Luc Mélenchon, La France insoumise, qui appelle "le peuple" à "déferler" sur Paris pour manifester "contre le coup d'État social" d'Emmanuel Macron le 23 septembre, au lendemain de l'adoption en conseil des ministres des ordonnances.

Partager cet article

Dans la même thématique

Ordonnances sur le travail: fin du suspense jeudi
8min

Politique

François-Xavier Bellamy : "Rétablir [des relations normales] avec le régime de Poutine serait une forme de trahison"

Au sortir d'un été marqué notamment par une intensification du conflit entre la Russie et l'Ukraine, et une crise migratoire dans l'enclave espagnole de Ceuta, François-Xavier Bellamy, vice-président des Républicains et du groupe du PPE au Parlement européen, est l'invité de Caroline de Camaret dans Ici l’Europe sur France24, LCP et Public Sénat.

Le

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le