OTAN : le Sénat vote pour l’adhésion de la Suède et de la Finlande et salue « un événement de portée historique »

OTAN : le Sénat vote pour l’adhésion de la Suède et de la Finlande et salue « un événement de portée historique »

Le Sénat a voté par une écrasante majorité le projet de loi autorisant l’adhésion de la Suède et la Finlande à l’OTAN. Menacés par la Russie, les deux Etats en avaient fait la demande en mai dernier. Dans l’hémicycle, les élus ont néanmoins dénoncé le « chantage » de la Turquie qui a levé son véto à l’adhésion des deux pays nordiques en échange de l’extradition d’opposants kurdes.
Simon Barbarit

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« Historique ». Le mot a été employé à de nombreuses reprises ce jeudi lors de l’examen du projet de loi de ratification de deux protocoles au traité de l’Otan portant sur l’adhésion de la Finlande et la Suède que les sénateurs ont voté très largement par 323 voix contre 17.

Ces adhésions « répondent à un besoin de sécurité accrue » de ces deux pays, mais elles « constitueront également un gain […] pour la sécurité collective de l’espace européen », a assuré la ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Catherine Colonna.

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« Une quasi-résurrection de l’OTAN »

« Du point de vue de l’Otan, il s’agit d’un succès considérable. On est passé en moins de deux ans du constat d’une organisation en quasi mort cérébrale […] à une OTAN attractive et revivifiée. L’adhésion des deux pays dont la neutralité paraissait intangible marque une quasi-résurrection de l’OTAN », a appuyé le président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, Christian Cambon (LR) avant de saluer « un événement de portée historique pour l’Europe ».

Le sénateur précise, par ailleurs, « les capacités » que pourront apporter ces pays à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord. « La Finlande consacre 2 % de son PIB à sa défense et la Suède a récemment réintroduit le service militaire obligatoire ».

Dans le viseur de la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine, les deux pays avaient fait la demande d’adhésion officiellement en mai dernier. La signature des protocoles d’adhésion par les ambassadeurs des trente pays membres avait ouvert, le 5 juillet, au siège de l’Alliance atlantique à Bruxelles, le processus de ratification.

« La sale guerre de Poutine, c’est atroce à dire, nous a ouvert les yeux. Victime du piège de Thucydide le tueur du Kremlin est allé trop loin, trop tôt. Il pensait diviser l’Europe, il la cimente. Ridiculiser l’OTAN, il la retrempe », a observé Claude Malhuret, président du groupe les Indépendants République et Territoires.

Mais cette signature n’accorde que le statut de pays invité à la Suède et à la Finlande. Les deux Etats ne bénéficieront pas de la protection de l’article 5 de la Charte de l’Otan qui prévoit un processus de défense collective lorsqu’un Etat est attaqué. Il faudra attendre que les 30 États membres la ratifient pour que l’adhésion soit effective. « D’ici là, Stockholm et Helsinki pourront être exposés à des actions de déstabilisation et de provocation conduites par des pays hostiles à cet élargissement », a prévenu Catherine Colonna.

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Jeudi, dix-huit pays l’avaient déjà ratifiée, dont l’Allemagne et la Pologne » a-t-elle précisé.

Les communistes dénoncent « un mémorandum de la honte » avec la Turquie

La signature du protocole d’adhésion n’a pu être possible que par la levée du véto turc. Le chantage exercé par la Turquie qui bloquait le processus d’adhésion n’a été surmonté qu’au prix de la signature d’un mémorandum trilatéral », a rappelé Christian Cambon. La Suède et la Finlande se sont notamment engagées à empêcher les activités du PKK, un allié de la coalition internationale dans la lutte contre Daech.

« Un mémorandum de la honte » a dénoncé le sénateur communiste Pierre Laurent. Son groupe n’a pas voté le texte. « Nous troquons contre le feu vert turc, l’extradition de démocrates kurdes pour les livrer à Erdogan qui après une parodie de justice les laissera pourrir dans une prison », a-t-il développé avant d’expliquer que cette adhésion loin d’être sécuritaire était « politique ». « Ce qui change, c’est leur intégration au commandement otanien, autrement dit américain ».

Pour Jean-Marc Todeschini (PS), ces demandes d’adhésion à l’OTAN marquent a contrario « une réelle faiblesse de l’Union européenne ». « Lorsque le danger de la guerre arrive en Europe, le réflexe instinctif est de se tourner vers l’OTAN […] Les faits le démontrent la défense européenne n’en est qu’à ses balbutiements ».

« Oui à l’adhésion de la Suède et de la Finlande, mais oui aussi à ce que l’Europe conserve sa puissance, sa force et ne soit pas uniquement à la traîne des autres », a appuyé le vice-président du Sénat, Roger Karoutchi (LR).

 

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