Ouïghours : le Sénat adopte une résolution pour interdire l’importation en Europe de produits issus du travail forcé

A l’initiative du groupe écologiste, le Sénat a adopté cet après-midi une proposition de résolution destiné à interdire l’importation en Europe de produits issus du travail forcé de la population ouïghoure en Chine.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

4 min

Publié le

« Les vêtements que nous portons, les téléphones dans nos poches, les écrans dans cette salle sont très certainement produits en partie au prix d’un peuple réduit en esclavage ». Jeudi 1er juin, le sénateur écologiste, Thomas Dossus représentait sa collègue Mélanie Vogel à l’initiative d’une proposition de résolution visant à interdire l’importation en Europe de produits issus du travail forcé de la population ouïghoure en Chine.

Le texte a été adopté par 144 voix contre zéro. La majorité sénatoriale LR et centristes, à l’exception de trois élus, s’est abstenue. Si une résolution n’a pas de valeur contraignante pour le gouvernement, elle marque l’expression d’un souhait ou d’une préoccupation des parlementaires.

« Crimes contre l’humanité »

« Nous avons reconnu le caractère génocidaire des crimes commis contre la population ouïghoure, nous ne pouvons continuer à leur offrir un débouché commercial », a twitté, à l’issue du scrutin Mélanie Vogel qui n’était pas présente dans l’hémicycle.

« Amnesty International et l’Organisation des Nations unis estiment qu’il existe 1 400 camps de rééducation au Xinjiang et un million de prisonniers […] Dans un rapport des autorités chinoises qui date de 2020, nous apprenons que 2,6 millions de citoyens ouïghours du Xinjiang ont été placés dans des fermes et des usines […] le secteur du textile est le plus concerné […] Adidas, Zara, Nike, Uniqlo et bien d’autres sont concernés […] Ce sont des crimes contre l’humanité », a pointé le président du groupe écologiste, Guillaume Gontard, dénonçant la politique d’assimilation culturelle violente de Pékin à l’encontre de la minorité musulmane ouïghoure : interdiction de pratique religieuse et culturelle, destruction de lieux de culte, surveillance de masse, stérilisation forcée, incarcération arbitraire…

 

Inversion de la charge de la preuve

La proposition de résolution rappelle qu’un projet de règlement présenté par la Commission européenne permettrait aux Etats membres d’interdire l’importation de produits issus du travail forcé. Inefficace pour les cosignataires de la résolution car les Etats membres devront « eux-mêmes étayer leurs soupçons qu’un produit est le fruit du travail forcé, avant que l’entreprise visée ait ensuite à démontrer que ce n’est pas le cas. Une période pendant laquelle les biens concernés pourraient continuer à circuler au sein de l’Union ».

Le sénateur RDPI (à majorité présidentielle), André Gattolin a estimé que « l’intérêt majeur de la résolution est de faire porter la charge de la preuve aux entreprises responsables de l’introduction de ces produits sur le marché européen. Il ne s’agit en rien d’une mesure d’exception. Elle est conforme au droit européen et s’applique déjà dans plusieurs domaines », a-t-il assuré.

« Eliminer ce doute sera mécaniquement impossible »

C’est ce point qui a conduit à l’abstention de la majorité sénatoriale. La sénatrice LR, Pascale Gruny a d’abord souscrit à l’objectif d’instaurer un embargo sur les produits issus du travail forcé mais s’est déclarée dubitative sur le système proposé par la résolution. « Il s’inspire du mécanisme mis en œuvre depuis un an par les Etats-Unis qui prévoit que les marchandises en provenance du Xinjiang soient automatiquement réputées enfreindre l’interdiction du travail forcé sauf à ce que l’importateur puisse prouver le contraire de manière claire et convaincante […] Dans le labyrinthe des chaînes d’approvisionnement modernes, éliminer ce doute sera mécaniquement impossible », a-t-elle estimé.

La sénatrice a également insisté sur « la responsabilité exorbitante » que l’inversion de la charge de la preuve ferait peser sur les entreprises. « L’exemple américain nous fournit un précédant instructif puisque nombre d’entreprises ont déjà annoncé qu’elle cesserait de s’approvisionner dans le Xinjiang pour éviter tout risque de sanctions […] Il faut mesurer les effets secondaires que pourrait avoir un tel embargo sur la population du Xinjiang ».

Olivier Becht, ministre délégué chargé du commerce extérieur, a quant à lui promis que la France et ses partenaires européens continueraient de mener un dialogue exigeant et difficile avec la Chine en l’appelant notamment à ratifier le pacte international relatif aux droits civils et politiques des Nations Unis.

Partager cet article

Dans la même thématique

Capture d’écran du documentaire « 39-45, les cheminots dans la résistance » de Emmanuel Roblin
3min

Politique

Les « docus de l’été » : Les cheminots français sous le nazisme, de résistants individuels à la paralysie du réseau

Instrument essentiel de la logistique en temps de guerre, les cheminots français ont très tôt mesuré l’utilité du réseau de chemins de fer pour l’ennemi. Dès 1942, et avant toute autre forme de résistance, ils ont agi pour faire dérailler la machine nazie. "39-45, les cheminots dans la résistance", un documentaire de Emmanuel Roblin à voir cet été sur Public Sénat.

Le

« Ce qui m’a surpris, c’est… » : le premier débat de la présidentielle vu par les chefs d’entreprise présents à l’université d’été du Medef
7min

Politique

« Ce qui m’a surpris, c’est… » : le premier débat de la présidentielle vu par les chefs d’entreprise présents à l’université d’été du Medef

Le premier débat de la présidentielle s’est joué ce 27 août à Paris face aux tribunes de Roland-Garros, entre sept candidats déclarés, sur des thématiques économiques chères à l’organisation patronale. Les dirigeants ou cadres que nous avons rencontrés ressortent mitigés de cet échange. Les deux anciens premiers ministres d’Emmanuel Macron, Gabriel Attal et Édouard Philippe, ont sans surprise pris l’ascendant face à ce parterre.

Le

PARIS: REF 2026, Rencontre des Entrepreneurs de France 2025 du Medef – Présidentielle 2027 : Premier débat de la campagne entre sept candidats réunis par le Medef
9min

Politique

Dette, retraites, fiscalité… que retenir du premier débat des candidats à l’élection présidentielle ?

Ce jeudi, sept candidats à la présidentielle ont tenu le premier débat de la campagne, aux journées d’été du Medef. Pendant plus de deux heures, Bruno Retailleau (les Républicains), Edouard Philippe (Horizons), Raphaël Glucksmann (Place publique), Jean-Luc Mélenchon (la France Insoumise), Marine Le Pen (Rassemblement national), Gabriel Attal (Renaissance) et Marine Tondelier (les Ecologistes) ont échangé sur le sujet de la dette publique, des retraites ou encore du coût du travail.

Le

Meeting of French centrist Renaissance party
8min

Politique

Présidentielle : Retailleau, Attal, Bertrand, Philippe… Les candidatures se multiplient à droite et au centre, mais l’hypothèse d’une primaire divise toujours autant  

Les appels à une candidature unique de la droite et du centre, pour éviter un duel entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, se font de plus en plus pressants. Dernière initiative en date : une tribune signée par 200 élus en faveur d’une primaire ouverte. Mais du côté des partis, les équipes continuent à espérer un rassemblement sans avoir à passer par un tel processus.

Le