« Pagaille noire », « Absurdistan » : l’ajustement du protocole sanitaire à l’école dans le viseur des oppositions
Les annonces de Jean Castex sur le protocole sanitaire des établissements scolaires apparaissent comme une tentative de réponse face au ras-le-bol des enseignants et des parents d’élèves. Les sénateurs de l’opposition y voient aussi un important revers pour Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale.

« Pagaille noire », « Absurdistan » : l’ajustement du protocole sanitaire à l’école dans le viseur des oppositions

Les annonces de Jean Castex sur le protocole sanitaire des établissements scolaires apparaissent comme une tentative de réponse face au ras-le-bol des enseignants et des parents d’élèves. Les sénateurs de l’opposition y voient aussi un important revers pour Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale.
Romain David

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À peine annoncé, déjà oublié. Invité lundi soir du 20 Heures de France 2, le Premier ministre Jean Castex a présenté une simplification du protocole sanitaire dans les établissements scolaires, une semaine seulement après son instauration, et trois jours après un premier ajustement annoncé par le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Désormais, un élève cas contact devra immédiatement se soumettre à un autotest, contre un test PCR ou antigénique précédemment, qu’il lui faudra renouveler à J + 2 et J + 4. Une simple déclaration sur l’honneur des parents après le premier autotest, certifiant que celui-ci est négatif, permettra à l’élève de réintégrer sa classe. Ce nouveau dispositif entrera en vigueur à partir de vendredi. En revanche, dès mardi, les parents des élèves cas contacts ne sont plus tenus de venir chercher aussitôt leur enfant, et pourront attendre la fin des cours.

« Jean Castex n’avait pas le choix »

Cette adaptation, destinée à simplifier la vie des parents d’élèves, qui depuis plusieurs jours venaient gonfler les files d’attente devant les pharmacies et les laboratoires, a été saluée par une très large partie de la classe politique mardi matin, notamment les sénateurs, en plein examen du projet de loi sur l’instauration du passe vaccinal. « La simplification était indispensable, la situation était intenable », a réagi Gérard Larcher, le président du Sénat, sur France Inter. « Hier, dans ma ville de Rambouillet : 2h45 de queue devant les pharmacies, pour des femmes et des enfants qui attendaient de faire le premier test », rapporte le troisième personnage de l’État, qui parle d’une « pagaille noire ».

« Jean Castex a eu complètement raison de faire ça, il n’avait pas le choix », a estimé le centriste Loïc Hervé au micro de « Bonjour chez vous » sur Public Sénat. « On ne pouvait pas imposer à des parents d’aller faire trois heures de queue en pleine semaine devant des laboratoires médicaux. »

« C’est le retour de l’Absurdistan ! »

Mais pour les élus, ce troisième ajustement trahit aussi les atermoiements de l’exécutif lorsqu’il s’agit de concilier les mesures sanitaires et le quotidien des Français. Déjà, l’annonce du protocole de rentrée dans les colonnes du Parisien, le 2 janvier, à quelques heures du retour en classe, avait suscité beaucoup d’agacement chez les familles et au sein du corps enseignant. « L’Éducation nationale démontre sa très grande difficulté à tenir une ligne. Le dernier protocole sanitaire a été annoncé le dimanche avant la rentrée. C’est 40 pages ! On a un vrai monstre bureaucratique qui doit s’adapter pour être beaucoup plus souple. Annoncer trois protocoles sanitaires en moins d’une semaine, ça devient de la folie ! », poursuit Loïc Hervé.

« On est toujours dans une gestion au jour le jour avec des annonces le dimanche soir pour le lundi matin », soupire sur le plateau de BFM TV la sénatrice écologiste Sophie Taillé-Polian.

« C’est le retour de l’Absurdistan ! », lâche Bruno Retailleau, le chef de file de la droite sénatoriale, pour qui le gouvernement n’a tiré aucun enseignement des 22 mois de crise sanitaires traversés. « Elle aura été marquée par une gestion chaotique, et on a là un exemple supplémentaire d’une mesure bureaucratique qui est impossible à suivre pour les familles », a-t-il déclaré sur le plateau de LCI.

Un ministre en difficulté ?

Mais à travers ce cafouillage, les oppositions veulent aussi voir le déclin de Jean-Michel Blanquer, longtemps présenté comme l’un des bons élèves du gouvernement, et ce alors que les syndicats d’enseignants, de parents d’élèves et de lycéens appellent à une grève jeudi 13 janvier, pour protester contre la gestion de l’épidémie en milieu scolaire. Pour beaucoup, l’intervention du Premier ministre, en lieu et place de son ministre de l’Éducation, sonne comme un désaveu. « Jean-Michel Blanquer est démonétisé, y compris auprès de l’Élysée qu’il énerve ! » analyse sur Sud Radio Patrick Kanner, le président du groupe socialiste au Sénat, qui renomme le locataire de la rue de Grenelle « Jean-Michel à peu près ». « On a un ministre qui est aujourd’hui en difficulté, dont la parole ne porte plus notamment chez les enseignants et peut-être encore moins chez les parents », poursuit l’ancien ministre de la Ville de François Hollande.

« Le Premier ministre supervise l’ensemble des enjeux, il supervise les enjeux de santé. Il est tout à fait normal qu’il annonce cet allègement », a tenté de défendre l’intéressé mardi en fin de matinée, sur le plateau de BFM TV. « L’adaptation annoncée par le Premier ministre, c’est que le premier test n’est plus un PCR ou un antigénique mais un autotest. Il s’agit plus d’une adaptation que d’un véritable changement », a-t-il également voulu minimiser. Mais cette annonce ressemble aussi à un geste d’apaisement à destination des syndicats qui appellent à la grève. « Il y a beaucoup de fatigue, de nervosité. Moi, j’appelle au sang-froid, à l’unité », poursuit Jean-Michel Blanquer, qui laisse envisager une fin prochaine de la crise. « On peut espérer que nous sommes en train de franchir le pic épidémique, et que toutes ces contraintes vont s’alléger très prochainement. »

Garder l’école ouverte

La stratégie du gouvernement reste la même : maintenir autant que possible les établissements ouverts, alors que les contaminations flambent sous l’effet du variant Omicron. « Fermer les classes n’est pas une solution, il y en a déjà 10 000 de fermées à cause des professeurs malades. On ne peut pas faire une génération de cancres. L’école doit tourner », soutient Loïc Hervé. Mais du côté des autres oppositions, on estime que cette stratégie atteint ses limites. À droite, on rappelle que Valérie Pécresse, la candidate LR à la présidentielle, avait proposé de prolonger d’une semaine les vacances de Noël. « Ce qui aurait permis d’ajuster [le protocole] au lieu de tomber dans le désordre », fait valoir Bruno Retailleau. « Je suis favorable à ce que les écoles restent ouvertes mais quand je vois, ce matin, que nous sommes à plus de 10 000 classes fermées, je ne suis pas sûr que l’on atteigne l’objectif voulu », glisse Gérard Larcher, toujours au micro de France Inter.

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