Documentaire Paris le mystère du palais disparu de Stéphane Jacques

Paris, le mystère d’un palais disparu

Les promeneurs, touristes ou Parisiens qui déambulent sur le parvis de Notre-Dame, s’imaginent-ils qu’à quelques pas de là se dressait au Moyen Âge, l’une des plus somptueuses résidences d’Europe ? Et surtout, comment, six siècles plus tard, le tout premier palais de nos rois, bâti sur l’île de la Cité, au beau milieu de la capitale, a-t-il pu devenir ce fantôme de l’Histoire ? Dans son documentaire Le mystère du palais disparu, Stéphane Jacques retrace l’enquête menée par un trio de scientifiques spécialistes de la reconstitution numérique.
Sébastien Lambert

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Des romains aux vikings, de Saint-Louis aux rois maudits, le palais de la Cité, Versailles du Moyen Âge protégé par la Seine, s’est développé au fil du temps pour atteindre son apogée au milieu de XIVe siècle. Trois spécialistes de la reconstitution numérique, membres de l’Institut français Iconem, se penchent sur un des mystères de l’Histoire de France : la naissance, l’expansion puis la disparition d’un palais royal au cœur de Paris. L’architecte Yves Ubelmann, l’archéologue Bastien Varoutiskos et la photographe et pilote de drone Marjorie Coulin, entreprennent une mission impossible : retrouver les traces du tout premier palais parisien des rois de France. Ils vont mener une enquête qui les conduira dans les entrailles de l’île de la Cité et de son histoire médiévale et vont le ressusciter en 3D. Grâce à la science et à des fouilles inédites, ils vont traquer les pièces du puzzle pour le reconstituer.

Première étape, identifier les vestiges existants de l’ancien palais disparu

Le trio se partage les recherches et plonge dans 2 000 ans d’Histoire. Habitués à travailler sur des patrimoines menacés en Afghanistan ou en Irak, ils vont cette fois s’attacher à redonner vie à un monument englouti par les siècles et les nombreuses couches du mille-feuille architectural. Ils ont recours à la photogrammétrie, technologie révolutionnaire qui consiste à convertir des milliers de photographies d’un édifice en un modèle en trois dimensions. En lieu et place du palais de la Cité, on trouve aujourd’hui le Palais de justice de Paris, achevé en 1786.

Il ne ressemble en rien à l’ancienne demeure royale mais si l’on sait chercher, on peut y trouver de nombreux indices

L’enquête démarre dans une ancienne galerie du métro parisien, fermée depuis les années 1990. Dans ce tunnel, l’architecte Yves Ubelmann découvre une des plus vieilles pièces du puzzle, les vestiges d’un mur antique découvert en 1909. Une muraille qui date de l’occupation romaine, quand Paris s’appelait Lutèce. Ce mur délimitait un palatium roman, première pierre de notre futur palais. On sait que l’empereur Julien fut le premier à mentionner dans ses récits, ce palais impérial dans lequel il séjourna entre 358 et 360.

Ces vestiges prouvent que ce palais aurait finalement non pas 600 ans mais bien 2 000 ans d’existence

L’équipe se dirige ensuite vers La Conciergerie. Plus grande salle médiévale d’Europe avec ses 1 700 mètres carrés, pouvant accueillir jusqu’à 2 000 personnes, elle servait en réalité de soubassement gigantesque à une autre salle aujourd’hui invisible, brûlée entièrement en 1618 dans un grand incendie qui ravagea le cœur du palais.

Deuxième étape, profiter du déménagement du Palais de Justice dans les nouveaux locaux ultra-modernes du nord de Paris pour poursuivre des fouilles. Derrière les différents travaux réalisés au fil des siècles se cachent de nouvelles pièces du puzzle. De tous les édifices qui constituaient ce palais, seule la Sainte-Chapelle, gratte-ciel du Moyen Âge dont la flèche culmine à 75 mètres de hauteur, n’a pas été totalement engloutie. L’enquête peut donc se poursuivre à cet endroit.

La Sainte-Chapelle est la seule pièce intacte du puzzle.

La Sainte-Chapelle est la seule partie encore intacte du palais de la Cité. C’est un peu comme assembler un puzzle dans lequel la majorité des pièces aurait disparu.

Dernière étape, se plonger dans les livres d’Histoire, en particulier une gravure du XIVe siècle, détenu au Château de Chantilly dans l’Oise. On le découvre dans ce livre d’enluminures Les Très Riches Heures du Duc de Berry, daté du XVe siècle. Cet ouvrage reproduit de façon très précise un condensé des étapes de construction entre la période Louis VI le Gros et à la fin du règne de Charles V.  Ce document, associé aux éléments glanés sur place va permettre de reconstituer le palais de la Cité, bâtiment par bâtiment. Ils ont maintenant une vision très précise des couleurs de l’époque. Au gré des modes, les multiples restaurations ont fait disparaître les couleurs du palais. Les enquêteurs aidés par des spécialistes du laboratoire de chimie biomoléculaire de l’université de Jussieu vont recréer en laboratoire la couleur bleue utilisée au Moyen Âge avec des pigments de lapis-lazuli venu d’Afghanistan.

Le 22 février 1358, le dauphin, futur Charles V est enlevé. Une fois libre, il décide que plus aucun monarque ne doit résider au palais de la Cité. Au fil du temps, le château n’abrite plus les rois mais leurs oppositions jusqu’à devenir leur propre prison. À la Révolution, Marie Antoinette y est incarcérée avant d’être guillotinée. La monarchie française s’achève là où elle avait commencé.

Retrouvez le documentaire Paris, le mystère du palais  en replay sur notre site internet ici.

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