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Paris : les dessous du deal entre Dati et Barnier

Il ne devrait pas y avoir de guerre des droites à Paris, en tout cas pas pour le moment. La commission nationale d’investiture de LR s’apprête à soutenir officiellement la candidature de Rachida Dati aux municipales à Paris en mars prochain. En échange, la ministre de la Culture laisserait le champ libre à Michel Barnier, investi par le parti à la législative partielle dans la 2e circonscription de Paris.
Simon Barbarit

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« Si une personne à droite a des chances de gagner à Paris, c’est bien Rachida Dati. On serait, de toute façon, arrivés à cette conclusion dans les semaines à venir », confie le sénateur LR Max Brisson, interrogé sur l’accord en passe d’être bouclé entre la ministre de la Culture et son ancien Premier ministre, Michel Barnier.

Jeudi, à 19h15, la commission nationale d’investiture (CNI) du parti devrait officiellement apporter son soutien à la maire du VIIe arrondissement pour les municipales dans la capitale qui se tiendront les 15 et 22 mars prochains. En échange, la ministre devrait retirer sa candidature dissidente à la législative partielle dans la 2e circonscription de Paris qui se tiendra les 21 et 28 septembre. Investi cet été par le parti, Michel Barnier sera le seul candidat de LR dans cette circonscription en or, qui regroupe trois arrondissements cossus, le 5e, le 6e et le 7e, une « circo » très ancrée à droite.

« cet accord met fin à un conflit larvé »

« Il faut savoir avancer. On est à 6 mois d’une élection. Les négociations ont été menées directement par le président du parti Bruno Retailleau. Cet accord met fin ce conflit larvé qui perdurait avec un certain nombre de maires d’arrondissement et de sénateurs. Pour ma part, je participerai à la campagne de Rachida Dati. Mon soutien est clair, et mon but est de gagner derrière elle », commente la sénatrice de Paris, Catherine Dumas, ancienne numéro 2 de Rachida Dati au Conseil de Paris, qui, comme d’autres, avait pris ses distances avec la maire du VIIe arrondissement depuis son entrée au gouvernement de Gabriel Attal en janvier 2024.

Car, si désormais pour bon nombre d’élus Républicains, Rachida Dati est la candidate naturelle de la droite à la mairie de Paris, l’étoile de l’ancienne garde des Sceaux avait pali au sein de sa famille politique dont elle a été exclue en 2024 avant de reprendre sa carte cette année. Déjà sous la menace d’une peine d’inéligibilité dans le cadre d’un procès pour corruption et trafic d’influence dans l’affaire Renault-Nissan qui se tiendra dans quelques semaines, les débats autour de la loi PLM (Paris Lyon, Marseille) n’avaient pas renforcé sa côte auprès de la majorité sénatoriale (lire notre article).

C’est pourquoi, l’annonce, au cœur de l’été, de la candidature de Michel Barnier à la législative partielle de Paris, avait pu être perçue dans les rangs de la ministre comme « un plan B », à une candidature Dati empêchée aux municipales. La semaine dernière, dans la Tribune du Dimanche, Rachida Dati avait qualifié cette candidature « d’instrumentalisée » et prévenait sa famille politique : elle ira « jusqu’au bout » de sa candidature dissidente dans « (s) a circonscription » des 5e, 6e et 7e arrondissements, « première étape du rassemblement et de la dynamique de victoire à Paris », selon elle.

« quotas de LR »

Après ces rebondissements, le sénateur des Hauts-de-Seine et vice-président de la CNI, Roger Karoutchi, préfère rester prudent sur la finalisation de cet accord. « Tant que ce n’est pas imprimé noir sur blanc on peut toujours avoir des surprises ». « Les discussions qui se bouclent portent sur les quotas de nos élus sur les listes. Nous souhaitons naturellement que les élus LR et la droite et le centre gardent la majorité sur les listes de Rachida Dati », précise-t-il dans la perspective d’une union de la droite et des macronistes dès le premier tour, ce que souhaite Rachida Dati.

« L’idée, c’est que Rachida Dati intègre dans sa campagne, dans ses listes, voire dans son exécutif si elle gagne, tous les élus qui auront pris position pour elle », complète Catherine Dumas

« Un dialogue constructif a été engagé depuis fin juillet entre Rachida Dati et Bruno Retailleau. La CNI avait investi à l’unanimité Michel Barnier pour cette législative partielle à Paris. Il avait d’ailleurs confirmé à cette occasion qu’il ne sera pas candidat aux élections municipales », rappelle un parlementaire proche de l’ancien Premier ministre.

Pour mémoire, avec la réforme, les Parisiens se prononceront lors de deux scrutins distincts, en votant pour une liste de conseillers de leur arrondissement et pour une liste de conseillers municipaux, avec à sa tête le prétendant à la succession d’Anne Hidalgo. Dans ce mode de scrutin, la notoriété d’un candidat est un plus. « Sur ce point, Rachida Dati a un niveau nettement supérieur à tous ses adversaires », y compris à gauche », consent Max Brisson.

Le soutien officiel de LR à Rachida Dati mettra-t-il fin aux ambitions de Francis Szpiner, sénateur LR et candidat déclaré pour les municipales ? L’ancien maire du XVIe arrondissement de Paris n’a pas répondu à nos sollicitations.

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