Au soir du second tour des municipales 2026, le clivage gauche /droite semble se réactiver si l’on regarde la carte électorale, entre d’un côté des grandes métropoles qui restent aux mains de la gauche, et de l’autre une France des territoires et des villes moyennes largement acquise à la droite. Le Rassemblement national et La France insoumise, qui ont réalisé une percée historique au premier tour, n’ont pas toujours réussi à obtenir les gains escomptés. L’extrême droite se renforce principalement dans les zones où elle était déjà implantée en remportant des villes moyennes, tandis que les grosses prises du parti de Jean-Luc Mélenchon se limitent à Roubaix et Saint-Denis, ou dans la banlieue de Lyon.
Les trois plus grandes villes françaises restent aux mains de la gauche
Paris, Marseille et Lyon restent dans l’escarcelle de la gauche à l’issue de ce second tour, alors que beaucoup de commentateurs redoutaient que le nouveau mode de scrutin dans ces trois villes ne favorise les oppositions. Pour rappel, la réforme dite « PLM » impose désormais aux candidats de présenter deux listes : l’une pour les conseils d’arrondissements, l’autre pour la mairie centrale. Les électeurs parisiens et marseillais ont dû glisser deux bulletins dans l’urne ce dimanche, et même trois à Lyon où l’on votait aussi pour la métropole.
À Paris, Emmanuel Grégoire qui était talonné par Rachida Dati dans les dernières enquêtes d’opinion, et pénalisé par le maintien de la liste LFI de Sophia Chikirou, s’est très largement imposé pour ce second tour, à 50,5 % des voix contre 41,4 % pour la candidate LR, selon les estimations Ipsos BVA CESI Ecole d’ingénieurs pour France Télévisions, Radio France et Public Sénat/LCP-AN. En revanche dans la capitale des Gaules, la victoire sur fil de l’écologiste Grégory Doucet, donné à 51,1 %, est contestée par le candidat divers centre Jean-Michel Aulas (48,9 %). L’ancien président de l’Olympique lyonnais a annoncé avoir déposé un recours, « compte tenu des nombreuses irrégularités commises pendant le scrutin ».
L’échec des alliances PS et LFI
Le rapprochement controversé des listes PS et LFI, dans certains cas face à la percée de l’extrême droite, essuie un camouflet dans plusieurs villes, notamment à Limoges, Tulle, Toulouse, Avignon ou Clermont-Ferrand, un bastion de gauche depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Dans la perspective de la présidentielle, socialistes et écologistes devront à coup sûr s’interroger sur l’échec de cette stratégie de fusion avec La France insoumise. Une stratégie qui a été très largement critiquée par plusieurs responsables PS, notamment Carole Delga, la présidente du conseil régional d’Occitanie, ou encore François Hollande, après une campagne marquée par de vives tensions entre une partie de la gauche et LFI. À plus forte raison quand les candidats PS à Paris et Marseille, ayant refusé de telles alliances, sont parvenus à distancer leurs challengers.
Dans un communiqué, l’ancien président de la République fustige Olivier Faure, le premier secrétaire du PS. Selon lui, la direction du parti « n’a pas su fixer de règles claires pour les accords, ni exercer l’autorité nécessaire pour dire ce qui était acceptable et ce qui ne l’était pas ».
De leur côté les insoumis triomphent à Roubaix, où le député David Guiraud est élu. Au premier tour, ils avaient déjà remporté Saint-Denis en région parisienne.
Les écologistes à marée basse
La vague écologiste de 2020 reflue, malgré la main tendue aux insoumis : Poitiers et Besançon, autre bastion historique de la gauche, tombent aux mains de la droite et du centre. À Bordeaux, le macroniste Thomas Cazenave est élu maire face au sortant Pierre Hurmic.
La secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, a épinglé « les partisans des gauches irréconciliables », responsables selon elle de la défaite de plusieurs listes d’union. « La gauche a été toxique pour elle-même dans cette campagne », a-t-elle déclaré sur TF1.
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La droite confirme son important maillage territorial, mais reste à la peine dans les grandes villes
Les Républicains peuvent se féliciter du succès de la ligne « ni-ni », défendue par leur président Bruno Retailleau, à la fois face aux listes estampillées LFI, mais aussi face à l’extrême droite, et ce malgré les nombreux appels du pied de Jordan Bardella, le président du Rassemblement national. LR arrache ainsi plusieurs villes moyennes à la gauche : Besançon, Limoges et Tulle, une prise emblématique puisqu’il s’agit du fief de François Hollande. Mais surtout Clermont-Ferrand, après 80 ans de domination socialiste.
« Nous sommes toujours et plus que jamais, la première force politique locale de France », a salué Bruno Retailleau dans une brève prise de parole, évoquant les victoires de sa famille politique dans « cette France qui n’est plus regardée, celle des villes moyennes et des communes rurales ».
Mais l’ancien ministre de l’Intérieur serait-il en train de faire de nécessité vertu ? Car LR ne parvient plus à percer dans les grandes métropoles. Nîmes dernière ville de plus de 150 000 habitants qui était encore pilotée par la droite, a été remportée ce dimanche par un candidat communiste, à la tête d’une liste d’union de gauche. D’ici 2027, LR va devoir s’interroger sur ses difficultés à séduire l’électorat urbain, notamment au regard de la cuisante défaite de Rachida Dati à Paris. L’ancienne ministre semblait disposer d’un boulevard pour s’emparer de la capitale, après le ralliement de la liste du candidat Horizons Pierre-Yves Bournazel et le désistement de la zemmoursite Sarah Knafo.
Une ville, par ailleurs, pourrait devenir un caillou dans la chaussure de Bruno Retailleau, désormais candidat à la présidentielle : Nice. Le Vendéen a lâché le maire sortant Christian Estrosi pendant la campagne de l’entre-deux-tours, en dépit d’un accord passé avec Horizons. Ce dimanche, c’est l’UDR Éric Ciotti, allié de Marine Le Pen, qui s’empare de la capitale azuréenne. Le positionnement de Bruno Retailleau a fait bondir de nombreux responsables de droite et du bloc central, cette situation trahit les divergences stratégiques qui risquent d’agiter LR en vue des prochaines batailles électorales.
Le RN confirme ses lignes de force, mais rate la marche à Toulon, Nîmes et Marseille
Le Rassemblement national continue de creuser son sillon dans les territoires où l’extrême droite est déjà fortement implantée, avec des victoires à Carcassonne (Aude), Saint-Avold (Moselle), La Flèche (Sarthe), Menton (Alpes maritimes) ou Liévin (Pas-de-Calais). « Jamais le RN et ses alliés n’ont compté autant d’élus sur le territoire français », a salué Jordan Bardella, estimant que son parti venait de réaliser « la plus grande percée » de son histoire.
Pour autant, le parti de Marine Le Pen échoue dans deux grandes villes qu’il avait bon espoir d’ajouter à son tableau de chasse : Toulon, Nîmes et Marseille. « En refusant l’alliance à Nîmes et à Marseille, Les Républicains portent la lourde responsabilité de livrer ce soir deux grandes villes françaises au désordre de l’extrême gauche », a commenté Jordan Bardella, sur le refrain de l’union des droites.
Un premier ancrage territorial pour Renaissance
Outre Bordeaux, une prise de taille, le parti présidentiel Renaissance arrive en tête du second tour à Annecy, Rodez ou encore à Tarbes. Il s’agit d’une percée significative pour une formation politique qui n’a jamais fait des municipales un maillon essentiel de sa stratégie électorale. Le parti double ainsi son nombre d’élus locaux, selon Gabriel Attal. Prenant la parole dans la soirée, le président de Renaissance a également tendu la main aux électeurs de la « gauche républicaine » qui ont été « écœurés » par les accords passés avec La France insoumise.
(Avec AFP)