« Dire ce que je ferai et faire ce que je dis ». C’est cette maxime que compte s’appliquer Lionel Jospin en arrivant à Matignon en 1997 au lendemain de la dissolution qui entraîna la troisième cohabitation de la Ve République. Lors de son discours de politique générale à l’Assemblée nationale, le 19 juillet de cette année-là, le nouveau Premier ministre prend cet engagement : « Permettre aux femmes de s’engager, sans entrave, dans la vie publique […] Les socialistes et la majorité ont montré l’exemple et tracé le chemin notamment lors des dernières élections législatives. Mais il faut aller plus loin. Une révision de la Constitution, afin d’y inscrire l’objectif de la parité entre les femmes et les hommes, sera proposée », annonçait-il. Deux ans plus tard, la loi constitutionnelle du 8 juillet 1999 prévoit à l’article 3 du texte fondamental que « la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives ».
« Il fallait agir »
Dans l’émission « Il était une loi », diffusé sur Public Sénat en avril 2025, le Premier ministre, Lionel Jospin, décédé ce lundi à l’âge de 88 ans, revenait sur les origines de son engagement en faveur de la parité. « Le retard français […] en 97, on en était encore à 10 % (de femmes) à l’Assemblée et 6 % au Sénat, il fallait agir », explique-t-il.
Le terme de parité ne figure toutefois pas dans la Constitution. « C’est Jacques Chirac qui ne veut pas que le terme de parité figure dans le texte constitutionnel […] Je crois que ces soutiens n’étaient pas très favorables à la parité, à cette époque. Peut-être s’est-il inquiété de ce que pourrait faire le Conseil constitutionnel », esquisse l’ancien Premier ministre.
A cette époque, la femme de Lionel Jospin, la philosophe, Sylviane Agacinski, publie un essai, « politique des sexes (ed. Points) » dans lequel elle défend la revendication de la parité en politique.
Une fois la révision constitutionnelle passée, il faut pour le gouvernement appliquer ce principe dans la loi. La loi du 6 juin 2000 tendant à favoriser l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives prévoit une égalité obligatoire des candidatures pour les scrutins de liste, c’est-à-dire une alternance des candidats de chaque sexe sur les listes comme les élections régionales et les élections européennes Ça, c’était simple et ça s’est imposé. Tous les partis l’ont appliqué parce qu’ils respectent la loi naturellement », précise l’ancien premier secrétaire du PS.
En 2000, le principe n’est pas applicable aux communes de moins de 3 500 habitants, aux élections cantonales ni aux sénatoriales dans les départements ou moins de trois sénateurs sont élus au scrutin majoritaire.
Pour les élections législatives, la loi prévoit une égalité facultative. Les partis qui ne présentent pas 50 % de candidats de chaque sexe doivent payer une amende. « Et là, on a vu quand même qui était convaincu. En règle générale et malgré les prises de position favorables de grandes personnalités rattachées à la droite, les partis de droite ont préféré payer des sanctions, ou plus exactement, recevoir moins de financements politiques, plutôt que de présenter des femmes. Alors que dans l’ensemble, les partis de gauche et les écologistes ont bien davantage respecté la loi », distingue Lionel Jospin.
En effet, à la tribune, sénateur RPR, Patrice Gélard avait comparé les listes « chabada » ou ce qu’il appelait « le tictac », à un « apartheid ».
Lionel Jospin se souvient, quand même, d’une réunion rassemblant députés et sénateurs socialistes. « Je dois dire ce que c’est la parité concrètement. Je dis, pour moi, la parité, c’est 50/50. Je peux vous dire qu’il y a eu un frémissement de terreur à l’intérieur de cette assemblée. Mais tous les partis de gauche et les écologistes étaient quand même convaincus et donc ils ont suivi ».