Parlement européen : « On cherche à éliminer Strasbourg en tant que capitale européenne », estime Claude Kern
Voilà sept mois que les eurodéputés n’ont pas foulé le sol du siège strasbourgeois, siégeant à la place à Bruxelles en raison de la pandémie. Si Emmanuel Macron a tapé du poing sur la table, les élus de la région entendent qu’il joigne le geste à la parole en soutenant les acteurs économiques locaux.   

Parlement européen : « On cherche à éliminer Strasbourg en tant que capitale européenne », estime Claude Kern

Voilà sept mois que les eurodéputés n’ont pas foulé le sol du siège strasbourgeois, siégeant à la place à Bruxelles en raison de la pandémie. Si Emmanuel Macron a tapé du poing sur la table, les élus de la région entendent qu’il joigne le geste à la parole en soutenant les acteurs économiques locaux.   
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Par Héléna Berkaoui

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« Si le Parlement européen ne se réunit qu'à Bruxelles, on est foutu », a déclaré Emmanuel Macron, mardi à Vilnius, concernant la décision du Parlement de ne pas organiser les sessions parlementaires à Strasbourg en octobre. La session de septembre avait également été transférée à Bruxelles en raison de la situation sanitaire.

« Si on accepte que le Parlement européen ne se réunisse qu'à Bruxelles, on est foutu, car dans dix ans tout sera à Bruxelles. Et les gens ne se parleront plus qu'entre eux à Bruxelles. Or l'Europe ce n'est pas cette idée-là », a ajouté le président de la République. Depuis sept mois maintenant, aucune session ne s'est tenue à Strasbourg, une situation qui pèse sur l’économie locale et exaspère les élus de la région.

Tout l’enjeu est aujourd’hui de savoir si les sessions d’octobre seront effectivement annulées à Strasbourg. Par anticipation sans doute, le président de la République a d’ores et déjà suggéré des « mécanismes de compensation » pour Strasbourg auprès du président du Parlement européen, David Sassoli. Il s’agirait alors de mettre en place « un rallongement des sessions dans les prochains mois » ou d’utiliser l'hémicycle strasbourgeois pour le lancement des travaux de la Conférence pour l'avenir de l'Europe.  

« Il est tout simplement incompréhensible d’avoir une annulation pour la 6e et la 7e session », réagissait sur notre antenne la nouvelle sénatrice LR du Bas-Rhin, Elsa Schalck (voir la vidéo ci-dessous). « On est extrêmement inquiets (…) c’est une décision incompréhensible qui fragilise Strasbourg, la région, notre pays et l’Union européenne. Il est nécessaire de pouvoir respecter les traités, il y va de la construction européenne », s’alarme l’élue alsacienne.

« La défense du Parlement européen à Strasbourg est un enjeu majeur », alerte Elsa Schalck (LR)
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Les traités européens veulent que le Parlement européen ait son siège à Strasbourg, où se déroulent habituellement douze sessions plénières de trois jours et demi par an. En dehors de ces sessions, les eurodéputés travaillent à Bruxelles, une configuration qui est régulièrement sujette à débat.

Aujourd’hui, l’absence de session a également des conséquences économiques dans une région déjà largement affectée par la pandémie. L’arrêt des sessions a des conséquences directes sur les acteurs économiques locaux. « Cela représente une semaine de travail en moins chaque mois, le calcul est vite fait. On n'a personne, on n'a rien donc on ne bosse pas. Chez nous, déjà une dizaine de taxis ont arrêté leur activité », témoigne un membre d’une centrale de taxis strasbourgeoise auprès de France bleu Bas-Rhin.

« La place de Strasbourg n’est pas assez défendue »

Claude Kern, sénateur centriste du Bas-Rhin, redoute des « conséquences dramatiques dans le domaine de l’hôtellerie, de la restauration et pour les emplois indirects ». Pour l’élu, le transfert des sessions à Bruxelles est tout bonnement « scandaleux », pire « c’est la preuve qu’on cherche à éliminer Strasbourg en tant que capitale européenne ». Derrière cet épisode en apparence conjoncturel, c’est bien la place et le rôle de Strasbourg dans les instances européennes qui est en jeu, pour les élus du Grand est.

Si la déclaration d’Emmanuel Macron est saluée, elle est aussi jugée « tardive » par Claude Kern qui estime que « la place de Strasbourg n’est pas assez défendue » par l’exécutif. Fraîchement élu sénateur du Bas-Rhin, Jacques Fernique (EELV) réclame, lui, un engagement diplomatique et politique, au-delà « des paroles fortes ».

« La métropole et la mairie de Strasbourg ont demandé au gouvernement une mission d’évaluation de l’impact social et économique du transfert des sessions à Bruxelles. Il s’agit de mettre rapidement en place un soutien financier et économique des acteurs économiques locaux, des actions concrètes renforcer la présence du Parlement à Strasbourg », explique l’élu écologiste.

« Une réponse est en cours d'élaboration »

La députée européenne et ancienne maire de Strasbourg, Fabienne Keller (AGIR - majorité présidentielle) salue la déclaration du président de la République. Cette dernière a mis sur pied un groupe de mobilisation pour la défense du siège strasbourgeois, dès septembre. « Bruxelles est dans une situation plus marquée vis-à-vis du Covid mais c’est la question du transport qui inquiète les fonctionnaires (du Parlement européen) qui sont principalement basés à Bruxelles », explique Fabienne Keller qui grade « bon espoir » en la reprise des sessions en octobre.

Jacques Fernique note, lui aussi, une situation sanitaire « à peu près similaire » entre Strasbourg et Bruxelles et s’en émeut : « Là, ça devient inadmissible. L’Europe a besoin de reposer sur plusieurs pieds, la démocratie européenne ne peut pas être une simple technostructure ».

Selon les informations de l’AFP, émanant de l’entourage du président du Parlement européen, « une réponse (est) en cours d'élaboration » concernant le maintien des sessions d’octobre au siège strasbourgeois. Le président de la République et David Sassoli devraient se rencontrer en tête-à-tête en marge d'un sommet européen à Bruxelles, toujours selon l’agence de presse.  

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