France : Raphael Glucksmann’s Meeting at the Zenith of Nantes

Parole d’eurodéputée : « Le RN, ce sont des gens qui ne font rien au Parlement européen, Bardella sait où sont la cantine et la salle de musculation », raille Aurore Lalucq

[SERIE] Le Parlement européen raconté par ses eurodéputés. Pour mieux comprendre le travail à Bruxelles et Strasbourg, la parole à ceux qui font vivre l’institution : les eurodéputés. Porte-parole de la liste PS/Place publique, Aurore Lalucq se réjouit d’avancées, comme « la taxation minimale des multinationales », lors du mandat qui se termine. Mais « quand on touche à certains intérêts » bancaires, cette proche de Raphaël Glucksmann constate que « vous êtes en frontal face au gouvernement français », qui freine.
François Vignal

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Au fait, comment ça se passe le travail d’un parlementaire européen ? A l’occasion des élections européennes du 9 juin, publicsenat.fr donne la parole aux eurodéputés sortants. Plus qu’un bilan de la mandature qui s’achève, ils nous parlent de leurs victoires, leurs échecs ou regrets aussi, pour mieux comprendre le fonctionnement spécifique du Parlement européen. Après l’écologiste David Cormand, l’eurodéputée Renaissance Fabienne Keller, le député européen RN Thierry Mariani, c’est au tour d’Aurore Lalucq, eurodéputée membre de Place publique, la formation qu’elle copréside avec Raphaël Glucksmann.

« Maintenant, il faut passer la seconde sur le Green Deal »

Après un premier mandat au Parlement européen, cette économiste de formation garde à l’esprit quelques « victoires » dans son domaine de prédilection. Et les travaux ont été riches. Celle qui figure aujourd’hui en quatrième position de la liste PS/Place Publique retient « la taxation minimale des multinationales, on est le premier continent au monde à l’avoir fait », « la sortie du traité de la charte de l’énergie », qui permettait aux investisseurs d’attaquer un Etat devant un tribunal d’arbitrage privé pour une législation qui pénalisait les énergies fossiles, et « la garantie de l’emploi. En France, c’est ce qu’on appelle « territoires zéro chômage de longue durée » », qui permet de répondre aux besoins en emplois non satisfaits dans certaines zones. « C’est une proposition que je portais seule au début, au sein des socio-démocrates. Puis j’ai réussi à convaincre mon groupe politique pour le passage en commission, qui a finalement trouvé que c’était un projet intéressant, et a débloqué un fonds spécifique pour expérimenter », se réjouit la porte-parole de la liste menée par Raphaël Glucksmann.

Au chapitre des accomplissements, elle évoque aussi « le Green Deal », que citent autant Renaissance, que les écologistes ou… la droite, pour avoir réussi à faire reculer l’ambition sur les pesticides ou les normes. Et les eurodéputés n’en ont pas terminé avec le Pacte vert. « Maintenant, il faut passer la seconde. On l’a fait d’un point de vue normatif, mais il faut faire un plan d’investissement », soutient Aurore Lalucq, avant d’alerter : « Si on fait une pause, comme la droite et l’extrême droite le veulent, la révolution écologique va se faire… mais pas chez nous. Toutes nos entreprises vont filer aux Etats-Unis et en Chine, on condamnera l’emploi sur le continent ».

Aurore Lalucq accuse le gouvernement d’avoir « flingué une réforme » pour plus de régulation dans la finance

Evidemment, tout n’aboutit pas au Parlement européen, où chaque texte est le fruit de longues discussions. « Les échecs, c’est à chaque fois que j’ai eu le gouvernement français contre moi, notamment dans la réglementation bancaire et financière, quand Bercy a décidé de détruire certaines réformes qui allaient vers plus de réglementation », selon la porte-parole de la liste PS/Place Publique. « Emmanuel Macron a dit qu’il fallait revenir sur les accords de Bâle (qui ont renforcé le niveau de fonds propres exigés des banques, après la crise de 2008, afin de les rendre plus solides, ndlr), qu’il fallait les assouplir, alors que ce n’est même pas totalement mis en place », s’inquiète Aurore Lalucq, qui rappelle qu’« il y a un an, il y a pourtant eu une vague de crises dans les banques moyennes, avec le Crédit Suisse ».

Sur un autre sujet bancaire, elle constate encore que le gouvernement français freine. Le passé dans la finance d’Emmanuel Macron a peut-être laissé quelques traces… « C’était sur les chambres de compensation (qui permettent d’assurer un bon fonctionnement des flux financiers, ndlr). C’est là que se passe le cœur de la finance mondiale. Si l’une pète, Lehman Brothers, à côté, c’est mignon ! La plus grosse se trouve à Londres et après le Brexit, il y avait un accord pour dire qu’il fallait la rapatrier sur notre territoire pour pouvoir surveiller, davantage superviser. Et là, la France a flingué cette réforme, car ça coûtait un peu d’argent à la Société Générale, au Crédit Agricole et à BNP Paribas. Il ne reste rien », dénonce l’eurodéputée Place publique. « Quand on touche à certains intérêts et que vous êtes en frontal face au gouvernement français, parfois vous gagnez, comme sur les travailleurs des plateformes ou la finance durable, parfois c’est très compliqué », constate Aurore Lalucq, qui ajoute :

 Le gouvernement français défend les intérêts des banques françaises au centime près, et l’intérêt général européen disparaît bien vite. 

Aurore Lalucq, porte-parole de la liste PS/Place Publique pour les européennes.

« Sur les travailleurs des plateformes, on est allés chercher les voix »

La candidate de la liste du Parti socialiste/Place publique pointe encore « le double langage du gouvernement français » et de « Bruno Le Maire » sur « la taxation des ultrariches », qui « va dire qu’au niveau international, ça ne lui pose aucun problème, mais que ça va prendre du temps… ». Elle se souvient aussi de la taxation minimale des multinationales. Là encore, elle accuse « la France d’avoir mal fait les choses, en réduisant le taux de taxation. L’accord était autour de 21%. Dans les négo’, on sait très bien que Paris a défendu 15%, et on est arrivés à ce taux ». Mais « après, au moment où il a fallu réussir à trouver une majorité pour les Etats, le gouvernement français a joué son rôle en étant aidant », reconnaît-elle.

Car dans les instances européennes, la négociation est le maître mot. Il faut convaincre. « Sur les travailleurs des plateformes, on est allés chercher les voix, c’était des moments de tension assez importants. Il a fallu compter les voix », et une par une, se souvient Aurore Lalucq. « Quand vous faites ça en commission, vous avez la photo des députés sous les yeux, et vous notez qui va voter quoi ». De la dentelle, digne de certaines séries politiques. L’histoire ne dit pas si c’est la réalité qui inspire la fiction ou si c’est l’inverse. Toujours est-il que cette culture du compromis amène parfois à faire le grand écart pour adopter un texte, comme l’explique la candidate :

 Quand vous n’avez pas la droite à bord, il faut une majorité qui va du groupe Left, où siège LFI, à Renew, où siège Renaissance. 

Aurore Lalucq, porte-parole de la liste PS/Place Publique pour les européennes.

« Vous n’êtes jamais vraiment dans l’opposition au niveau européen, car vous êtes toujours en train de construire des majorités »

Vue de France, la culture politique au Parlement européen n’est parfois pas loin de venir d’une autre planète. « Le compromis, le fait de construire des majorités, c’est quelque chose qui paraît très exotique pour les Français. On est un pays dont le fonctionnement démocratique est complètement orthogonal au fonctionnement européen ». L’exemple récent qui s’en rapproche le plus en France est « la constitutionnalisation de l’IVG, avec un petit groupe de personnes, écologistes, PS, LFI, qui se sont unies pour porter une idée, et qui arrivent ensuite à convaincre des gens qui ne sont pas dans le même camp. Et à la fin, certains LR peuvent voter. Ça fonctionne comme ça le Parlement européen ».

Un fonctionnement qui explique de nombreux votes communs entre ennemis politiques au plan national. « C’est pour cela qu’on dit que Raphaël Glucksmann vote à 80 % pareil que LFI ou Valérie Hayer. Bah oui, c’est normal, car il faut construire des majorités, sauf que les 20 % de différences sont importantes », souligne Aurore Lalucq. Pour elle, cette recherche d’accords transpartisans est une chance. « C’est ce qui fait qu’un parlementaire européen a du pouvoir. Vous n’êtes jamais vraiment dans l’opposition au niveau européen car vous êtes toujours en train de construire des majorités », explique l’eurodéputée sortante.

« Les eurodéputés RN sont incapables de pondre une idée »

Pour cette femme de gauche, la montée de l’extrême droite, à commencer par la France, où la liste de Jordan Bardella caracole en tête des sondages, autour de 30 %, reste au travers de la gorge. D’autant qu’elle voit, sur place, au Parlement européen à Bruxelles ou à Strasbourg, la faible activité parlementaire des élus RN, dont ils sont accusés par leurs adversaires. L’eurodéputé RN, Thierry Mariani, lui, s’en défend.

« Leur montée est inquiétante, mais c’est aussi terrible car ce sont des gens qui ne font rien ! Bardella sait où sont la cantine et la salle de musculation. Il a déposé quoi, 21 amendements ? Moi, sans être chef de groupe, j’en ai déposé quasiment 4000… Ils ne font rien, sont incapables de pondre une idée. A part la question de l’immigration, on ne voit pas ce qu’ils défendent, ce qu’ils portent » attaque Aurore Lalucq. « Ils viennent juste à Strasbourg. A chaque fois qu’on vote un texte, c’est un amendement de suppression… », ajoute encore cette proche de Raphaël Glucksmann.

« On ne se laisse pas griser par les sondages »

Si avec 13 à 14 % d’intentions de vote, elle reste très loin du niveau du Rassemblement national, la liste PS-Place Publique peut nourrir quelques sérieux espoirs pour le scrutin du 9 juin. Plusieurs sondages la donnent à touche-touche avec la liste de la majorité présidentielle de Valérie Hayer. Un croisement des courbes causerait un petit tremblement de terre en macronie comme à gauche. Mais Aurore Lalucq l’assure, elle et ses amis socialistes gardent la tête froide. « Les sondages, ce n’est pas un résultat. On sent qu’il y a une bonne dynamique sur le terrain. Mais on ne se laisse pas griser », jure la candidate. Avec sa quatrième place sur la liste, Aurore Lalucq est assurée pour sa part de retrouver les bancs du Parlement européen pour cinq années de plus.

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