Paris : Gabriel Attal conference de presse
Press conference by Gabriel Attal. Paris, 20/06/24. Conference de presse de Gabriel Attal. Paris, le 20/06/24.//CEZARDGABRIELLE_GC_attalconfpresse_23/Credit:Gabrielle CEZARD/SIPA/2406201036

« Pas de hausse d’impôts quoi qu’il arrive », promet Attal : « Démagogie pure » répond la commission des finances du Sénat

Lors d’une conférence de presse, Gabriel Attal a fustigé a renvoyé dos à dos les programmes économiques du RN et du Nouveau Front Populaire, comme étant irréalistes tout en prenant l’engagement « d’inscrire dans la loi une règle d’or budgétaire, pas d’augmentation des impôts quoi qu’il arrive ». « Une impasse » pour les sénateurs de la commission des finances.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Quel serait le « jour d’après » pour « le porte-monnaie des Français » si le RN ou le Nouveau Front Populaire arrivaient au gouvernement après le 7 juillet ? C’était le ton donné par Gabriel Attal lors de sa conférence de presse ce jeudi au cours de laquelle le Premier Ministre a dressé un scénario catastrophe digne du film de Roland Emmerich. Fustigeant les promesses de campagne de ses adversaires, le programme du Nouveau Front Populaire, qu’il persiste à nommer Nupes entraînerait selon lui « 300 milliards de dépenses nouvelles et 50 milliards d’impôts nouveaux dès cet été », contre 140 milliards d’euros de dépenses sans l’once du début d’une piste de financement » pour le Rassemblement National.

Reste donc une troisième voie, celle de la désormais ex-majorité présidentielle et portée par Gabriel Attal, celle qui permettra aux ménages de « gagner plus et dépenser moins », a-t-il assuré, paraphrasant au passage Nicolas Sarkozy. Pour ce faire, le Premier ministre a pris « l’engagement », « d’inscrire dans la loi une règle d’or budgétaire : pas de hausse d’impôt quoi qu’il arrive », affirme le Premier ministre.

« La France arrive à emprunter sur les marchés car elle en capacité de lever l’impôt »

Un engagement pour le moins hypothétique car les chances de voir Gabriel Attal encore à Matignon après le 7 juillet sont minces. Quoi qu’il soit, la mesure, point fort de sa conférence de presse, a à peine fait sourciller, les cadres de la commission des finances du Sénat. Les mêmes qui au mois de mars avaient dénoncé la « gestion budgétaire calamiteuse » du gouvernement en procédant à « un contrôle sur pièce et sur place » à Bercy. « De la démagogie pure. D’abord parce qu’inscrire cette règle d’or dans la loi n’engage à rien. Ce qu’une loi fait une autre peut le défaire. A ce titre, il empiète sur une prérogative du Parlement. Ensuite parce que ça se retournerait contre le pays. La France arrive à emprunter sur les marchés car elle en capacité de lever l’impôt. Enfin, c’est en contradiction avec d’autres mesures décidées par l’exécutif cette année, comme l’augmentation de la taxe sur l’électricité de 10 % », expose Claude Raynal, le président socialiste de la commission des finances.

« S’interdire toutes recettes nouvelles, conduirait la France dans une impasse », renchérit Jean-François Husson (apparenté LR), rapporteur général du budget. « Cette annonce comme celle de la dissolution n’a pas été préparée. D’autant plus que le gouvernement n’a pas été avare en hausse d’impôts et création de taxes, comme celle sur les infrastructures de transport (qui pourrait se répercuter sur les prix des péages ndlr), la taxe streaming, la hausse de la taxe sur le gaz. Il envisage aussi de taxer les rachats d’action. Une fois de plus, le gouvernement rajoute du brouillard au flou ».

« Il nous condamne à la dette perpétuelle »

Le sénateur communiste, spécialiste des questions fiscales, Éric Bocquet qualifie « d’hallucinante » la proposition du Premier ministre. « Cela voudrait dire qu’on fige l’Etat et qu’on le met dans l’incapacité d’agir et qu’il n’y a plus de vie politique. L’évasion fiscale constitue un manque à gagner de 80 milliards d’euros par an. Nous avons également 465 niches fiscales qui correspondent à 94 milliards d’euros. Quant aux aides publiques au monde économique, elles sont estimées à 150 milliards. Je ne dis pas qu’il faut tout supprimer, mais il faut regarder leur conditionnalité ». Le Nouveau Front Populaire propose de revenir à 14 tranches d’impôts. « Nous en avons actuellement 5 avec un taux maximal de 45 %. Ce taux ne concerne que les 3 ou 400 000 foyers les plus riches. Gabriel Attal joue sur la panique des Français mais il faut rétablir les chiffres. Cette année, le gouvernement a financé le budget avec 285 milliards d’emprunts. Ça veut dire que le gouvernement verse 52 milliards d’intérêts aux marchés financiers. S’il veut geler cette situation, il nous condamne à la dette perpétuelle ».

Il y a 7 ans, quelques semaines après la première élection d’Emmanuel Macron, c’est Laurent Wauquiez, le président de la région Auvergne Rhône Alpes qui prônait « règle d’or » fiscale, « le seul moyen de retrouver une crédibilité économique », estimait-il en plaidant pour « une baisse de la dépense publique ».

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

PARIS: MEDEF, La REF Numerique 2024
3min

Politique

[Info Public Sénat] Christine Lavarde désignée rapporteure générale du budget par le groupe LR du Sénat

La sénatrice LR des Hauts-de-Seine, Christine Lavarde, remporte le scrutin interne au groupe LR pour le poste de rapporteur du budget. Le premier vice-président LR désigné est Roger Karoutchi, qui a déjà occupé le poste. Laurence Garnier, une proche de Bruno Retailleau, remporte l’autre vice-présidence LR. Côté PS, c’est Thierry Cozic qui sera le nouveau président de la commission des finances.

Le

FRANCE – BLOCUS DES LYCEES PARISIENS
7min

Politique

Nouvelle loi « casseurs-payeurs » : un effet d'annonce ou un nouveau régime juridique de responsabilité civile ?

En réponse aux violences et dégradations commises en marge du blocus lycéen, le gouvernement a décidé d'accélérer le calendrier d'examen au Sénat d'un texte visant à décliner le principe « tu casses, tu payes ». Un principe qui s'appliquerait même aux participants à une manifestation qui n'auraient pas commis eux-mêmes les dégradations. Un avis récent du Conseil d'État a encadré juridiquement le projet de loi afin d'éviter une censure du Conseil constitutionnel.

Le

« Pas de hausse d’impôts quoi qu’il arrive », promet Attal : « Démagogie pure » répond la commission des finances du Sénat
2min

Politique

Blocage des lycées : « La réponse à la mobilisation lycéenne ne peut pas être uniquement la répression », martèle Éric Coquerel

Invité de la matinale de Public Sénat « Bonjour chez vous », Éric Coquerel, député La France insoumise et président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, est revenu sur la mobilisation des lycéens et les blocages qui se poursuivent. Il appelle le gouvernement à privilégier le dialogue plutôt que la répression.

Le

« Pas de hausse d’impôts quoi qu’il arrive », promet Attal : « Démagogie pure » répond la commission des finances du Sénat
4min

Politique

« D’ici 2050, on aura peut-être des guerres de l’eau », alerte ce chercheur

L’eau est l’un des sujets de préoccupation majeurs des années à venir. Disponibilité de la ressource, partage des usages... Si la France bénéficie encore d’un régime de précipitations relativement abondant, le dérèglement climatique a largement perturbé les cycles de l’eau. Comment assurer un accès à la ressource pour tous ? La raréfaction de l’eau va-t-elle entraîner une baisse de sa qualité ? Dans la nouvelle émission de prospective de Public Sénat, Agenda 2050, Marie Drucker et ses invités esquissent des pistes pour éviter que l’eau ne vienne à manquer.

Le