Pas de vote Macron pour la droite catho conservatrice, frustrée par la défaite de Fillon
Ni Le Pen ni Macron, voire Le Pen plutôt que Macron: la droite catholique conservatrice repousse tout "front républicain" face au FN au second...

Pas de vote Macron pour la droite catho conservatrice, frustrée par la défaite de Fillon

Ni Le Pen ni Macron, voire Le Pen plutôt que Macron: la droite catholique conservatrice repousse tout "front républicain" face au FN au second...
Public Sénat

Par Benoît FAUCHET

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Ni Le Pen ni Macron, voire Le Pen plutôt que Macron: la droite catholique conservatrice repousse tout "front républicain" face au FN au second tour de la présidentielle, frustrée par l'élimination de François Fillon, champion de ses valeurs familiales "non négociables".

Quand la plupart des ténors Les Républicains, à commencer par François Fillon, appelaient dimanche soir à faire barrage à l'extrême droite, Sens commun s'est démarqué. Cette émanation de la Manif pour tous - le mouvement qui a combattu la loi sur le mariage gay en 2013 - au sein du parti, et fervent soutien du candidat, a opté pour un ferme "ni-ni".

"Comment choisir entre le chaos porté par Marine Le Pen et le pourrissement politique d'Emmanuel Macron?", a dit son président Christophe Billan à l'hebdomadaire Famille chrétienne.

Le son de cloche était proche chez le président du Parti chrétien démocrate et ancien candidat à la primaire de la droite Jean-Frédéric Poisson: le PCD "ne peut se résoudre à confier le pouvoir ni à ceux qui veulent prendre le risque insensé de couper la France du monde, ni à ceux qui veulent la voir désintégrée dans un grand tout uniformisé, régi pas les seules lois du marché".

La fondatrice de ce petit parti, Christine Boutin, est allée plus loin. "Emmanuel Macron, jamais!", a affirmé l'ex-ministre de Nicolas Sarkozy. En estimant "possible" de voter pour Marine Le Pen si elle "s'engage sur trois points fondamentaux: la préoccupation vis-à-vis de la personne humaine et des plus fragiles en particulier, l'abrogation de la loi Taubira (sur le mariage et l'adoption pour les couples homosexuels, NDLR) et une Europe renouvelée".

- Marine Le Pen en "épouvantail" -

Pour le politologue Yann Raison du Cleuziou, spécialiste des réseaux catholiques, le refus de choisir exprimé par Sens commun s'explique aisément.

Principales différences entre Macron et Le Pen
Principales différences entre Macron et Le Pen
AFP

"Il y a une logique stratégique: ils ne peuvent pas appeler à voter Marine Le Pen sans perdre tout le crédit qu'ils ont acquis, le bénéfice de leur soutien à François Fillon depuis la primaire. Ils confirmeraient toutes les caricatures qu'ils ont tenté d'esquiver". "D'un autre côté, ils ne peuvent pas non plus appeler à voter Macron sans perdre la légitimité qui leur vient de la Manif pour tous et de son combat pour la famille", ajoute-t-il. Car sur ces sujets, le candidat d'En Marche! est vu comme le successeur de François Hollande et "proche du lobby LGBT".

Mais "une partie des catholiques observants", proches de la Manif pour tous, "va aller vers Marine Le Pen, dans l'idée que les +points non négociables+ exprimés par le pape Benoît XVI sur la défense de la vie et de la famille priment toutes les questions économiques", anticipe le politologue. La nièce de la candidate FN, Marion Maréchal-Le Pen, est "particulièrement bien vue dans ces milieux-là".

Pour Jean-Pierre Denis, directeur de l'hebdomadaire chrétien La Vie, "l'énorme frustration" de certains militants est à la mesure des attentes placées dans le candidat Fillon, vu comme un "véhicule pour remettre les thèmes catholiques conservateurs au coeur de l'action politique".

"Ce courant porteur d'un retour d'une droite des valeurs n'a pas disparu mais va avoir fort à faire dans les règlements de comptes à venir", estime cet observateur.

Cependant, relève-t-il, les catholiques pratiquants réguliers constituent "un électorat de droite plutôt modérée". Un électorat qui a "conscience de la différence de nature entre la culture démocrate-chrétienne de François Bayrou (soutien du candidat d'En Marche!, NDLR) et le libéralisme postmoderne d'Emmanuel Macron, mais qui continuera à voir Marine Le Pen comme un épouvantail".

De fait, au premier tour, les pratiquants réguliers n'ont accordé à la fille de Jean-Marie Le Pen que de 12 à 16% de leurs suffrages, selon des études Ifop et Harris Interactive publiées lundi. Derrière Emmanuel Macron, qui pointait entre 16 et 19% chez ces électeurs.

Partager cet article

Dans la même thématique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés
7min

Politique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés

Le candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle remet dans le débat sa proposition d’effacement des 20 % de la dette publique logée dans la Banque de France. Une solution en apparence miracle, qui en réalité rencontrerait plusieurs difficultés. Risques inflationnistes, mise au ban de l’Europe, perte de confiance : des obstacles comme des dangers barrent la route.

Le

SIPA_01234434_000029
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.

Le

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
4min

Politique

Primaire PS/Place publique : comment va-t-elle se passer ?

Le bloc social-démocrate s’organise pour trouver son candidat à la présidentielle. Le Parti socialiste et Place publique organisent une primaire destinée à leurs adhérents et sympathisants. Ses modalités ont été longuement débattues : la question du prix de la participation ainsi que l’engagement à ne pas s’allier avec LFI aux législatives ont agité les négociateurs. L’accord trouvé doit être validé par les organes décisionnels des deux partis ce mardi soir.

Le

Capture d’écran du documentaire « Montand est à nous » d’Yves Jeuland
5min

Politique

Les « docus de l’été » : Du communisme à l’Aveu de Costa-Gavras, la vie d’Yves Montand racontée par Yves Jeuland

Fasciné depuis son enfance par la vie d’Yves Montand, dans son film Montand est à nous, Yves Jeuland nous propose un voyage dans la vie de la star française. Une forme d’inventaire affectif du réalisateur pour celui qui fut tour à tour un chanteur et un comédien engagé aux côtés du parti communiste avant d’en dénoncer les errements, dans l’un de ses rôles les plus célèbres, dans le film de Costa Gavras l’Aveu. "Montand est à nous", un documentaire d’Yves Jeuland à voir cet été sur Public Sénat.

Le