Passe sanitaire : «Le gouvernement aurait été bien inspiré de nous écouter» cingle Philippe Bas
La majorité sénatoriale de droite salue la décision du Conseil constitutionnel qui valide le passe sanitaire. Pour eux, cette décision conforte les positions portées par les sénateurs lors de l’examen du texte face à la majorité présidentielle.

Passe sanitaire : «Le gouvernement aurait été bien inspiré de nous écouter» cingle Philippe Bas

La majorité sénatoriale de droite salue la décision du Conseil constitutionnel qui valide le passe sanitaire. Pour eux, cette décision conforte les positions portées par les sénateurs lors de l’examen du texte face à la majorité présidentielle.
Public Sénat

Par Héléna Berkaoui

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

La majorité sénatoriale se réjouit de la décision du Conseil constitutionnel perçue comme une validation des apports de la Haute assemblée sur ce texte. « Le Conseil constitutionnel a rappelé que, comme l’avait souhaité le Sénat, l’absence de passe sanitaire ne peut pas être une cause de licenciement », souligne le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau.

Une décision qui conforte la position portée par les sénateurs sur le droit du travail. Le Sénat a obtenu la suppression d’un motif de licenciement pour non-présentation du passe sanitaire mais, dès le lendemain du vote, la ministre du Travail déclarait que le licenciement serait toujours possible. Des propos qui avait passablement irrité les sénateurs de la majorité.

LIRE AUSSI // Passe sanitaire : le Conseil constitutionnel a rendu sa décision

« On ne peut que s’en féliciter »

« Le Conseil constitutionnel a confirmé l’intention du législateur face aux déclarations ministérielles ambiguës. On ne peut que s’en féliciter », a d’ailleurs réagi Bruno Retailleau.

Le rapporteur du texte au Sénat, Philippe Bas (LR), se félicite aussi que le travail de la Haute assemblée pour chercher un équilibre entre libertés et lutte contre le covid soit validé par le Conseil constitutionnel.

Pour le sénateur de la Manche, la décision des Sages va dans le sens des travaux du Sénat. « Ce n’est pas un secret, la commission mixte paritaire avait beaucoup progressé jusqu’à ce que le gouvernement demande l’isolement obligatoire pour les personnes positives au covid. Rétrospectivement, on voit que le gouvernement aurait été bien inspiré de nous écouter », cingle Philippe Bas.

« C’est une décision qui conforte l’équilibre trouvé par le Sénat et conforte notre raisonnement », salue Philippe Bas (LR).

Le Conseil constitutionnel valide par ailleurs le raisonnement du Sénat concernant le droit du travail. « Le Conseil constitutionnel écrit noir sur blanc qu’il n’est pas permis de mettre fin à un contrat pour non-présentation du passe sanitaire. C’est une décision qui conforte notre raisonnement », soulève Philippe Bas.

Le président du groupe union centriste, Hervé Marseille, partage la position de ces collègues LR mais rappelle que « le gouvernement est régulièrement censuré par le Conseil constitutionnel ».

« On est obligé de travailler à la schlague sans dialogue ni consultation »

« On a travaillé dans une urgence totale, il n’y a pas eu de recul possible. On est obligé de travailler à la schlague sans dialogue ni consultation », peste Hervé Marseille.

Pour le sénateur centriste, la décision du Conseil constitutionnel, qui censure certaines dispositions sur la suspension des contrats courts ou l’isolement obligatoire des porteurs du virus, était courue d’avance. Concernant les contrats courts, il estime que le Conseil constitutionnel vient rappeler le caractère « vaseux » de cette disposition en affirmant que « la non-vaccination ne peut constituer une cause de rupture de contrat ».

Sur la forme, Hervé Marseille fustige la méthode du gouvernement : « On ne peut être exclusivement dans la menace pour pousser les gens à se vacciner. On ne peut pas traiter les problèmes de santé publique avec le bâton ! », assène le sénateur des Hauts-de-Seine.

« Le Conseil constitutionnel a été conciliant »

Du côté du groupe socialiste, la réaction est moins enthousiaste puisqu’ils ont de toute façon voté contre cette loi. « Je prends acte des décisions de droit du Conseil constitutionnel. Il a été conciliant et a pris en considération la crise sanitaire », réagit sobrement le président du groupe PS au Sénat. Patrick Kanner insiste sur le fait qu’il « respecte » cette décision mais pointe des limites. « J’attends avec inquiétude l’application réelle du passe sanitaire. Il va y avoir de nombreux contentieux », prédit le sénateur du Nord.

Son groupe avait fait une contre-proposition se positionnant pour la vaccination obligatoire de tous les majeurs en lieu et place du passe sanitaire. « Le passe sanitaire est créateur d’inégalités entre les Français, j’émets de sérieux doutes sur son applicabilité et son caractère convaincant », affirme le sénateur qui craint « des contestations partout en France ». 

« La suspension de salaire en raison de la non-présentation du passe sanitaire n’est pas une avancée »

Très mobilisé sur le droit des salariés, le sénateur communiste, Fabien Gay, se dit « satisfait » de la censure des Sages sur les contrats courts. « En revanche, ce qui est insupportable c’est la suspension de salaire en raison de la non-présentation du passe sanitaire. C’est une grave entorse au droit du travail », assène le sénateur de Seine-Saint-Denis.

« Les travailleurs et travailleuses essentiels, celles et ceux que l’on a appelés les invisibles, ont été les plus touchés par la crise sanitaire, ce sont aussi celles et ceux qui sont le moins vaccinés. Ils vont être doublement pénalisés », s’alarme Fabien Gay.

Le sénateur rappelle également que la suspension du contrat de travail et de la rémunération amène à ce que le salarié se retrouve sans droit « pas de RSA, pas de droit au chômage. Rien. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Heat Wave in the North
5min

Politique

La justice ordonne le démantèlement de « mégabassines » en Charente-Maritime : les agriculteurs condamnés invoquent la loi d’urgence agricole et font appel

Neuf agriculteurs ont été condamnés par la justice, jeudi 23 juillet, à démanteler quatre retenues d’eau qu’ils utilisent illégalement depuis dix-sept ans. Ils ont annoncé faire appel et se fondent sur le prétendu « décalage » entre cette décision et la loi d’urgence agricole tout juste adoptée, très favorable au développement de ces « bassines ».

Le

PARIS, Conseil constitutionnel, Constitutional Council, Palais Royal
7min

Politique

Le Conseil constitutionnel est-il devenu un arbitre sursollicité ?

Longtemps perçu comme le gardien discret de la Constitution, le Conseil constitutionnel s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs incontournables de la vie politique. Jamais autant saisi sur les lois votées par le Parlement depuis une quinzaine d’années, il est devenu le passage obligé des textes les plus sensibles. Loin d'un dysfonctionnement, cette hyper-activité traduit les nouvelles dynamiques du pouvoir sous l'ère de la « majorité relative ».

Le

France Wildfires
2min

Politique

La France a demandé l’activation du mécanisme de protection civile de l’UE : en quoi consiste ce dispositif ?

Face à la multiplication des feux en France, en particulier en Gironde et dans les Landes, le président de la République Emmanuel Macron a demandé l’activation du mécanisme de protection civile européen hier soir. Déjà utilisé par le passé à Mayotte ou en Ukraine, ce dispositif permet « de proposer une réponse d’urgence » face aux incendies sur le sol européen.

Le

France Extreme Weather Heat
3min

Politique

Incendie au Cap-Ferret : 10 000 hectares parcourus, 80 maisons brûlées et 40 000 personnes évacuées, « le feu continue de progresser », annonce Laurent Nuñez

Le ministre de l’Intérieur a fait un point de situation, ce vendredi matin, sur « le plus feu gros de la saison » qui menace dangereusement le Cap-Ferret, en Gironde. « Le feu n’est pas maitrisé et continue de progresser », alerte Laurent Nuñez. Au total, 50 000 hectares ont brûlé depuis le début de l’année, « quasiment trois fois » plus que l’an dernier.

Le