Passe sanitaire : « On a le sentiment de ne pas être écoutés, seulement stigmatisés »

Passe sanitaire : « On a le sentiment de ne pas être écoutés, seulement stigmatisés »

Pour le quatrième week-end consécutif, les opposants au passe sanitaire ont manifesté. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, ils étaient 237 000 sur toute la France. Des cortèges très hétérogènes. Reportage à Paris.
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Par Héléna Berkaoui

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Sous un ciel capricieux, Catherine* et ses collègues soignantes cherchent à rejoindre le cortège de la manifestation contre le passe sanitaire. Pour le quatrième week-end consécutif, des mobilisations ont eu lieu dans toute la France, culminant à 204 000 manifestants samedi dernier. Ce samedi 7 août, ce sont 237.000 manifestants, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, qui ont protesté après la promulgation de la loi instaurant le passe sanitaire.

« C’est la deuxième fois que je manifeste de ma vie », confie Catherine. Sur l’uniforme blanc de l’une, deux revendications : « Non à la vaccination obligatoire, non au passe sanitaire ».

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« On est sur le front depuis deux ans, on y était quand on ne savait même pas ce qu’était le covid et que nous n’avions aucune protection. Aujourd’hui qu’on les a, on veut nous forcer à nous faire vacciner », s’indigne Catherine. Si elle assure ne pas être opposée à la vaccination, elle émet toutefois des doutes quant à sa fiabilité et préfère attendre qu’on ait plus de recul sur les effets secondaires. Dans tout le pays, 66 % de la population a reçu au moins une dose de vaccin.

« On a le sentiment de ne pas être écoutés, seulement stigmatisés »

Pourquoi douter du vaccin ? « J’ai perdu confiance dans tout ce qu’on peut nous dire », lâche Catherine en évoquant les déclarations contradictoires de l’exécutif sur les masques. « On a le sentiment de ne pas être écoutés, seulement stigmatisés », ajoute-t-elle. Cette soignante, qui exerce dans une clinique en Île-de-France, refuse qu’on l’assimile aux complotistes. Elle expose ses doutes, ses interrogations, sa défiance. Ni les chiffres de Santé publique France ni les avis des instances de contrôles comme Agence européenne du médicament ne trouvent grâce à ses yeux.

Infirmière dans un service d’urgences, Léa a fait le déplacement spécialement depuis Le Mans. Elle vit mal « la vaccination obligatoire et les menaces de mise à pied ». Elle aussi « n’est pas contre à la vaccination en soi » mais refuse « d’être contrainte ». Pour le moment, elle ne sait pas si elle va se plier à l’obligation vaccinale, constatant être assez « seule sur cette position dans (son) hôpital ».

« Macron démission »

La vaccination devient obligatoire pour le personnel en contact avec des personnes vulnérables, comme les soignants, à compter du 15 septembre 2021. Une extension est prévue jusqu’au 15 octobre 2021 pour celles et ceux ayant déjà reçu une première dose de vaccin. Les travailleurs des établissements recevant du public devront, eux, présenter un passe sanitaire à partir du 31 août 2021.

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A Paris, quatre cortèges sont partis séparément. Celui à l’appel de Florian Philippot, ancien numéro 2 du parti d’extrême-droite le RN et président des Patriotes, s’est lancé au départ d’École militaire. Un autre cortège s’est lui dirigé vers la place du Châtelet. Coincés entre l’Hôtel de Ville et la place, des manifestants ont entonné les traditionnels « Macron démission » avant d’enchaîner sur une Marseillaise et de crier le mot « Liberté » à l’unisson.

Les médias décriés pour leur « stigmatisation » des anti passe sanitaire

Un peu en marge d’une foule hétéroclite (Gilets jaunes, soignants, pompiers…) Jean-Michel et Antoine s’agacent de la vision binaire que les médias veulent plaquer sur ce mouvement : « On a l’impression que l’on parle des obscurantistes du Moyen-Âge, on gomme toutes les nuances en créant deux catégories figées ». Il considère que les protestataires ont trop vite été rangés dans les catégories : extrême droite, conspirationniste.

Masque sous lunettes, Jean-Michel n’est pas contre le vaccin, au contraire, mais déplore une mauvaise gestion de crise. « Au lieu d’assumer le fait que l’on ne sache pas tout, le gouvernement nous prend pour des débiles », s’énerve-t-il. Le fait que le gouvernement ait affirmé que les masques ne servaient à rien au lieu dire qu’il n’y en avait pas assez, l’a aussi marqué. « Il y a une absurdité à cette situation, des informations sans cesse contradictoires », assène-t-il. Par-dessus tout, c’est la méthode de « contrainte » et de retrictions des libertés publiques qui est rejetée.

« Je suis vacciné, je m’en fous que les autres ne le soient pas »

Les manifestants ont été repoussés sur le parvis de l’Hôtel de ville où des fumigènes commencent à éclater. Gilet jaune sur les épaules, Serge regarde la nuée de fumée jaune s’étendre. Ce retraité a rejoint la mobilisation des gilets jaunes et manifeste aujourd’hui contre le passe sanitaire. « Je suis vacciné, je m’en fous que les autres ne le soient pas », argue-t-il. Ce qui le gêne c’est bien ce passe qu’il compare sans ambages aux lois sur le statut des juifs instaurées sous Vichy.

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« Quand même, ceux qui ne sont pas vaccinés ne pourront pas aller à l’hôpital ! (sauf urgences) », proteste Serge quand on remet en cause sa comparaison avec l’extermination et la traque des juifs pendant la seconde guerre mondiale. Sans heurts majeurs, la foule s’est progressivement dispersée sous une violente averse et quelques grêlons.

 

*Le prénom a été modifié. 

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