Passe vaccinal : « Cela ouvre beaucoup d’interrogations en matière de libertés publiques », soulève Hervé Marseille
Le Premier ministre reçoit, mardi 21 décembre, les présidents des groupes parlementaires pour discuter des futurs champs d’application du passe sanitaire. Au Sénat, les critiques fusent d’ores et déjà et les inquiétudes montent sur la constitutionnalité d’un passe qui pourrait être étendu à l’ensemble des entreprises.

Passe vaccinal : « Cela ouvre beaucoup d’interrogations en matière de libertés publiques », soulève Hervé Marseille

Le Premier ministre reçoit, mardi 21 décembre, les présidents des groupes parlementaires pour discuter des futurs champs d’application du passe sanitaire. Au Sénat, les critiques fusent d’ores et déjà et les inquiétudes montent sur la constitutionnalité d’un passe qui pourrait être étendu à l’ensemble des entreprises.
Public Sénat

Par Héléna Berkaoui

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

« Une forme déguisée d’obligation vaccinale, mais plus efficace qu’une obligation vaccinale. » Voilà comment le ministre de la Santé a résumé la volonté du gouvernement de transformer le passe sanitaire en passe vaccinal. Avec cette nouvelle mesure, les lieux soumis au passe ne seront plus accessibles avec un test négatif. Il faudra avoir été vacciné (ou avoir guéri du Covid) et avoir reçu une dose de rappel.

Un durcissement justifié par l’arrivée du variant Omicron et par l’augmentation du nombre de patients atteints du Covid-19 dans les services de réanimation. Selon les chiffres publiés dimanche par Santé publique France, les contaminations dépassent les 50 000 cas par jour sur une semaine.

Le Premier ministre doit rencontrer les présidents de groupes parlementaires, mardi, pour discuter des futurs champs d’application du passe sanitaire. Un projet de loi sera ensuite présenté en Conseil des ministres le 5 janvier et le texte sera débattu au Parlement à partir du 10 pour une promulgation « espérée avant fin janvier » et une « entrée en vigueur dans la foulée ».

Au Sénat, les chefs de groupes parlementaires formulent d’ores et déjà un certain nombre de critiques et plusieurs inquiétudes. Au premier rang : la constitutionnalité d’un passe qui pourrait être étendu à l’ensemble des entreprises.

Passe sanitaire en entreprise : des partenaires sociaux rétifs

L’instauration du passe sanitaire en entreprise est en effet envisagée par le gouvernement. Ce lundi, la ministre du Travail, Élisabeth Borne, recevait les partenaires sociaux tout en assurant que « rien n’est acté ». Il faut dire que les partenaires sociaux ont fait part de leurs réticences.

La perspective de l’extension du passe à l’ensemble des entreprises est jugée « absurde » par le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez. « Mieux vaut convaincre et inciter que de contraindre », a déclaré à l’AFP Michel Beaugas (FO), tandis que Cyril Chabanier (CFTC) s’est dit pour sa part « assez réservé ».

Le président du groupe Union centriste, Hervé Marseille, partage ces réserves et en réfère aux précédentes décisions du Conseil constitutionnel. Le Conseil des Sages avait en effet été saisi de l’obligation vaccinale en août dernier mais ne s’était pas prononcé sur les articles concernés. Néanmoins, l’obligation vaccinale pour les salariés n’étant pas au contact de personnes vulnérables peut poser un certain nombre de questions au regard des libertés individuelles.

« Qui sera responsable du contrôle ? Les employeurs ? Est-ce que cela voudra dire que les chômeurs ne devront pas se faire vacciner ou qu’ils ne seront pas indemnisés ? », interroge encore Hervé Marseille. « Cela ouvre beaucoup d’interrogations en matière de libertés publiques », observe le sénateur. Son autre crainte est qu’une telle mesure « jette tout un tas de gens dans la précarité » si elle conditionne in fine le maintien à l’emploi ou des licenciements.

« L’interdiction d’accès aux salariés non vaccinés soulève des questions sensibles », pointe Philippe Bas (LR)

Le sénateur LR, Philippe Bas, met lui aussi en garde contre toute « improvisation ». Et de rappeler quelques limites constitutionnelles : « Hors professions de santé ou au contact du public, l’interdiction d’accès aux salariés non vaccinés soulève des questions sensibles : contrôle d’informations médicales par l’employeur, continuité de l’activité, indemnisation du salarié, licenciement » (lire ici).

Une préoccupation partagée par le président du groupe Écologiste, solidarité et territoires (GEST), Guillaume Gontard, qui va même plus loin : « Je comprends qu’il existe des gens qui, pour différentes raisons, ne souhaitent pas se faire vacciner. Et je ne suis pas certain qu’ils aillent se faire vacciner avec cette obligation ».

« On a abandonné l’acte de convaincre pour n’aller que sur du répressif », critique Guillaume Gontard

Pour Guillaume Gontard, c’est l’idée même de passe vaccinal qui pose question. S’il n’est pas opposé à la vaccination, le sénateur de l’Isère regrette qu’on « ait abandonné l’acte de convaincre pour n’aller que sur du répressif ». Il juge que « c’est une manière de cliver encore la société ». Ne plus subordonner les tests au passe sanitaire lui apparaît risqué, cela reste « assez performant » d’un point de vue sanitaire. L’écologiste attend donc davantage d’éléments de la part du Premier ministre.

Sur une ligne totalement différente, le président du groupe socialiste, écologiste et républicain (SER), Patrick Kanner, regrette que le gouvernement n’aille pas jusqu’à l’obligation vaccinale. Une proposition portée depuis des mois par le Parti socialiste.

« Si on l’avait fait à l’été ou l’automne, les Français ne se poseraient pas la question. On est dans une politique de gribouille depuis des mois sur le sujet. Il y a un manque de courage », peste le sénateur du Nord. Selon lui, le ministre de la Santé était favorable pour l’obligation vaccinale mais « ça ne s’est pas fait pour des raisons purement électoralistes ». Patrick Kanner fustige donc « un gouvernement qui avance masqué sur l’obligation vaccinale ». Des récriminations dont il pourra faire part au Premier ministre demain.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
8min

Politique

Avec le retrait du plaider-coupable en matière criminel, « Gérald Darmanin fait de la politique sur le dos des victimes », regrette la rapporteure du texte au Sénat

Suite au rejet du projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes en commission des lois de l’Assemblée nationale mercredi, Gérald Darmanin a annoncé le retrait complet du « plaider-coupable » criminel, l’un des dispositifs les plus polémiques de son texte. Une « déception » pour les rapporteurs du texte au Sénat.

Le

Le Sénat rejette le projet de loi de financement de la Sécurité sociale en nouvelle lecture
9min

Politique

Protection de l’enfance examinée au Sénat en octobre : « Le texte aurait mérité d’être inscrit avant », pointe la sénatrice centriste Dominique Vérien

Face à l’émoi suscité par l’affaire Lyhanna, le gouvernement va profiter de l’examen du texte sur la protection de l’enfance pour ajouter de nouvelles mesures. Le Sénat n’examinera pas le texte avant le 8 octobre. Trop tard, pour la centriste Dominique Vérien. La présidente de la commission des lois, Muriel Jourda, interroge surtout le recours à ce projet de loi. « Réagir par un texte sans lien avec l’affaire Lyhanna revient à faire de la loi un outil de communication », pointe la sénatrice LR.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
6min

Politique

Affaire Lyhanna : la proposition d’une peine de perpétuité pour les violeurs en série, laisse perplexe le monde judiciaire

A l’issue d’une réunion de crise avec plusieurs ministres sur les dysfonctionnements qui ont conduit à l’affaire Lyhanna, le chef du gouvernement Sébastien Lecornu a proposé de renforcer les peines pour les violeurs en série sur mineurs, qui pourront encourir la perpétuité au lieu de 20 ans actuellement. La proposition est difficilement applicable pour les magistrats et avocats.

Le