Pêche post-Brexit : « C’est une défaite de la France », affirme Jean-François Rapin
L’annonce de la ministre de la Mer sur un possible plan d’indemnisation des pêcheurs sans licence pour les eaux britanniques, a mis le feu aux poudres. Vu comme un aveu d’échec après des mois de négociations avec Londres, cette sortie est vécue comme « une défaite de la France » et ce malgré le rétropédalage du gouvernement et du chef de l’Etat lui-même.

Pêche post-Brexit : « C’est une défaite de la France », affirme Jean-François Rapin

L’annonce de la ministre de la Mer sur un possible plan d’indemnisation des pêcheurs sans licence pour les eaux britanniques, a mis le feu aux poudres. Vu comme un aveu d’échec après des mois de négociations avec Londres, cette sortie est vécue comme « une défaite de la France » et ce malgré le rétropédalage du gouvernement et du chef de l’Etat lui-même.
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Par Héléna Berkaoui

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« Après avoir joué les matamores, Emmanuel Macron cède devant les Britanniques et lâche les pêcheurs français. » Le tweet courroucé du président des LR au Sénat donne une idée nette de l’annonce de la ministre de la Mer sur le dossier de la pêche post-Brexit. Jeudi 18 novembre, Annick Girardin dévoilait aux assises de la pêche le projet du gouvernement sur un plan d’indemnisation des pêcheurs qui perdraient leurs licences pour les eaux britanniques.

Une annonce au conditionnel et qui a fait l’objet d’un rétropédalage. Le président de la République, lui-même, a tenu à désamorcer la polémique. « Nous allons continuer à nous battre, nous ne lâcherons pas nos pêcheurs », a assuré vendredi Emmanuel Macron lors d’un déplacement dans le Nord. Le chef de l’Etat a aussi accusé la Commission européenne d’agir « trop lentement », « trop mollement » avant d’assurer que si « la Commission ne joue pas son rôle, la France le fera ».

« Il n’y a ni renoncement, ni reculade », assure Clément Beaune

Avant cela, le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, Clément Beaune, a déclaré à l’AFP que la France ne « reculerait » pas sur la pêche et réclamera toujours le « même nombre » de licences à Londres. « Il n’y a ni renoncement, ni reculade. On continue à la fois la négociation et la pression. On demande le même nombre de licences », a tenté de déminer le secrétaire d’Etat. La ministre de la Mer s’est, elle aussi, justifiée en assurant que cette annonce était seulement destinée à envisager toutes les options (voir le tweet ci-dessous).

Les gouvernements de Londres et des îles anglo-normandes ont accordé 216 licences définitives aux pêcheurs français. Mais la France conteste ce chiffre et réclame encore 169 licences. Les négociations patinent depuis un an et l’officialisation du Brexit.

Lire aussi. Pêche post-Brexit : « Les Britanniques se foutent de nous ! » tempête Alain Cadec

Des sanctions sévères contre Londres étaient évoquées début novembre, comme l’interdiction aux navires de pêches britanniques de débarquer dans les ports français. Puis plus rien. Les sanctions ont été suspendues pour cause de rencontre entre Emmanuel Macron et Boris Johnson, en marge de la COP26 à Glasgow. Depuis cette annonce, la teneur de cette rencontre fait l’objet de spéculations.

« Annoncer un plan de sortie de flotte pendant la bataille, c’est déjà la perdre »

« Annoncer un plan de sortie de flotte pendant la bataille, c’est déjà la perdre », observe Jean-François Rapin (LR), le président de la commission des Affaires européennes au Sénat. L’élu du Pas-de-Calais était ce matin aux côtés des pêcheurs à Boulogne-sur-Mer avec Xavier Bertrand : « On a vu des pêcheurs sans licence qui ont pris une baffe dans la figure ».

Le prétendant à la présidentielle parle, lui, d’une « capitulation » appelant l’exécutif à activer tous les leviers. « Il y a le dossier des accords du Touquet et si on dénonce les accords du Touquet, je peux vous dire que les Anglais vont revenir à la table des négociations », a-t-il lancé au conseil régional, jeudi. Une référence à un autre dossier sensible : la question migratoire, vif point de tensions entre Paris et Londres.

D’autres prétendantes et prétendants à la présidentielle ont réagi. Comme Marine Le Pen ou Michel Barnier avant la déclaration du chef de l’Etat. Si le désamorçage d’Emmanuel Macron devrait faire retomber le soufflé, les atermoiements de l’exécutif exaspèrent. « On n’y comprend plus rien », peste Jean-François Rapin qui rappelle que les pêcheurs sans licence sont à quai depuis bientôt un an. « Il y a toute une économie autour de cette pêche, un bateau représente 3 à 4 emplois », souligne le sénateur du Pas-de-Calais qui ne se résout pas à imaginer Boulogne-sur-Mer sans ses aubettes (étals de pêche qu’on trouve dans les ports).

« Si on continue comme ça, on va se faire b**ser », prévient Alain Cadec

Le sénateur des Côtes d’Armor, Alain Cadec (LR), était aux assises de la pêche quand la ministre a lâché l’annonce polémique. Il s’emporte : « Vous savez ce que ça veut dire plan de sortie de pêche ? On va payer les pêcheurs pour qu’ils détruisent leur navire ! » Pour lui, cet épisode représente « une humiliation ». « On se couche et j’ai peur que ce soit les prémices d’autres déconvenues dans les négociations sur le Brexit. Si on continue comme ça, on va se faire b**ser dans les mois qui viennent », tonne le sénateur.

Ce ne sont pas les seuls éléments qui froissent le président de la section pêche du groupe d’étude Agriculture et Alimentation au Sénat. Alain Cadec voit dans cette séquence l’influence déclinante de la France au niveau européen : « On se retrouve dans une négociation bilatérale, alors que c’est à l’Europe de négocier ». Des discussions difficiles dans la mesure où « un accord à l’amiable avec les Anglais, ça n’existe pas ». Une assertion que ne dément pas l’eurodéputé macroniste, Stéphane Séjourné. « Il ne faut jamais faire confiance à Boris Johnson, c’est la leçon que je retiens », déclarait-il au sujet du dossier de la pêche sur France info ce vendredi.

Si ce dossier concerne seulement quelque 150 licences, la période électorale devrait tendre les enjeux comme en témoignent les nombreuses réactions des candidats à la présidentielle. Peu de chances donc de voir la France céder sur ce dossier, du moins avant avril 2022.

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