Pénaliser l’antisionisme: pas une solution pour Macron et la plupart des groupes politiques
Emmanuel Macron s'est prononcé mardi contre la pénalisation de l'antisionisme, avis largement partagé à l'Assemblée sur une idée...

Pénaliser l’antisionisme: pas une solution pour Macron et la plupart des groupes politiques

Emmanuel Macron s'est prononcé mardi contre la pénalisation de l'antisionisme, avis largement partagé à l'Assemblée sur une idée...
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Emmanuel Macron s'est prononcé mardi contre la pénalisation de l'antisionisme, avis largement partagé à l'Assemblée sur une idée d'un groupe de députés qui entendent désormais travailler à une proposition de résolution pour mieux "définir l'antisémitisme".

"Je ne pense pas que pénaliser l'antisionisme soit une solution", a déclaré le président de la République devant la presse, alors qu'une vague d'inscriptions, de slogans antisémites a été enregistrée depuis une semaine en France et que le philosophe Alain Finkielkraut a subi des insultes samedi de la part de "gilets jaunes".

"Mais je confirme que ceux qui, aujourd'hui dans le discours, veulent la disparition d'Israël sont ceux qui veulent s'attaquer aux Juifs. Je pense néanmoins que lorsqu'on rentre dans le détail, la condamnation pénale de l'antisionisme pose d'autres problèmes", a ajouté le chef de l'Etat.

Le président de l'Assemblée Richard Ferrand (LREM) a lui estimé que "l'arsenal législatif" était "tout à fait au point" pour lutter contre l'antisémitisme. Il a appelé sur BFMTV et RMC à une "réflexion très approfondie avant de faire des annonces intempestives".

L'idée de travailler sur cette question émane de députés membres du groupe d'études sur l'antisémitisme, présidé par Sylvain Maillard (LREM). "C'est une initiative personnelle" et "il faut en débattre entre nous", a estimé lors de la réunion du groupe majoritaire son patron Gilles Le Gendre, selon des propos rapportés.

Le chef de file des députés LR Christian Jacob considère que la loi "condamne (déjà) aussi bien l'antisémitisme que l'antisionisme" et il n'y a pas "besoin d'un texte législatif supplémentaire".

"Le juge a déjà la possibilité de condamner au cas par cas un antisionisme qui s'apparenterait à de l'antisémitisme", a aussi estimé devant la presse Isabelle Florennes, porte-parole MoDem. Il serait toutefois "intéressant d'évaluer la loi Gayssot (de 1990)" pour "adapter l'arsenal".

Pour Jean-Christophe Lagarde, président du groupe UDI-Agir, "c'est vrai qu'il y a une part de l'antisémitisme qui se cache derrière l'antisionisme". "Mais l'antisionisme, c’est en réalité être contre une politique" et "c’est une opinion, pas un délit", a-t-il poursuivi, en "accord" avec le chef de l'Etat.

A gauche, le porte-parole des socialistes Boris Vallaud a jugé qu'un tel texte "ne serait pas la bonne réponse" en "cette période troublée".

"Rarement dans l'émotion une loi aussi importante, aussi sérieuse ne peut être efficace et opérante", selon Sébastien Jumel (PCF).

"L'instrumentalisation à des fins politiciennes de la lutte contre l'antisémitisme, c'est la rabougrir et la mettre en danger", a considéré Adrien Quatennens (LFI) auprès de LCP.

M. Maillard avait réfuté lundi tout projet "de circonstance". Son groupe d'études, qui compte une trentaine de membres de tous les groupes, s'est réuni mardi après-midi pour décider d'un éventuel véhicule, proposition de loi ou proposition de résolution (sans valeur contraignante).

Le groupe d'études a finalement choisi de travailler à "une proposition de résolution" qui puisse "faire avancer la reconnaissance de ce qu'est l'antisémitisme au XXIe siècle", en reprenant la définition de l'antisémitisme de l'Alliance internationale pour la mémoire de l'holocauste (IHRA), a expliqué M. Maillard devant la presse.

Le député pense qu'une résolution votée par l'Assemblée permettrait "une annonce politique forte" sur le sujet.

Partager cet article

Dans la même thématique

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
10min

Politique

« Il faut qu’il abatte son jeu et rentre sur le terrain » : Bruno Retailleau pourrait être candidat officiel des LR pour 2027 dès dimanche

Les militants LR sont appelés à choisir le mode de désignation de leur candidat ce week-end. Mais entre primaire fermée, primaire semi-ouverte et président du parti propulsé candidat, c’est la troisième option qui tient la corde. De quoi permettre au président des LR de lancer le second étage de la fusée et dévoiler son programme « de rupture ». Un meeting est en préparation avant l’été. Il pourrait se faire au Parc floral de Paris, le 20 juin.

Le

Pénaliser l’antisionisme: pas une solution pour Macron et la plupart des groupes politiques
4min

Politique

Loi-cadre sur les transports : « Nous allons donner des moyens supplémentaires pour investir dans les transports », promet le ministre Philippe Tabarot

Alors que le projet de loi-cadre sur les transports est examiné en séance au Sénat, Philippe Tabarot a égrené les grandes lignes de « son » texte, jeudi 16 avril, au micro de Public Sénat. Le ministre des transports veut assurer la pérennité des financements du secteur, notamment via les recettes des péages autoroutiers et un nouveau contrat avec SNCF Réseau.

Le

Marine Le Pen and Jordan Bardella Hold Campaign Rally in Chalons-en-Champagne
6min

Politique

Présidentielle : « Une inclinaison libérale plus prononcée au RN, incarnée par Jordan Bardella, ne sera pas forcément de nature à rebuter son électorat »

Jeudi et vendredi, les cadres du RN se retrouvent dans un lieu secret pour « un séminaire présidentiel ». Le parti, qui est toujours suspendu à la décision de la Cour d’appel sur l’inéligibilité de Marine Le Pen, n’est pas encore tout à fait en ordre de marche. Au fil des mois, Jordan Bardella semble s’éloigner de la ligne souverainiste et étatiste prônée lors des précédentes campagnes présidentielles. Faut-il y voir un antagonisme ou une manière d'accéder à un dernier territoire de conquête électorale ?

Le