Illustration of the posters for the 2026 municipal elections
Crédit : Stephane Lemouton/SIPA

Personnalisation, vote utile en faveur de la gauche ?… Au lendemain des municipales, quel bilan tirer du nouveau mode de scrutin à Paris, Lyon et Marseille ?

Pour la première fois cette année, les électeurs de Paris, Lyon et Marseille ont voté directement pour leur maire, en plus des maires d'arrondissement. Une personnalisation du scrutin qui n’a pas eu les effets escomptés à droite pour Rachida Dati et Jean-Michel Aulas. A l’inverse, l’ampleur des victoires de la gauche à Paris et Marseille semble avoir été accentuée. Explications.
Christian Mouly

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Publié le

Non pas une, mais deux urnes. C’est ce qu’ont découvert avec surprise bon nombre de Parisiens, Marseillais et Lyonnais en allant voter pour les municipales les 15 et 22 mars. En cause, le changement de mode de scrutin dans les trois plus grandes villes du pays, où les électeurs avaient pris l’habitude de voter pour des listes d’arrondissement ou de secteur depuis 1983.

Cette fois, à l’élection par arrondissement s’est ajoutée l’élection directe des élus du conseil de la ville, où est désigné le ou la maire. Deux votes en un, avec la promesse, comme pour l’élection des conseils municipaux sur le reste du territoire, d’avoir une prise directe sur le choix de son édile. Une nouveauté permise par la réforme de la loi PLM (pour Paris-Lyon-Marseille) en 2025, soutenue par plusieurs députés macronistes et… Rachida Dati elle-même.

Une réforme sur mesure pour faciliter l’accession de la candidate LR à l’Hôtel de Paris, disait-on chez ses détracteurs. Un an plus tard et la sévère défaite de Rachida Dati face à son rival socialiste Emmanuel Grégoire (50,52 % contre 41,52 %), il semblerait que l’effet ait été complètement inverse. Mais quand est-il vraiment et retrouve-t-on les mêmes effets à Lyon et Marseille ?

Une personnalisation à double tranchant

Première conséquence, prévisible, la campagne s’est particulièrement concentrée sur les personnalités médiatiques. À Lyon, « cela a dans un premier temps favorisé la candidature de Jean-Michel Aulas, dont le principal atout était la notoriété, explique le politiste Bernard Dolez, professeur à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne. Il lui a été plus facile de constituer une seule liste de rassemblement pour l’ensemble de la ville, sans devoir trop se mêler des listes de secteurs. » Avec le nouveau mode de scrutin, les candidats à la mairie centrale se trouvent moins à la merci des barons de secteur, qui dictaient souvent leurs conditions.

Mais cette incarnation forte, qui devait propulser Rachida Dati et Jean-Michel Aulas, est à double tranchant. Le profil clivant de la première semble avoir beaucoup coûté à sa liste. La campagne laborieuse du second l’a condamné dans la dernière ligne droite, rattrapé in extremis par le sortant écologiste Grégory Doucet, qui s’est imposé à 50,67 %.

LR n’a pas surfé sur son implantation sectorielle

L’espoir de la droite résidait aussi dans la carte électorale. « Ce que redoutait la droite à Paris jusque-là, c’était la concentration de ses voix dans les arrondissements de l’ouest et donc la mauvaise répartition de ses suffrages. Faire 70 % ou 80 % dans le 16e arrondissement, ça ne servait à rien. Il valait mieux faire 50,1 % partout pour gagner tous les secteurs », analyse Bernard Dolez. C’est ainsi qu’en 1983, Jean-Claude Gaudin remporte plus de voix que le socialiste Gaston Defferre mais perd l’élection au jeu des mairies d’arrondissement. La prime majoritaire (50 % des sièges) pour le vainqueur de secteur s’avère cruciale.

« Les électeurs qui n’habitaient pas dans un secteur de bascule gauche-droite n’avaient donc pas intérêt à voter », complète Antonin Macé. Cette fois, la droite espérait bien surfer sur la mobilisation de ses bataillons d’électeurs dans les 7ème – où Rachida Dati est maire – 8ème, 15ème, 16e et 17ème arrondissements.

Et ces électeurs se sont bel et bien déplacés… mais surtout pour les maires sortants. Dans le 15ème, Philippe Goujon (LR) l’emporte avec 61 % des voix, tandis que Rachida Dati n’obtient « que » 53,71 % des votes au second tour, soit 8 points de moins. Dans le 5ème arrondissement, ce différentiel grimpe à 12 points. La maire Horizons du secteur Florence Berthout, soutenue par Rachida Dati, est réélue à 52 %, mais c’est Emmanuel Grégoire qui y obtient la majorité des voix pour le conseil de Paris. La candidate LR a systématiquement « sous-performé ».

Même phénomène à Marseille pour Martine Vassal (LR). Au premier tour, le maire LR des 11 et 12ème arrondissements, Sylvain Souvestre, réunit 23 % des suffrages, contre 14 % dans le même secteur pour Martine Vassal. Dans les 9 et 10ème arrondissements, l’écart est de 4 points en sa défaveur.

Un « effet vote utile »

La dégringolade de Martine Vassal, passée de 12 à 5 % d’un tour à l’autre (troisième à chaque fois derrière le PS et le RN), a aussi été accentuée par le vote utile. Ses électeurs se sont reportés massivement sur Franck Allisio (RN), seul espoir de battre la gauche à Marseille. « Je ne suis pas sûr que cela serait arrivé avec le scrutin secteur par secteur, où la droite traditionnelle aurait été en mesure de résister, voire de gagner par endroits », explique Bernard Dolez.

A Paris, c’est Emmanuel Grégoire qui en a pleinement bénéficié entre les deux tours. D’un côté, de nombreux électeurs de Pierre-Yves Bournazel se sont reportés vers lui, malgré la fusion de sa liste avec celle de Rachida Dati. De l’autre, les électeurs LFI ont pu maintenir leur engagement pour leur parti au niveau du secteur, mais voter PS au niveau de la mairie. Dans les 18, 19 et 20ème arrondissements, environ un tiers des électeurs LFI ont fait ce choix de raison.

Renforcement du fait majoritaire

Au final, « le vote utile a contribué à la déterritorialisation du scrutin, ce qui explique les vagues majoritaires au second tour », confirme Bernard Dolez. Face à « la menace » Rachida Dati à Paris et celle du RN de Franck Allisio à Marseille, la gauche a su faire le plein et obtenir une majorité bien plus confortable que prévu.

Benoît Payan, contrairement à 2020, s’adjuge ainsi la majorité absolue des sièges au conseil de la ville (73 sur 111). Lui s’était exprimé en faveur de la réforme PLM, au contraire de la droite locale.

A Paris, sur les 163 sièges à pourvoir, Emmanuel Grégoire devrait en obtenir 103, contre 89 sans la réforme, d’après les estimations du Parisien, similaires à celles de La Lettre. A l’inverse, l‘union de la droite et du centre aurait pu en espérer 65, mais devrait n’en récolter que 51. En revendiquant la nécessité d’une « meilleure représentation » des électeurs avec la réforme PLM, il n’est pas certain que la droite parisienne s’attendait à pareil scénario.

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