PARIS RALLY AGAINST PUBLIC SERVICES BUDGET CUTS
Credit:ACESAR VILETTE / OLA NEWS/SIPA/2505131657

Pétition syndicale contre le budget : « Reste à savoir si elle peut se traduire en une mobilisation concrète »

« Budget Bayrou : ça suffit ! » Après l’annonce d’une cure d’austérité couplée d’une « année blanche » pour le budget 2026, les huit principaux syndicats de salariés de France s’unissent dans une pétition pour exiger « l’abandon des mesures ». Une première depuis le mouvement des retraites en 2023.
Marius Texier

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Alors que revoilà une pétition ! Face au succès de la mobilisation contre la loi Duplomb avec une pétition qui recueille désormais plus d’1,8 million de signatures, l’intersyndicale (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, UNSA, FSU, SOLIDAIRES) a déposé la sienne mardi 22 juillet. Dans son viseur : les coupes budgétaires et « l’année blanche » annoncées par François Bayrou le 15 juillet dernier. Au total, le Premier ministre a annoncé un effort budgétaire de 43,8 milliards d’euros pour tenir la trajectoire de réduction du déficit.

« Vol de 2 jours fériés, baisse des pensions, des allocations familiales, du RSA, des salaires dans la fonction publique, doublement des franchises médicales, suppression de 3 000 postes de fonctionnaires… Ça ne passera pas ! », a déclaré sur X la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, invitant à signer la pétition. « Tout fait l’unanimité contre les propositions », assure de son côté Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT.

Intitulée « Budget Bayrou : ça suffit ! », la pétition, qui a déjà recueilli plus de 100 000 signatures, qualifie les mesures annoncées par le Premier ministre de « brutales, injustes et inefficaces ». Elle réclame l’arrêt des « sacrifices sur le monde du travail » et l’ouverture de la « discussion sur la progressivité de la fiscalité, la contribution des hauts revenus ou des patrimoines, et la légitimité de l’optimisation fiscale ». C’est la première fois depuis le mouvement des retraites de 2023 que les syndicats s’expriment à l’unisson. Au plus fort des mobilisations, le mouvement a rassemblé plus de 3 millions de personnes dans les rues partout en France.

Le succès des pétitions

« Le succès de la pétition Duplomb a forcément influencé l’intersyndicale à déposer la sienne », juge Jean-Marie Pernot, spécialiste du syndicalisme et des mouvements sociaux. Depuis quelques années, grâce au développement du numérique et des réseaux sociaux, le recours aux pétitions tend à se banaliser et conduit parfois à de vrais effets de mobilisation. En 2018, la pétition de « l’Affaire du siècle », qui mettait en cause l’Etat pour son inaction climatique, avait recueilli plus de deux millions de signatures. Trois ans plus tard, le tribunal administratif reconnaissait la faute de l’Etat en la matière.

« En 2016 également, la pétition contre la loi Travail de Myriam El Kohmri a largement accéléré le calendrier de la mobilisation syndicale », se souvient Stéphane Sirot, historien du syndicalisme. « Reste à savoir si le succès de cette pétition peut se traduire en une mobilisation concrète. Car la démarche syndicale, c’est avant tout de créer une dynamique pour les mobilisations à venir ».

L’union qui cache la division du conclave ?

Pourtant l’intersyndicale n’évoque pas la suite dans sa pétition si ce n’est le refus du « musée des horreurs » et la défense du modèle social. « Peut-être se disent-ils que cela va de soi », s’interroge Stéphane Sirot. « Seulement, la mobilisation contre la réforme des retraites de 2023 n’est que très peu évoquée, elle a pourtant été l’une des plus grandes mobilisations sociales de ces dernières années ».

Cet « oubli » s’explique peut-être par l’échec du conclave sur les retraites, initié par François Bayrou en mars dernier. Censée trouver un point d’accord après l’adoption de la réforme des retraites deux ans plus tôt, l’initiative tourne court. Dès les premières semaines, Force ouvrière annonce quitter les concertations. La CGT suivra peu de temps après. D’autres syndicats comme la CFDT vont aller jusqu’au bout du conclave sans parvenir à obtenir une modification de la loi adoptée.

« S’ils ne forment pas de menace pour la rentrée c’est peut-être qu’ils ne sont pas tout à fait d’accord sur la manière de riposter », analyse Stéphane Sirot pour qui le conclave sur les retraites a laissé des stigmates. « Malgré tout, il y a un héritage avec la mobilisation de 2023. La preuve, les échanges entre eux se poursuivent ». Le chercheur pointe cependant la difficulté de maintenir une position et une stratégie commune : « Nous avons ces dernières années huit syndicats qui se veulent de niveau national, c’est la première fois dans l’histoire. Comme au niveau européen, il est difficile de trouver une position commune avec 27 pays ».

« Ils ont un doute sur leur force »

Malgré une légère augmentation après le mouvement contre la réforme des retraites, le taux de syndicalisation ne cesse de reculer en France. Moins de 10 % des salariés déclarent adhérer à un syndicat contre environ 18 % dans la fonction publique. Un niveau historiquement bas. « Quand les syndicats commencent à utiliser des outils [pétitions] généralement mobilisés par les citoyens c’est peut-être qu’ils ont un doute sur leur force ou sur leur capacité à mobiliser ».

Dès lors l’intersyndicale pourrait bien se greffer aux mobilisations qui s’annoncent à la rentrée. En réaction au plan budgétaire de François Bayrou, un collectif d’une vingtaine de personnes s’est formé sur les réseaux sociaux et appelle à la mobilisation le 10 septembre prochain. Se disant apolitique et hors syndicat, le mouvement ne cesse de prendre de l’ampleur. Une forme de résurgence du mouvement des Gilets Jaunes qui, à l’origine, s’était déclenché par une pétition…

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Green party leaders attend Stephane Baly campaign rally in Lille
7min

Politique

Municipales 2026 : l’heure est à « l’introspection » chez les écologistes au lendemain de la perte de plusieurs grandes villes  

Bordeaux, Strasbourg, Poitiers, Annecy… les écologistes ont subi de nombreuses pertes aux élections municipales après leur percée de 2020. Le signe d’un parti qui peine, à l’inverse d’il y a six ans, à apparaitre comme une force motrice à gauche, à l’heure où les propositions écologiques locales sont reprises par ses adversaires, y compris à droite.

Le

Gregory Doucet,Municipal and metropolitan elections in Lyon Vote
6min

Politique

Municipales à Lyon : victoire à la Pyrrhus pour les écologistes, qui perdent la Métropole

La victoire de Grégory Doucet à Lyon a médiatiquement éclipsé la défaite des écologistes à la Métropole, alors que celle-ci dispose d’un budget et de compétences bien plus importantes. La droite conduite par Véronique Sarselli dispose d’une majorité confortable, si la coalition formée autour de Jean-Michel Aulas se maintient telle quelle.

Le

« Un parti déjà solide et bien implanté » : malgré la perte de Nice, Horizons consolide son assise dans les villes et met le cap vers 2027
7min

Politique

« Un parti déjà solide et bien implanté » : malgré la perte de Nice, Horizons consolide son assise dans les villes et met le cap vers 2027

Le parti fondé par l’ancien Premier ministre Édouard Philippe à l’automne 2021 a remporté 17 villes de plus de 30 000 habitants aux élections municipales. Sa présence dans la France très urbaine est globalement stable, bien que marquée par la perte brutale de Nice, cinquième ville de France. Grâce à son maillage de petites villes, Horizons revendique une progression territoriale.

Le

Paris : Rachida Dati after the results of the first round of France s  2026 municipal elections of Paris
11min

Politique

« On a fait tout ce qu’il fallait faire pour perdre » : Rachida Dati, anatomie d’une cuisante défaite à Paris

ANALYSE – Rachida Dati a perdu son pari électoral dans la capitale, même si elle reste maire du 7e arrondissement. Entre les effets de bord de la loi PLM, qu'elle a elle-même soutenue, et les tensions locales avec Horizons et Renaissance malgré un passage au gouvernement, retour sur une campagne où la cheffe de file de la droite parisienne, réputée pour son franc-parler et sa détermination, semble avoir fini par se couper d’une partie de son électorat.

Le