Peut-on hacker la présidentielle?
Peut-on hacker l'élection présidentielle? Les experts du Forum international de la cybersécurité (FIC) placent en tête des priorités cette année...

Peut-on hacker la présidentielle?

Peut-on hacker l'élection présidentielle? Les experts du Forum international de la cybersécurité (FIC) placent en tête des priorités cette année...
Public Sénat

Par Lucie GODEAU

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Peut-on hacker l'élection présidentielle? Les experts du Forum international de la cybersécurité (FIC) placent en tête des priorités cette année les risques pesant sur le processus électoral et invitent les politiques français à rester en alerte.

A cette conférence annuelle qui réunit mardi et mercredi à Lille les autorités françaises et l'écosystème de la cybersécurité, le hacking de courriels de responsables démocrates aux Etats-Unis par des pirates désignés comme proches du Kremlin est vu comme un événement sans précédent et un avertissement pour les Européens.

"On est dans un contexte de cyber guerre froide", souligne Gérôme Billois, un responsable du cabinet de conseil Wavestone qui voit plusieurs points de vulnérabilité dans le processus électoral en France.

Les listes électorales gérées par les mairies sont numériques donc vulnérables : On peut imaginer par exemple des logiciels qui provoquent "des erreurs dans l'impression des listes", qui "auraient pour effet de décrédibiliser l'élection", observe-t-il.

Le vote électronique, disponible pour les Français de l'étranger pour certains scrutins, ne sera pas utilisé pour la présidentielle car il n'est pas jugé suffisamment fiable.

Mais des inquiétudes demeurent concernant les machines à voter électroniques, utilisées dans une cinquantaines de communes.

"Même si elles ne sont pas connectées à l'internet, il faut les paramétrer avec des ordinateurs qui eux peuvent être reliés à l'internet" ce qui peut créer des occasions pour modifier les fichiers, observe Gérôme Billois.

Le directeur de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi) Guillaume Poupard a préconisé au cours d'une audition la semaine dernière devant l'Assemblée nationale l'extension du moratoire qui date de 2007 sur ces machines.

Le ministre de l'Intérieur Bruno Le Roux (c), le 24 janvier 2017 au Forum international de la cybersécurité à Lille
Le ministre de l'Intérieur Bruno Le Roux (c), le 24 janvier 2017 au Forum international de la cybersécurité à Lille
AFP

Interrogé par l'AFPTV en marge du forum, le ministre de l'Intérieur Bruno Le Roux a assuré qu'il mettrait en oeuvre "toutes les protections qui nous éviteront des intrusions dans le processus électoral", afin "que le candidat qui sera élu ou la candidate qui sera élue ne souffr(e) d'aucune suspicion" sur le comptage de ses voix.

- Le vol de données, risque principal -

Mais pour l'ensemble des experts, c'est le vol de données (courriels, informations compromettantes) qui représente le risque principal.

"Les partis ou les équipes de campagne peuvent être vulnérables. Les candidats sont des individus très exposés, et le risque sur leur réputation est très important", souligne Norman Girard, vice-président pour l'Europe de l'éditeur de logiciels Varonis.

Des pirates peuvent chercher à s'emparer de courriels, fichiers ou messages liés à des candidats pour tenter d'influencer l'opinion.

"Cela peut faire chuter un candidat de dix points", avertit cet expert.

Aux Etats-Unis comme en France, la sécurité informatique des partis représente le maillon faible de l'élection.

"Les partis sont des PME, avec des moyens limités", relève Nicolas Arpagian directeur de la stratégie d'Orange Cyberdefense.

Des pirates peuvent chercher à s'emparer de courriels, fichiers ou messages liés à des candidats pour tenter d'influencer l'opinion.
Des pirates peuvent chercher à s'emparer de courriels, fichiers ou messages liés à des candidats pour tenter d'influencer l'opinion.
AFP

Ce sont des organisations très ouvertes, "avec des équipes de campagne qui sont équipées de téléphones, d'ordinateurs personnels, échangent par internet, donc la sécurité de leurs échanges est en question", poursuit-il.

Le risque a été jugé suffisamment sérieux pour que l'Anssi réunisse en octobre les représentants des principaux partis pour les alerter sur le risque numérique, même s'ils ne relèvent pas de son domaine de compétence direct. Et en décembre, M. Poupart a mis en garde contre "des attaques numériques pour faire de la politique, dont le but est d'influencer" l'opinion.

"Nous serons en veille permanente pour ce qui est des attaques de messages, les attaques visant à troubler le scrutin et sa sincérité", promet M. Le Roux.

Au sein du parti Les Républicains, on dit prendre cette problématique "très au sérieux". "Le parti respecte l'ensemble des règles et recommandations édictées par la Cnil et l'ANSSI pour protéger de manière optimale ses systèmes et ses plateformes en ligne", assure-t-il, ajoutant notamment veiller "à ce que l’ensemble de nos prestataires soient exemplaires" et sensibiliser ses collaborateurs "aussi souvent que nécessaire".

De son côté, le PS n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

Les autorités se préoccupent aussi du risque de manipulation des réseaux sociaux, avec de fausses informations qui peuvent devenir virales et là encore influencer l'opinion.

Partager cet article

Dans la même thématique

Peut-on hacker la présidentielle?
2min

Politique

Universités : « Ce gouvernement n'augmentera pas les droits d'inscription », assure Philippe Baptiste

Un rapport remis au gouvernement la semaine dernière suggérait plusieurs pistes pour éviter « l'appauvrissement » des universités, comme multiplier par cinq les frais d'inscription pour les étudiants français. Une mesure que le ministre de l'Enseignement supérieur a écartée ce mardi matin devant le Sénat tout en renvoyant le débat à la prochaine présidentielle.

Le

Presidential candidate Jean-Luc Melenchon attends the debate on the bill to nationalize ArcelorMittal
4min

Politique

Sondage présidentielle 2027 : Jean-Luc Mélenchon reprend le leadership à gauche mais reste rejeté par l’ensemble des Français

Longtemps présenté comme fragilisé par la montée de Raphaël Glucksmann, Jean-Luc Mélenchon semble avoir inversé la tendance. Le dernier baromètre Odoxa-Mascaret montre que le leader de La France insoumise est désormais la personnalité politique la plus appréciée des sympathisants de gauche, confirmant une dynamique engagée depuis l’annonce de sa candidature. Une progression qui intervient alors que les perspectives d’une primaire de la gauche s’éloignent de plus en plus.

Le

NEWS : Fete du Rassemblement National – Macon – 01/05/2026
5min

Politique

Procès du FN : en cas d’empêchement de Marine Le Pen, Jordan Bardella s’installe comme une alternative crédible aux yeux des Français

Selon le dernier baromètre Odoxa-Mascaret pour Public Sénat et la presse quotidienne régionale, près de six Français sur dix estiment que Marine Le Pen est traitée comme n’importe quel justiciable. Alors que la cour d’appel rendra son verdict le 7 juillet, l’hypothèse d’une inéligibilité de la dirigeante du Rassemblement national ne semble ni délégitimer la justice aux yeux de l’opinion ni fragiliser durablement son parti, où Jordan Bardella apparaît désormais comme une alternative pleinement crédible.

Le

ORSAY: Hopital Paris Saclay, services des   urgences adultes et pediatriques, service de neonatalogie pendant la canicule
10min

Politique

Canicule : « Ça va être terrible, on va atteindre les 10.000 morts, l’équivalent d’une guerre et on ne réagit pas », dénonce le sénateur écologiste Guillaume Gontard

Alors que le bilan de la canicule historique n’est pas connu, les attaques contre le gouvernement, venant de la gauche, du RN, mais même du bloc central, se multiplient. « La chaîne de prévision » et « la chaîne de réaction » ont « tenu », rétorque le premier ministre, Sébastien Lecornu. Mais il reconnaît une fragilité sur « la capacité de rafraîchissement des établissements de santé ». Les premières clim' devraient arriver « en fin de semaine ou début de semaine prochaine ».

Le