Paris,Elysee:Third plenary session of the CNR (National Council for the Refoundation)
French Pm Elisabeth Borne. French President gets ready to chair the third plenary session of the CNR (National Council for the Refoundation) on September 7, 2023 at the Elysee palace in Paris.//04SIPA_1.010/Credit:STEPHANE LEMOUTON-POOL/SIPA/2309071312

Planification écologique : une rencontre en demi-teinte avec les chefs de parti

La Première ministre Elisabeth Borne a exposé ce lundi, aux chefs des principaux partis politiques, les axes de la planification écologique, l’un des grands chantiers du quinquennat. Le débat s’est cristallisé sur les moyens à déployer pour parvenir aux objectifs que la France s’est fixée.
Romain David

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Élisabeth Borne recevait ce lundi matin les chefs des principaux partis politiques pour un débat sur la planification écologique, qui doit également faire l’objet d’une prise de parole du président de la République lundi prochain. Initialement attendu en juillet, puis repoussé en raison des émeutes urbaines et du remaniement, le plan d’action du gouvernement pour réduire d’ici 2030 nos émissions de gaz à effet de serre de 55 % par rapport au niveau de 1990, fait l’objet de nombreuses spéculations. Parmi les leviers sur lesquels l’exécutif devrait tabler : une montée en puissance de la voiture électrique, qui ne représente pour l’heure que 1 % du parc automobile français, la rénovation thermique des logements, le remplacement des chaudières à gaz, ou encore la transformation des pratiques agricoles. Mais pour y voir plus clair sur les pistes privilégiées, et notamment le fléchage de 7 milliards d’euros supplémentaires en faveur de la transition écologique dans le prochain budget, il faudra attendre l’intervention d’Emmanuel Macron.

« La planification ne sert à rien s’il n’y a pas d’action »

À leur arrivée dans la cour de l’hôtel Matignon, ce lundi matin, les leaders de l’opposition de gauche ne cachaient pas leur scepticisme. « Je crains que ce soit encore une fois la planification du vide », a raillé Olivier Faure, le Premier secrétaire du PS, devant un parterre de micros. Marine Tondelier, la secrétaire nationale d’Europe Ecologie – Les Verts a évoqué un « oral de rattrapage ». Rappelons que la gauche avait largement regretté le peu de place accordée à l’écologie – une phrase sur six pages – dans la lettre adressée par Emmanuel Macron aux chefs de partis après une rencontre organisée à Saint-Denis fin août.

Deux heures plus tard, en quittant les salons de Matignon, la patronne des écologistes s’est montrée plus nuancée, saluant le travail des équipes de l’Etat « pour un constat très complet, lucide et inédit ». « Mais la planification ne sert à rien s’il n’y a pas d’action », a-t-elle averti. Olivier Faure a pointé la question des financements, se montrant peu convaincu par la démonstration de l’exécutif : « Une guerre contre le climat, ça suppose une économie de guerre, et on en est très, très loin ».

« La Première ministre a tracé des lignes, dressé des constats et fixé des objectifs. Tout le monde a acquiescé. Les divergences se font sur les conditions d’application », résume auprès de Public Sénat Hervé Marseille, le président de l’UDI. « Les gens les plus à gauche veulent taxer les grandes entreprises, quand une personnalité plus à droite, comme Edouard Philippe, propose d’intégrer le coût du carbone dans les prix ». Pour sa part, celui qui préside également le groupe centriste du Sénat confie encore avoir adressé deux avertissements à la Première ministre : « Sur la nécessaire implication de l’Union européenne pour trouver des moyens collectifs de réduction des émissions, et sur le problème de l’acceptabilité. Nous devons informer, accompagner et impliquer les élus et les citoyens dans cette transition pour qu’elle ne soit pas vécue comme une punition », martèle-t-il.

Le pouvoir d’achat sur la table

Le patron des LR, Éric Ciotti a également mis l’accent sur une écologie non punitive, sa famille politique s’opposant à une nouvelle hausse des prélèvements obligatoires pour financer la transition. Alors que l’inflation et le pouvoir d’achat sont au cœur des préoccupations de la rentrée, le député des Alpes-Maritimes a également tenu à rouvrir l’épineux dossier de la réforme du marché de l’électricité, dont les règles de fixation des tarifs ont été récemment éprouvées par la guerre en Ukraine et l’envol des prix du gaz. Mais ce chantier patine du côté des instances européennes, puisque la Commission et le Parlement se sont prononcés pour une réforme a minima. « Enfin, j’ai demandé la construction de 35 EPR d’ici 2050 », a encore indiqué le député des Alpes-Maritimes sur ses réseaux sociaux.

LFI en retrait

LFI, pour sa part, a choisi de faire cavalier seul et, contrairement à ses partenaires de la Nupes, de bouder la rencontre. Le mouvement fondé par Jean-Luc Mélenchon dénonce une nouvelle « opération de communication », quelques semaines après les discussions de Saint-Denis. « Nous étudierons donc les annonces que vous ferez ce lundi et nos parlementaires participeront, comme elles et ils l’ont toujours fait, aux débats qui auront lieu sur ce sujet à l’Assemblée nationale », a fait savoir Manuel Bompard dans un communiqué. Le coordinateur de LFI reproche notamment à l’exécutif de contourner les institutions avec ces réunions informelles, tenues à huis clos. « Alors que les défis pour notre planète sont immenses, cette décision est incohérente et irresponsable », a regretté Élisabeth Borne dans un post sur X (anciennement Twitter).

Sans totalement snober la rencontre, le président du Rassemblement National, Jordan Bardella, s’est contenté de se faire représenter par Mathilde Androuët, députée européenne qui siège à Strasbourg au sein de la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire.

Partager cet article

Dans la même thématique

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le

Train retardé : les sénateurs créent une garantie de correspondance, en cas de trajet opéré par plusieurs compagnies
6min

Politique

Harmonisation des titres, garantie de correspondance, ouverture de SNCF Connect : les propositions des sénateurs pour faciliter les trajets en train

Les sénateurs ont rendu public, ce mercredi, leurs propositions pour harmoniser les tarifs et conditions d’achats des billets sur le réseau de trains, alors que les opérateurs sont toujours plus nombreux avec l’ouverture à la concurrence. Des propositions que les rapporteurs ont bon espoir de voir reprises par les députés dans le projet de loi-cadre.

Le

Paris : Rally for the elimination of violence against women
6min

Politique

Amnesty International tire la sonnette d’alarme sur la progression des mouvements anti-genre en France

Dans un rapport publié ce jeudi 25 juin, Amnesty International dresse un panorama inédit des mouvements dits « anti-genre », de leurs financements, de leurs réseaux et de leurs stratégies d’influence. L’ONG décrit un mouvement transnational structuré qui cible « les droits des femmes et des personnes LGBTI+ », et dont la France constitue désormais l’un des principaux points d’ancrage en Europe.

Le

Planification écologique : une rencontre en demi-teinte avec les chefs de parti
2min

Politique

Remise sur le marché de passoires thermiques : « Il vaut mieux être chez soi sous un toit ou dans la rue ? », se défend Vincent Jeanbrun

Le ministre du Logement Vincent Jeanbrun a présenté mercredi en Conseil des ministres son projet de loi visant à augmenter l’offre de logements. Une de ses mesures qui consiste à remettre sur le marché des passoires thermiques, semble aller à rebours de l’actualité. « Il vaut mieux être chez soi sous un toit ou dans la rue ? », a répondu le ministre.

Le