PMA pour toutes : le Sénat rejette le texte d’emblée, avant son adoption définitive par les députés
Faute d’avancée possible avec l’Assemblée, le Sénat a adopté une question préalable pour la dernière lecture du projet de loi de bioéthique, ce qui revient à rejeter le texte en abrégeant les débats. La question de la PMA divise la majorité sénatoriale, qui voulait en revanche aller plus loin sur le volet recherche du texte.

PMA pour toutes : le Sénat rejette le texte d’emblée, avant son adoption définitive par les députés

Faute d’avancée possible avec l’Assemblée, le Sénat a adopté une question préalable pour la dernière lecture du projet de loi de bioéthique, ce qui revient à rejeter le texte en abrégeant les débats. La question de la PMA divise la majorité sénatoriale, qui voulait en revanche aller plus loin sur le volet recherche du texte.
Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Comme prévu, les sénateurs ont mis rapidement fin aux débats pour la dernière lecture au Sénat du projet de loi sur la bioéthique qui porte notamment l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules. A l’issue de la discussion générale, la majorité sénatoriale de droite et du centre a adopté une question préalable, ce qui revient à rejeter le texte d’emblée, sans examiner tous les articles.

Le projet de loi va terminer son processus législatif pour le moins long de deux ans, car sans procédure accélérée pour une fois. Il va repasser pour une dernière fois devant les députés, qui ont le dernier mot et pourront l’adopter définitivement.

« La PMA pour toutes les femmes était un engagement du président de la République »

« La PMA pour toutes les femmes était un engagement du président de la République », a rappelé le secrétaire d’Etat en charge de l’enfance et des familles, Adrien Taquet. « Ce texte ne satisfera pas tout le monde. Il sera jugé tantôt frileux, tantôt audacieux. Mais il sera jugé équilibré. C’est un texte ambitieux », ajoute le secrétaire d’Etat.

Au Sénat, le parcours du texte a été quelque peu surprenant. En premier lecture, les sénateurs ont adopté la PMA pour toutes mais en limitant son remboursement par la Sécurité sociale aux seuls cas d’infertilité. En seconde lecture, après un imbroglio sur l’adoption de la PMA post-mortem, les sénateurs ont finalement rejeté l’article 1 qui porte la PMA pour toutes. Après l’échec de la commission mixte paritaire, aucune avancée n’était plus possible. D’où cette motion de procédure avec la question préalable.

« Nous sommes arrivés au bout de ce que peut être une discussion parlementaire », explique la sénatrice LR Muriel Jourda, corapporteure du texte. « Nous n’avons pas pu avoir ce dialogue car nous avions juridiquement tort, parce que nous sommes politiquement minoritaires », lance-t-elle, reprenant la formule restée célèbre d’André Laignel.

« La PMA a éclipsé d’autres enjeux majeurs »

Sur tout le pan recherche du texte, « nous aurions aimé aller plus loin, pour ne pas faire prendre un retard à la recherche française », souligne Corinne Imbert (rattachée LR), autre corapporteure. Reste « quelques facteurs de satisfaction », comme dit la sénatrice de Charente-Maritime, avec quelques apports du Sénat conservés par les députés, telle « l’extension ciblée du dépistage néonatal ». Le sénateur (apparenté PS) Bernard Jomier, autre corapporteur, cite également « l’extension de la procédure de don croisé d’organes, adoptée par les députés dans la version du Sénat », « l’ouverture du don de sang aux majeurs protégés » ou encore « sur les dons de corps, après les récents scandales, nous avons voulu prévenir toute exonération générale de responsabilité pénale ».

Pour le reste, « l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules a clivé nos débats. Que l’on y soit favorable, comme je le suis, ou opposé, nous avons regretté l’adjonction de ce sujet à une loi de bioéthique. Cela a éclipsé d’autres enjeux majeurs », constate Bernard Jomier, qui plaide aussi pour une révision plus régulière des lois de bioéthique.

« Un enfant aura toujours deux lignées parentales différentes. Ce qui l’inscrit dans le genre humain universellement mixte », selon Catherine Deroche (LR)

La droite sénatoriale, on le sait, est divisée sur le sujet clivant de la PMA. L’adoption de la question préalable permet aussi, indirectement, d’éviter de monter à nouveau une droite tiraillée sur ces questions sociétales.

Alain Milon, président LR de la commission spéciale, est ainsi pour, « et même pour la GPA », a-t-il rappelé. A l’inverse du président de groupe LR, Bruno Retailleau, ou de Catherine Deroche, présidente LR de la commission des affaires sociales. Elle estime que « promouvoir une égalité totale entre les couples est illusoire. Un enfant aura toujours deux lignées parentales différentes. Ce qui l’inscrit dans le genre humain universellement mixte. On ne peut pas dire à un enfant qu’il est né de deux pères ou de deux mères, même s’il peut être élevé dans une famille mono ou homoparentale ». A l’image d’une partie du groupe LR, la sénatrice craint que la PMA mène ensuite à la légalisation « bientôt, de la GPA ».

« Le camp des progressistes a gagné contre celui des rétrogrades », lance la communiste Laurence Cohen

A l’autre bout de l’hémicycle, la sénatrice PCF Laurence Cohen dénonce « la droite sénatoriale qui s’est radicalisée et caricaturée en deuxième lecture » en rejetant la PMA. Et d’ajouter :

A deux jours de la marche des fiertés, je veux dire aux couples de femmes que cette fois-ci, ça y est !

« Le camp des progressistes a gagné contre celui des rétrogrades, qui craignent que la société s’effondre, faute de figure paternelle », a encore pointé du doigt la sénatrice communiste du Val-de-Marne. « L’Assemblée nationale aura le dernier mot. Et cette fois, je ne le regrette pas », conclut Laurence Cohen. La gauche pointe cependant le fait qu’Emmanuel Macron ait tardé à inscrire le texte à l’ordre du jour du Parlement. Si les premiers parcours de PMA devraient être lancés d’ici la fin de l’année, après le vote de la loi et la publication des décrets d’application, les premiers bébés naîtront après la fin du quinquennat. De nombreuses femmes auront dû attendre. Celles qui ont les moyens ont pu se lancer dans une PMA à l’étranger. Les autres non.

Partager cet article

Dans la même thématique

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le

L’Assemblée nationale valide la suspension de la réforme des retraites
4min

Politique

Travail le 1er mai : après son rejet à l’Assemblée, le texte file en commission mixte paritaire où députés et sénateurs devront s’accorder

Les députes macronistes ont fait rejeter vendredi à l’Assemblée une proposition de loi sénatoriale qu’ils soutenaient visant à autoriser les salariés des boulangeries et fleuristes à travailler le 1er mai. Une manière de s’éviter des débats tendus face à une gauche vent debout contre la mesure. Les députés de la majorité espèrent s’accorder avec les sénateurs en commission mixte paritaire dans les prochains jours.

Le