« Polémique ridicule », « coup politique raté » : l’hypothèse d’un confinement à Paris divise les sénateurs franciliens

« Polémique ridicule », « coup politique raté » : l’hypothèse d’un confinement à Paris divise les sénateurs franciliens

Des mesures renforcées ? Pas assez selon la mairie de Paris qui voulait proposer au gouvernement un confinement de trois semaines pour lutter contre la propagation du covid-19. Avec un objectif : « tout rouvrir » à son issue. Avant finalement de rétropédaler. Et c’est peu dire que l’hypothèse suscite la polémique.
Public Sénat

Par Pierre Maurer

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Anne Hidalgo a-t-elle pris son « risque », selon l’expression consacrée par Emmanuel Macron, avant de rétropédaler ? En annonçant proposer un confinement de trois semaines de la capitale jeudi soir à l’issue de la conférence de presse du Premier ministre Jean Castex, la mairie de Paris a en tout cas pris le gouvernement de court. Quand Jean Castex n’a fait qu’énumérer un renforcement des mesures sanitaires, dont la mise sous « surveillance renforcée » de la capitale comme 19 autres départements, l’édile de Paris a surpris.

Plutôt qu’un confinement le week-end, une mesure « très contraignante sur le plan de l’impact sociétal et assez peu efficace sur le plan sanitaire », le premier adjoint de la maire socialiste, Emmanuel Grégoire, a en effet indiqué préférer « un confinement tout court » à Paris de façon à « vraiment redonner de l’oxygène », tout en conservant des mesures de protection sanitaire. Objectif : « Avoir la perspective de tout rouvrir » à son issue, y compris bars, restaurants et lieux culturels, a-t-il affirmé sur France Info.

La situation sanitaire francilienne est préoccupante. « Plus de 50 % de tests positifs sont des variants, dont 90 % sont issus du variant britannique », indiquait ce vendredi Aurélien Rousseau, directeur de l’ARS Ile-de-France sur BFMTV.

De son côté, Jean Castex, a indiqué que ces territoires pourraient faire l’objet de mesures de confinements locaux à partir du week-end du 6 mars si la situation continuait à se dégrader d’ici là, après « concertations avec les élus ». Finalement vendredi matin, lors d’une conférence de presse, Emmanuel Grégoire a sérieusement tempéré ses propos, assurant que le reconfinement de Paris était « une hypothèse que nous souhaitons mettre sur la table » face à la « politique des demi-mesures » et non une proposition de la mairie. Une façon de renvoyer la balle au gouvernement qui pratique désormais une politique de décisions « territorialisées », comme en témoignent ses récentes décisions de confiner Nice et Dunkerque le week-end.

Un peu plus tôt, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, avait réagi en expliquant que la « proposition » de la mairie de Paris sera « étudiée » à l’échelle de la région, malgré des réserves sur sa durée et sur la fermeture des écoles. « Il y a assez peu de scientifiques qui considèrent que, avec un confinement de trois semaines, on peut terrasser le virus et tout ouvrir, comme l’ont dit les élus de la mairie de Paris », a-t-il notamment averti.

« Polémique ridicule »

Sénateur apparenté socialiste et ancien adjoint à la santé d’Anne Hidalgo, Bernard Jomier prend la défense de la maire. Un confinement de la ville ? : « C’est ce qu’ont dit les maires de Nice et de Dunkerque très récemment. Je suis même surpris de cette polémique. La maire d’une grande ville dit qu’elle a un doute et que le confinement le week-end ne réglera pas le problème de la saturation des hôpitaux. C’est ce que disait le conseil scientifique fin janvier. Mais le gouvernement a fait le choix pour le moment de laisser le virus circuler à un niveau élevé », fustige le médecin qui a remis la blouse pendant la crise.  « Comment tenir le mois de mars ? », interroge-t-il. Et de poursuivre : « Je crains que le gouvernement ait un peu renoncé et préfère des milliers de morts en plus… C’est un objet de discussion. Est-ce qu’on accepte qu’au mois de mars on ait 40 000 morts en plus ? Ou est-ce qu’on dit non et qu’il faut faire un dernier effort ? Le bout du tunnel il est pour le mois d’avril, mai. J’ai le sentiment que c’est un refus d’obstacle. » Il conclut, intransigeant : « L’alternative elle est là et c’est le rôle d’une maire de faire des propositions. C’est une polémique ridicule. Le pari de Macron ne marche pas. Maintenant c’est de l’entêtement ! »

L’heure est désormais à la concertation avec les élus locaux. « Il faut que nous discutions des modalités pratiques de ce confinement, s’il était formulé ainsi », a ajouté Emmanuel Grégoire, en précisant que « cette décision ne pourra être prise qu’à l’échelle de l’Île-de-France, probablement au moins à l’échelle de la zone dense ».

« La maire dira son avis négatif sur un confinement le week-end, comme celui mis en œuvre par le gouvernement à Nice et Dunkerque, a prévenu le premier adjoint, en invoquant « la question de l’acceptabilité » et le rejet du seul « prisme un peu utilitariste de l’activité économique ».

« Un coup politique raté ! »

Les propos d’Emmanuel Grégoire ont suscité un tollé parmi l’opposition, droite en tête. Sénateur LR de Paris, Pierre Charon raille « un coup de com’pour une candidate putative à la présidentielle. Ça partira avec l’eau du bain ! », s’esclaffe le sarkozyste. Il ajoute : « Ce n’est pas Anne Hidalgo qui décide, c’est l’Etat. Comme elle est en précampagne présidentielle, ça affaiblit le propos de son premier adjoint. Et tous les maires d’arrondissements se plaignent de la non-concertation ! »

Les maires LR d’arrondissements sont en effet remontés comme des coucous et ne manquent pas de tirer à boulets rouges sur la maire socialiste. « C’est de la popol, comme dirait Édouard Philippe ! », s’exclame le maire LR du 6e arrondissement, Jean-Pierre Lecoq, en vieux routier de la vie politique parisienne. « Ils utilisent le confinement en disant : si on confine ça fera peut-être baisser la tension hospitalière, mais en même temps ils veulent la vaccination. Mais on sait qu’en mars, on n’aura pas les doses suffisantes. Il y a sept fois moins de personnes vaccinées en France qu’en Angleterre. C’est de la politique politicienne. Confiner au niveau de Paris c’est ridicule. Il faudrait au minimum, confiner au niveau de la métropole », explique-t-il. Il se fait en revanche plus clément quant à la perspective de rouvrir le plus de lieux possibles. « Ça dépend du gouvernement. Là-dessus on est d’accord avec Grégoire. Mais il faut assumer de vivre avec le virus ».

 

Son collègue du 17e arrondissement, le maire LR Geoffroy Boulard a également vilipendé la maire sur Twitter : « Cette annonce de confinement n’est qu’un moyen pour Anne Hidalgo de se placer sous le feu des projecteurs en utilisant le contexte sanitaire pour servir ses ambitions présidentielles. Les Parisiens ne comprennent pas cette annonce non concertée. »

 

Côté LREM, on jubile face à un « coup politique raté » par Anne Hidalgo. « Quand on veut être présidente de la République, il faut avoir un peu de hauteur de vue et de sérénité. La proposition était absurde. Ils s’en sont rendu compte et maintenant ils rétropédalent. C’est de la manœuvre politicienne. Tout ça est un prétexte, ils cherchent à vouloir attaquer le président à tous crins, mais ils se sont pris les pieds dans le tapis », cingle Julien Bargeton, sénateur RDPI (LREM) de la capitale. « C’est Paris qui décide pour l’Ile-de-France ? Et qu’en pense Audrey Pulvar, la candidate d’Hidalgo aux régionales ? », interpelle-t-il.

« Une erreur d’appréciation… »

Même la sénatrice écologiste de Paris, Esther Benbassa, s’interroge. « Cette décision semble avoir été prise sans la concertation des groupes. On a besoin de plus de transparence et de démocratie. Je ne suis pas scientifique. Mais je pense qu’il faut dépasser cette idée de confinement. Actuellement ce qui nous manque ce sont des vaccins. Ce n’est pas le confinement qui mettra fin à l’épidémie. Les confinements ce sont plutôt des pansements. Il faut vacciner, vacciner, vacciner ! », martèle-t-elle. Et admet : « Il y a des raisons politiques, c’est certain ».

Finalement, la « proposition » devenue « hypothèse » pourrait faire pschitt. Selon un journaliste d’Europe 1, l’entourage d’Anne Hidalgo a pris ses distances avec les propos d’Emmanuel Grégoire : « Une erreur d’appréciation… Une mauvaise traduction de l’état de la réflexion de la maire ». « Je pense aux millions de Parisiens qui se sont levés ce matin en apprenant que leur mairie […] exigeait qu’ils soient reconfinés […] et puis finalement, quelques heures plus tard, ça a changé », a regretté dans la foulée Gabriel Attal sur BFMTV. « Nous tendons la main aux élus de Paris », a-t-il ajouté, appelant à « ne pas jouer avec les nerfs des Français ».

Exaspéré, un sénateur parisien souffle : « Anne Hidalgo n’a pas communiqué avec ses propres adjoints. Ils s’engueulent depuis hier soir… » Proche d’Hidalgo, le sénateur socialiste Rémi Féraud démine : « Il y a eu une surinterprétation de l’intervention d’Emmanuel Grégoire et un emballement médiatique. Ce n’était pas une proposition calée avec la maire. Ça fait partie des hypothèses possibles. Mais on pense qu’à ce stade, le statu quo n’est pas possible et nous ne sommes pas favorable au confinement le week-end. Anne Hidalgo fera des propositions en début de semaine prochaine, après avoir concerté lundi avec les élus locaux », abonde le président du groupe Paris en Commun au Conseil de Paris. En déplacement ce vendredi à Nantes, Jean Castex a semblé clore le débat : « Vous avez entendu la mairie de Paris dire qu’il faut qu’on confine 3 semaines et puis c’est fini. Mais vous savez très bien qu’avec les variants, ce n’est pas possible. Il ne faut pas raconter des fadaises ! »

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