Polémique sur sa nomination, dossiers chauds de la RATP : ce qu’a dit Jean Castex aux sénateurs

Polémique sur sa nomination, dossiers chauds de la RATP : ce qu’a dit Jean Castex aux sénateurs

Auditionné par les sénateurs, suite à la nomination par Emmanuel Macron pour devenir PDG de la RATP, Jean Castex assure que les réserves de la Haute Autorité pour la transparence ne posent pas de problème. La question de la « continuité de service » des bus et des métros est « le premier sur la table », assure l’ancien premier ministre. Il veut aussi « généraliser l’automatisation du métro, petit à petit ».
François Vignal

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  • [ Mise à jour le 9 novembre à 12h15 ]  Le Parlement a donné son feu vert à la nomination de Jean Castex à la tête de la RATP. Au Sénat au sein de la commission de l’Aménagement du territoire, 18 ont voté pour, 8 contre. A l’Assemblée nationale, 34 voix pour, 19 contre.

C’est deux jours avant une grève à la RATP pour les salaires, qui s’annonce largement suivie, que Jean Castex a été auditionné par les sénateurs de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable, avant un passage devant les députés, mercredi matin. Choisi par Emmanuel Macron pour prendre la tête de l’entreprise, sa nomination doit encore être validée par le Parlement. Il faut 3/5 des votes contre, au sein des commissions des deux assemblées, pour être rejetée.

« Une grève vous est offerte dans un climat de bienvenue »

Une audition avant donc « une grève qui vous est offerte dans un climat de bienvenue », a lancé avec le sourire le sénateur LR Philippe Tabarot, rapporteur du jour, qui l’a vite mis à l’aise. Malgré l’avis favorable, mais avec réserves, de la HATVP (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique) sur cette nomination, il a prévenu d’emblée qu’il voterait en faveur de son arrivée à la tête de la RATP, rassuré par l’échange qu’il a pu avoir avec Didier Migaud, le président de la HATVP. Le premier ministre doit pourtant « s’abstenir de toute démarche », auprès de son ancienne équipe gouvernementale pendant trois ans, dont la première ministre, Elisabeth Borne, ou le ministre des Transports Clément Beaune, ministre délégué chargé de l’Europe dans le gouvernement Castex, selon l’avis de l’autorité sur la transparence.

Pour le groupe PS, le sénateur Joël Bigot a annoncé lui son refus de valider cette nomination. « Comment envisager que le nouveau président de la RATP ne puisse, de sa propre initiative, contacter les ministres, comme le ministre des Transports ou la première ministre ? » s’étonne le sénateur du Maine-et-Loire, « cet avis compliquera grandement votre tâche » et « de nombreux candidats étaient en cours d’audition », relève le socialiste. « L’avis de la HATVP n’a manifestement pas été limpide du premier coup pour tout le monde », soulève le sénateur EELV Jacques Fernique, « même s’il conclut, c’est vrai, qu’il n’y a pas d’incompatibilité ».

« Didier Migaud l’a dit lui-même, les restrictions ne s’appliquent que sur l’ouverture à la concurrence »

Jean Castex a tenté de lever les interrogations, renvoyant aux précisions qu’il a obtenu du président de la HATVP. « Didier Migaud l’a dit lui-même, les restrictions ne s’appliquent que […] sur l’ouverture à la concurrence », souligne le candidat au poste de PDG de la RATP, qui peut donc prendre contact « avec le ministre de l’Intérieur » ou celui « de l’Economie » pour parler énergie. « Je suis tout à fait conforme à l’avis de la HATVP, d’autant que les questions d’ouverture à la concurrence sont organisées par Ile-de-France Mobilité. Ce n’est pas le gouvernement qui fait les lots, ni lui qui choisit les lauréats », explique Jean Castex (voir la première vidéo). Et d’insister : « Ce ne sont pas mes anciens collègues qui feront ce choix ».

Au passage, selon le probable futur PDG de la RATP, « sur l’ouverture à la concurrence, il faut être vigilant. Ce n’est pas une religion l’ouverture à la concurrence ». Il entend avoir « une sorte d’observatoire » sur le sujet. « Est-ce que le prix baisse ? Est-ce que la qualité du service ne se retrouve pas dégradée ? » Si l’ouverture a déjà commencé à la marge, c’est surtout en 2025, pour les bus, que le processus va s’amplifier, puis en 2030 pour les trams et enfin en 2040 pour le métro.

Se concentrer sur « le cœur de métier »

Les dossiers qui attendent Jean Castex sont nombreux, à commencer par le plus brûlant, celui de la « continuité de service » des bus et des métros. Il est « le premier sur la table », assure-t-il. Malgré les problèmes depuis la rentrée, surtout pour les bus, moins nombreux, liés à « des difficultés à recruter » ou à l’absentéisme, « je ne voudrais pas qu’on tombe dans le RATP bashing », demande l’ancien maire de Prades. Regardez :

Il entend se concentrer sur « le cœur de métier » de la Régie, visant la ponctualité, la régularité, la propreté, la sécurité, la lutte contre la fraude, ou la qualité de l’information donnée aux voyageurs. Il veut aussi renforcer la présence humaine au contact des voyageurs pour « humaniser au maximum (le) service ».

Changement climatique : « Le grand défi de la RATP, c’est de conquérir des clients »

Autre dossier : une facture énergétique qui s’envole, passant de 265 millions d’euros en 2022 à des prévisions comprises « entre 480 et 550 millions d’euros » en 2023, liées à la hausse du coût de l’électricité.

Sur la question des salaires, sujet de la grève jeudi, il souligne que « l’augmentation moyenne des rémunérations à la RATP a été de +5,2 % en 2022 », entre « effet du point d’indice et toute une série de primes », surtout « pour les bas salaires » ou le travail de nuit. Il voit aussi dans « les défis de demain la réforme des retraites de la RATP », sans en dire plus sur ce sujet sensible. Sans oublier la Coupe du monde de rugby et les Jeux olympiques de 2024, synonymes « certains jours d’un million de voyageurs supplémentaires », avec « un enjeu billettique considérable ». Ou encore « l’enjeu du changement climatique », avec « l’ambition de gagner des parts de marché » pour réduire l’impact écologique des transports. « A distance égale en Ile-de-France, on consomme 50 fois moins de CO2 en métro, RER ou Tram qu’en voiture. Donc le grand défi de la RATP, c’est de conquérir des clients », dit-il. Encore faut-il avoir assez de métros ou de bus…

« Il faut généraliser l’automatisation du métro, petit à petit »

Interrogé sur la possibilité de porter le Pass navigo à 100 euros, évoqué par Valérie Pécresse, sa réponse est prudente : « Il faudra accroître le panier de recettes. Un peu de tout, j’ai envie de dire ». Mais des revenus supplémentaires « sont absolument indispensables ».

Autre chantier, qui n’est pas mince, évoqué par Jean Castex : le métro automatique. « Regardez l’automatisation de la ligne 1, qui fonctionne bien. Si vous regardez la ponctualité, la sécurité, le nombre des incidents, ça s’est considérablement amélioré. Il faut généraliser ça, petit à petit, à la mesure de nos moyens », lance le futur patron de la RATP. Ce que devraient apprécier les conducteurs qui s’apprêtent à faire grève jeudi…

« Copains à recaser »

Si aucun sénateur ne doute des qualités de Jean Castex pour présider la régie, il s’étonne quand même de la dimension « recasage » de cette nomination, surtout que les mêmes sénateurs avaient déjà validé, il y a trois mois, la nomination de l’ancien premier ministre à la tête de l’AFIP (Agence de financement des infrastructures de France), qu’il quittera une fois à la tête de la RATP. Philippe Tabarot évoque la série de nominations voulue par Emmanuel Macron, avec des élus qu’on fait « revenir par les fenêtres du copinage ».

Didier Mandelli, sénateur LR de Vendée, a prévenu lui qui ne voterait pas pour sa nomination. Il explique pourquoi : « Le Président avait dit qu’il ferait autrement. On parlait de l’ancien monde avec des copains à recaser. Je n’ai pas vu de rupture. Et je pense même que les choses se sont accélérées ». Comme dit le lapin de la RATP, attention à ne pas « se faire pincer très fort ».

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