C’est sur une musique jazz que Rachida Dati fait son entrée, sous la grande verrière qui inonde d’une lumière crue les murs blancs de l’espace Commines. La ministre de la Culture – priée par Sébastien Lecornu de présenter sa démission avant la fin de la semaine – a revêtu ce mardi matin ses habits de candidate à la mairie de Paris. Elle a convoqué la presse dans cet ancien entrepôt du 3e arrondissement, transformé en showroom, pour y présenter son programme. Ironie du sort : le bâtiment est à deux pas du Cirque d’Hiver. Là même où l’un de ses principaux compétiteurs, le candidat Horizons Pierre-Yves Bournazel, tiendra dans la soirée son premier rassemblement aux côtés des ex-premiers ministres Edouard Philippe et Gabriel Attal.
À un mois du premier tour, le jeu a rarement été aussi ouvert dans la capitale, après une décennie de gouvernance Hidalgo, et pourtant la configuration politique joue en défaveur de Rachida Dati. La candidate plafonne aux alentours de 30 % dans les sondages, juste derrière Emmanuel Grégoire (32 %), ancien pilier de la majorité sortante. Surtout l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy pâtit d’un éparpillement des voix à droite : entre Pierre-Yves Bournazel (donné entre 14 % et 16 %), qui espère incarner une troisième voie, et la zemmouriste Sarah Knafo, qui pourrait dépasser les 10 %. La perspective d’une triangulaire, voire selon certains scénarios d’une quadrangulaire ou même d’une quinquangulaire, jouerait nécessairement en sa défaveur.
« Il est impératif, dès le premier tour, de plier le match »
Signe que la campagne s’accélère, ce mardi matin le discours de Rachida Dati à l’égard de Pierre-Yves Bournazel, dont elle a estimé ce week-end qu’il était « l’incarnation physique de la droite la plus bête du monde », était autrement plus policé. « Ceux qui veulent le changement doivent vouloir le rassemblement. Ceux qui ne veulent pas la victoire en prendront la responsabilité, il ne faut pas être les artisans de la défaite », a-t-elle déclaré à la presse. « Si jamais on est dispersés, ce sera encore la même équipe qui l’emportera, mais en pire ! »
Malgré les tensions, le camp Dati espère encore un rassemblement avant le premier tour. « Aujourd’hui, Rachida est la seule en position de pouvoir battre la gauche. Il est impératif, dès le premier tour, de plier le match et de voter pour la candidature la mieux placée », martèle la sénatrice LR de Paris Agnès Evren. « Je ne dirai pas que nous sommes pris en tenaille. Aujourd’hui, dans cette campagne, c’est nous qui portons la vitalité et l’énergie. Cela fait six ans qu’on y travaille », abonde sa collègue Catherine Dumas.
Rachida Dati refuse de débattre avec ses concurrents avant le premier tour. « Je préfère débattre avec les Parisiens, ce sont eux qui votent », lâche-t-elle. Si l’exercice permet aux candidats de cultiver leurs différences, il a aussi tendance à exacerber les tensions, et aujourd’hui Rachida Dati a plutôt intérêt à éviter les confrontations qui pourraient envenimer les rapports de force et fragiliser d’éventuelles alliances futures.
Après les agressions dans le périscolaire, une refonte du système
Celle qui est encore maire du 7e arrondissement espère rassembler sur un programme de rupture. La candidate entend faire vite et bien. « Avec moi, le changement, vous le verrez tout de suite ! », n’a-t-elle de cesse de répéter.
Au cours de sa présentation, elle a longuement évoqué la question du périscolaire parisien, au cœur de l’actualité après une série de révélations sur des violences perpétrées par des animateurs dans plusieurs établissements de la capitale. L’occasion aussi de brocarder le bilan de la majorité sortante : « Je suis horrifiée de voir que, depuis ces révélations, rien n’a changé », a-t-elle commenté aux côtés du père d’une victime, venu témoigner. « Dès le lendemain de l’élection, je réunirais un conseil de Paris extraordinaire, avec une mesure claire : plus aucun enfant seul avec un animateur dans l’école ! », a-t-elle martelé. Elle voudrait remettre à plat le recrutement et le statut des agents. Rachida Dati propose aussi le retour de la semaine à quatre jours de classe, avec un mercredi « sanctuarisé pour un temps périscolaire de qualité ».
8 000 caméras de surveillance
La propreté et la sécurité figurent en bonne place dans son programme. La candidate souhaite faire passer à 5 000 le nombre des agents de police municipale « armés, équipés et formés », pour un coût chiffré « entre 600 et 700 millions d’euros ». Elle veut également doubler le réseau de vidéosurveillance sur le territoire parisien, qui passerait ainsi de 4 000 à 8 000 caméras.
Elle entend faire de la lutte contre le trafic de stup’ et la toxicomanie de rue l’un des axes forts de sa politique. « La prévention des risques est un vrai sujet. Avec les salles de shoot, on conforte les consommateurs. Qu’il y ait à disposition du matériel propre pour éviter les transmissions de maladies, nous y sommes favorables. Mais la politique de lutte contre la toxicomanie ne peut pas se résumer aux salles de shoot. Nous avons besoin d’une prise en charge sanitaire des addictions en milieu hospitalier », explique-t-elle.
Alors qu’elle a pris le pli, ces dernières semaines, de dénoncer dans de courtes vidéos sur les réseaux sociaux l’état des rues de la capitale, Rachida Dati souhaite confier la collecte des déchets à des opérateurs privés, et ainsi redéployer les agents municipaux sur le nettoyage de la voirie et des espaces verts.
Moins de logements sociaux
La dette municipale, estimée à 9 milliards d’euros dans le dernier rapport de la Chambre régionale des comptes, mais à 12 milliards dans le camp Dati, est l’un des angles d’attaque de la candidate. Elle promet « un choc de gestion », notamment la fin des subventions « aux associations qui n’ont rien à voir avec les Parisiens », pour une économie annuelle « de 1,8 à 2 milliards d’euros ».
La maire du 7e arrondissement cible le logement social comme levier d’économie, la ville approchant désormais du seuil légal des 25 % de logements sociaux. « On va arrêter de préempter pour pouvoir rénover le parc social existant », explique-t-elle. Selon elle, Paris dépense aujourd’hui « 250 millions d’euros » pour l’achat de bâtiments convertis en logements sociaux. Elle reproche à ses concurrents de gauche de vouloir pousser un peu plus les curseurs : « Ils ne veulent pas une ville avec du parc social, mais une ville avec des ghettos. »
Lutte contre les îlots de chaleur
Après dix-huit ans passés dans l’opposition municipale, il semble que Rachida Dati ait fini par se laisser séduire par la politique de végétalisation déployée par Anne Hidalgo. Sur le volet écologique : son programme multiplie les propositions de plantations et de préservation des arbres pour réduire l’impact du réchauffement climatique sur la ville. « Attention, je ne promets pas des forêts urbaines sur papier glacé, qui se terminent en arbustes plantés dans quelques centimètres de terreau », tacle-t-elle à propos du récent réaménagement du parvis de l’Hôtel de ville.
La candidate a deux projets phares en tête. D’abord la transformation de la place de la République, « que l’on a totalement bétonnée en prétendant lutter contre la voiture ». Mais aussi celui des quais de Seine. Si par le passé elle s’est prononcée pour la réouverture de certains tronçons à la circulation automobile, elle reproche désormais à la gauche de s’être arrêtée au milieu du gué et entend débétonniser cette promenade pour en faire « un grand parc patrimonial urbain, avec une végétalisation en pleine terre ».
Sur l’aménagement urbain, la candidate veut imposer « une charte esthétique de la ville » à l’ensemble des espaces publiques, tenant compte de l’histoire patrimoniale de Paris. Elle s’engage à lancer un concours d’architecture pour embellir les portes de Paris, et espère ouvrir une « villa Médicis du design » dans les locaux de la mairie du 1er arrondissement.
Accessibilité du métro parisien
Parmi les soutiens à la candidate, était présent ce mardi le réalisateur Dominique Farrugia. Atteint d’une sclérose en plaques, l’ancien comparse d’Alain Chabat a salué les propositions de Rachida Dati en matière de mobilité et d’accessibilité. « Je paye des impôts. J’ai envie de trottoirs plats et de pouvoir traverser une rue sans que cela ne devienne héroïque », a-t-il déclaré.
Rachida Dati envisage d’autoriser les fauteuils roulants électriques à emprunter les pistes cyclables. Plus ambitieux encore : elle veut rendre accessible aux personnes handicapées l’intégralité des stations du métro parisien, sans plus de précision toutefois quant au finement d’une telle mesure. Valérie Pécresse, la présidente LR de la région Ile-de-France, qui a également la charge des transports franciliens, avait chiffré ce chantier colossal à 15 milliards. Une somme que même la dynamique des Jeux olympiques de Paris n’a pas permis de mobiliser, malgré les engagements qui avaient été pris.