Brest a la particularité d’être l’une des rares grandes villes de France qui n’est pas dotée d’une police municipale, la question a donc structuré ce grand débat des candidats à la mairie de Brest, organisé en partenariat avec Tébéo et Le Télégramme. Le maire sortant, François Cuillandre (PS), a déclaré en janvier vouloir mettre en place une police municipale de 50 agents après 25 ans de mandat. « Malheureusement le monde a changé, la France a changé et Brest a changé. La police de proximité a été supprimée en 2007 et le narcotrafic a progressé. Nous voulons recréer cette police de proximité, complémentaire à la police d’Etat », s’est justifié le socialiste.
Il a ainsi été accusé par Yves Pagès (RN) de « découvrir l’insécurité qui existe depuis des années dans la ville qu’il dirige. » Du candidat LR-Horizons-UDI, Stéphane Roudaut jusqu’au candidat RN, tous les candidats de la droite et de l’extrême droite ont plaidé pour la mise en place d’une police municipale, de 150 agents pour Stéphane Roudaut (LR), de 150 agents armés pour Yves Pagès (RN), de 120 agents armés pour Franck Besombes (LR dissident) et de 100 agents armés pour Nazim Yenier (extrême droite).
À gauche, le candidat Génération. s, Sébastien Muscat, a plaidé pour une police municipale de 60 agents « qui seront dans la proximité et sur des missions de prévention », tandis que le dissident socialiste et actuel adjoint, Reza Salami a défendu un référendum sur la question. « C’est l’un des sujets qui me sépare du maire. Je ne pense pas que ça soit efficace, toutes les études scientifiques le démontrent. Il ne faut pas mentir aux habitants, cela va impacter le budget de la ville, et ensuite leur laisser le choix », a-t-il développé. Cécile Beaudouin (LFI) a été la seule à refuser la création d’une police municipale, estimant « incarner la position historique de la gauche » sur cette question. « Je suis effarée par cette course à l’échalote sécuritaire. La police municipale n’a pas d’effet miraculeux sur l’insécurité et rajoute du travail administratif aux officiers de police judiciaire », a-t-elle justifié.
Logement : encadrement des loyers, accession à la propriété et préférence brestoise
Autre enjeu très structurant au niveau local : le logement. Avec plus de 8000 demandes de logement social non satisfaites sur la commune, le parc locatif brestois apparaît particulièrement tendu. « Il faut décréter la mobilisation générale, il y a urgence », a estimé Stéphane Roudaut (LR-Horizons-UDI), qui a appelé « à faire plus et mieux sur le logement. » François Cuillandre a défendu son bilan en rappelant que Stéphane Roudaut était premier vice-président de Brest Métropole et siégeait au conseil d’administration de Brest Métropole Habitat (BMH). Le maire sortant, soutenu par le PS, mais aussi les Écologistes et le PCF, a proposé que Brest Métropole attribue 24 millions d’euros à BMH pour la construction et la rénovation de logements.
Cécile Beaudouin (LFI) s’est montrée offensive sur la question, en affirmant vouloir « lutter contre la spéculation immobilière » par la mise en place de l’encadrement des loyers sur la commune. À gauche, Sébastien Muscat (Génération. s) a appelé à la construction de logements sociaux supplémentaires – Brest se situe juste au-dessus de la limite légale de 25 %, à 27 % – et à la création d’un « office du foncier solidaire pour faciliter l’accès à la propriété des jeunes couples. »
À droite, Franck Besombes a appelé « à ne pas se tromper de sujet. » « Nous ne manquons pas de logement social à Brest. Il faut un audit général sur qui occupe les logements et depuis combien de temps. Notre priorité sera l’accession à la propriété », a précisé le dissident LR, qui avait évoqué dans Le Télégramme une « préférence brestoise » dans le logement social. Nazim Yenier (extrême droite), s’est lui aussi dit favorable à un programme favorisant l’accession à la propriété, tout en estimant que beaucoup de logements étaient vacants à Brest « à cause des points de deal » et liant ainsi la question du logement à celle de la sécurité.
Attractivité : LGV Brest-Rennes et Brest capitale des océans
Enfin, sur l’attractivité de la ville, l’ensemble des candidats s’est accordé sur la nécessité d’obtenir la prolongation de la ligne à grande vitesse de Rennes à Brest, pour pouvoir relier Paris à Brest en 3h30 – tout en concédant que cette décision et les investissements nécessaires relevaient de la SNCF et de l’Etat. « Brest a des atouts, mais reste enclavée », a déploré Yves Pagès (RN), déplorant notamment la limitation à 110 km/h sur l’autoroute entre Brest et Rennes.
Nazim Yenier (extrême droite) s’est, de son côté, désolé de l’état du centre-ville de Brest, caractérisé par « des bâtiments nouveaux sans âme et sans caractère. » « Je propose une rupture totale avec l’urbanisme de ces quarante dernières années, avec une végétalisation massive des rues et des places » a-t-il détaillé. Stéphane Roudaut (LR-Horizons-UDI) a quant à lui insisté sur la nécessité de « convaincre l’Etat de la nécessité de pérenniser une liaison aérienne pleine et entière avec Orly », alors que Franck Besombes (LR dissident) a proposé de « baisser les impôts locaux de 6 % » pour redonner de l’attractivité à Brest.
À gauche, François Cuillandre (PS) a proposé de faire de Brest « la capitale mondiale des océans », sur le modèle de Toulouse et de l’aviation, alors que son adjoint, Reza Salami (dissident PS) a lui aussi loué la « maritimité » de Brest et a proposé d’installer un casino, « source de revenus pour la commune. » Stéphane Muscat (Génération. s) a, de son côté, misé sur la création de 5000 emplois verts sur deux mandats, dans le secteur de l’économie circulaire et de la rénovation énergétique et proposé la gratuité des transports en commun pour les moins de 26 ans. Cécile Beaudouin (LFI) a quant à elle mis sur la table la création d’un poste « d’adjoint à la ville productive », qui aura « pour mission de relocaliser certaines industries et certaines entreprises à Brest, en lien avec les universités. »
Le scrutin se déroulera les 15 et 22 mars prochains.