Chez les socialistes, Anne Hidalgo se paie un « tour de chauffe », Stéphane Le Foll suit

Chez les socialistes, Anne Hidalgo se paie un « tour de chauffe », Stéphane Le Foll suit

La presque candidate à la présidentielle, Anne Hidalgo, est soutenue par le premier secrétaire du PS, Olivier Faure. Mais le maire du Mans, Stéphane Le Foll, lui aussi candidat, remet en cause ce scénario un peu trop écrit à l’avance à ses yeux. Les militants devront les départager lors d’un vote interne. En attendant, à Blois chaque politique cherche ses soutiens.
Public Sénat

Par François Vignal, avec Quentin Calmet

Temps de lecture :

8 min

Publié le

Mis à jour le

Il ne manque que le tapis rouge mais c’est tout comme. Les universités d’été du PS, renommées Campus 2021, à Blois, ce vendredi 27 août, n’étaient pas uniquement la rentrée politique des socialistes. L’événement prend plutôt des allures de rampe de lancement d’Anne Hidalgo, la presque candidate à la présidentielle du Parti socialiste. D’autant que le premier secrétaire sortant, Olivier Faure, n’en fait pas un secret : il soutient la maire PS de Paris. C’est même évoqué dans sa motion, en vue du congrès qui se tient les 18 et 19 septembre à Villeurbanne.

Tapis rouge

En ouverture, le maire PS de Blois Marc Gricourt, donne le ton. Il évoque la saison culturelle prochaine de la ville, « autour des femmes, ce qui laisse présager ma préférence… » A midi, devant la Hall aux grains, qui accueille la famille socialiste pour le week-end, le premier secrétaire fait son arrivée aux côtés d’Anne Hidalgo. Au moins c’est clair. Bousculade des journalistes. « On se décale à gauche » demande le service d’ordre. Rebelote après la pause déjeuner. Ces deux-là arrivent presque bras dessus bras dessous pour l’ouverture officielle. Anne Hidalgo se dit fière. Fière « de retrouver une grande famille qui a eu des moments de grandes souffrances, mais qui est debout », affirme-t-elle au micro de Public Sénat (voir la première vidéo). Attention, dans les repas de famille, on s’engueule parfois.

Celui qui n’est pas d’accord, c’est Stéphane Le Foll. Le maire PS du Mans vient de déclarer sa candidature à la primaire « prévue par les statuts du PS ». La famille ne risque-t-elle pas encore de se désunir ? Le PS en connaît un rayon en la matière. « La famille est vraiment unie. Elle a eu de belle victoire aux élections locales, ça a fait du bien à tout monde, ça a redonné confiance. Il faut œuvrer à ce qu’elle soit le plus confraternelle possible », soutient Anne Hidalgo. « Heureusement qu’on apprend du passé ». A voir.

Face à l’activisme de Stéphane Le Foll, Olivier Faure est bien obligé d’accepter un système de sélection. « Il y aura un vote des militants qui permettra de dire qui les socialistes soutiennent à l’élection présidentielle. Ce sera parfaitement démocratique », assure le premier secrétaire. Il faudra d’abord changer les statuts, qui prévoient jusqu’ici une primaire ouverte…

Hidalgo : « C’est très bien que le PS donne la parole aux militants par un vote internet, qui n’est pas tout à fait une primaire »

Attablée à la terrasse d’un café, face à la presse, Anne Hidalgo tient à préciser sa vision des choses, un peu plus tard dans l’après-midi : « C’est très bien que le PS donne la parole aux militants par un vote internet, qui n’est pas tout à fait une primaire ». Pour la maire de Paris, l’appui du parti – tant logistique que financier – est indispensable pour faire campagne. Mais elle sait bien que l’image de bisbilles internes désintéresse les Français et les Françaises. La voilà obligée de jouer les équilibristes. « Il y a encore beaucoup de détestations des partis ». « Ils ont du mal, le nôtre aussi. Ils ont beaucoup de mal à s’ouvrir à la société », dit-elle. Il convient de sortir « de l’entre-soi ». « Mais les partis ne peuvent pas être remplacés par autre chose », ajoute-t-elle aussitôt. Toujours est-il qu’Anne Hidalgo n’entend pas se faire enfermer. « La comédie du pouvoir, je n’en ai rien à faire », lance-t-elle, « on va laisser ça aux comédiens… » Elle préfère soigner sa stature internationale, lors d’une table ronde sur le multilatéralisme.

Anne Hidalgo entourée de journalistes Crédit photo : Quentin Calmet
Face aux journalistes, Anne Hidalgo a expliqué sa présence aux universités d'été du PS à Blois.
Crédit photo : Quentin Calmet / Public Sénat

En déclarant sa candidature, Stéphane Le Foll vient mettre son grain de sable dans cette machine qui semblait un peu trop bien huilée. Lui aussi, a passé du temps à expliquer aux journalistes pourquoi, au fond, les militants devraient préférer un social-démocrate à un autre social-démocrate, qui n’ont peut-être pas tant de différences au premier regard. « Je reste singulier, je n’ai jamais varié de ligne », assure l’ancien ministre de l’Agriculture. Il s’étonne que le camp Hidalgo ménage Arnaud Montebourg, bientôt candidat en dehors du PS (lire ici). « Moi j’ai de vraies divergences avec Montebourg. Et on ne peut pas commencer un débat présidentiel en disant qu’on va s’arranger avec lui » (voir vidéo ci-dessous).

Il continue : « Avec la question du souverainisme, de la démondialisation… Le jour où ils vont gouverner ensemble, si c’est la ligne de Montebourg… » Il se démarque aussi des prises de position d’Audrey Pulvar, qui avait été soutenue par Anne Hidalgo pour les municipales à Paris, sur les réunions non-mixtes, « pas du tout les valeurs universelles », selon l’ancien ministre de l’Agriculture. « Et ce n’est pas à moi, à qui on va expliquer ce qu’il faut faire en agriculture quand même ! » « Le Foll va la jouer sur le côté plutôt rural, et attaquer Hidalgo sur son parisianisme », prédit un parlementaire socialiste, pro Hidalgo.

Pour Stéphane Le Foll, pas question d’une désignation « sans débat sur les grandes orientations », or « on ne peut pas dire qu’il y ait eu beaucoup de débats au PS… » Ce fidèle Hollandais ajoute : « Au-delà d’un candidat qu’on impose, il faut savoir quel chemin on veut tracer ». La cible de Stéphane Le Foll, c’est aussi, et surtout, Olivier Faure. « Quand on s’efface, c’est plutôt qu’on disparaît », pointe-t-il.

« Lettre au père Noël »

Un autre front vient d’Hélène Geoffroy. La maire PS de Vaulx-en-Velin, ancienne secrétaire d’Etat de François Hollande, est la seule candidate au poste de premier secrétaire face à Olivier Faure. On retrouve des mots similaires, quand elle dénonce « la stratégie d’effacement du premier secrétaire actuel ». Elle enchaîne les attaques : « Olivier Faure a passé son temps dans les discussions d’appareil ». « Le projet n’a jamais été débattu avec les militants ». Projet qu’elle compare à « une lettre au père Noël »…

Elle récuse l’image d’être la candidate des Hollandais : « J’ai décidé en toute liberté. C’est une forme de mépris. C’est une question qu’on pose plus aux femmes ». Quelques secondes après, elle reproche cependant à Olivier Faure d’avoir fait « le droit d’inventaire » du quinquennat Hollande, « à mon tour de faire son droit d’inventaire ». Les militants sont appelés à voter le 9 septembre pour choisir l’un des deux textes d’orientation, le sien ou celui du prochain premier secrétaire sortant.

« Stéphane ne veut pas servir la soupe à Faure et Hidalgo. Mais son caractère le dessert »

Chez les soutiens d’Hidalgo, on minimise ces oppositions internes. A commencer par celle de Stéphane Le Foll. « Il fait ça pour faire du bruit. Comme ça on parle de lui », dit un jeune parlementaire socialiste. Un bon connaisseur des arcanes socialistes et des forces en présence confie son explication : « Stéphane est bougon. Il ronchonne. En réalité, il y a de la rancune qui s’est sédimentée depuis pas mal d’années. Il faut se rappeler qu’Anne Hidalgo était au cabinet d’Aubry, au ministère du Travail, et qu’ensuite Aubry était opposée à François Hollande. Stéphane ne veut pas servir la soupe à Faure et Hidalgo. Mais son caractère le dessert ». Les vieilles guéguerres socialistes ont visiblement laissé quelques traces.

Pour l’heure, Le Foll a tiré le premier. « Tout le monde a en tête que le premier qui sort du bois a une avance. Donc Anne Hidalgo va être obligée d’accélérer », pense un socialiste. « Elle choisira son moment, le quand et le comment », nous explique Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat, et soutient de la maire de Paris. « Mais dans sa tête, elle sera candidate à la candidature, je peux vous le confirmer. Elle est déterminée. Elle a le soutien d’une très large partie du PS », soutient l’ancien ministre. Regardez :

S’il voit la candidature de Stéphane Le Foll, qu’il connaît bien, comme légitime, Patrick Kanner met en garde : « Il faut s’éviter tout ce qui peut contribuer, non pas à la division, mais à une concurrence qui serait inutile dans le cadre de l’urgence qui est la nôtre ». « Nous sommes au tour de chauffe. C’est celui des candidats qui se toisent. Mais à un moment donné, il faudra choisir », prévient le sénateur PS du Nord. Et de conclure dans une formule mitterrandienne : « Laissons le temps au temps. Anne Hidalgo est en train de convaincre au travers de sa personnalité, de son projet politique ». La présidentielle est quand même dans huit mois. Et le temps passe vite.

 

Dans la même thématique

Paris : Question time to the Prime Minister Gabriel Attal
6min

Politique

100 jours à Matignon : « La stratégie Attal n’a pas tenu toutes ses promesses », analyse Benjamin Morel

Le Premier ministre marquera jeudi le passage de ces cent premiers jours au poste de chef du gouvernement. Si Gabriel Attal devait donner un nouveau souffle au deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron, sa stratégie n’est néanmoins pas payante car il « veut en faire trop sans s’investir fortement sur un sujet », selon Benjamin Morel, maître de conférences en droit public.

Le

ILLUSTRATION : Carte Electorale
4min

Politique

Elections européennes 2024 : comment se déroule le scrutin ?

Tous les citoyens des pays de l’Union Européenne ne votent pas au même moment. Du 6 au 9 juin, ils se rendront aux urnes pour élire 720 députés au Parlement européen. Public Sénat vous explique tout sur ce scrutin, essentiel pour l’avenir de l’Europe.

Le

Belgium Europe Migration
7min

Politique

Parlement européen : quels sont les grands textes adoptés depuis 2019 ?

Entre le Covid et la guerre en Ukraine, la mandature 2019-2024 a dû subir et réagir à de grands bouleversements. Pacte vert, plan de relance, sanctions à l’égard de la Russie ou encore soutien à l’Ukraine… A l’aube du renouvellement du Parlement européen, retour sur les grands dossiers adoptés ces 5 dernières années au Parlement européen.

Le