Politique de la ville : « Une incurie du gouvernement depuis trois ans », dénonce Patrick Kanner
Tandis qu’une centaine de maires ont lancé, ce samedi, un appel à Emmanuel Macron pour alerter sur la situation des quartiers populaires, les sénateurs qui ont suivi la question dénoncent un « angle mort » dans la politique du gouvernement.

Politique de la ville : « Une incurie du gouvernement depuis trois ans », dénonce Patrick Kanner

Tandis qu’une centaine de maires ont lancé, ce samedi, un appel à Emmanuel Macron pour alerter sur la situation des quartiers populaires, les sénateurs qui ont suivi la question dénoncent un « angle mort » dans la politique du gouvernement.
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1 milliard d’euros, soit 10% du budget du plan de relance. C’est le montant réclamé par un collectif de plus de 100 maires, issus de la gauche, de la droite et du centre, qui ont adressé, ce samedi, un courrier à Emmanuel Macron. Les édiles dénoncent une situation qui se dégrade dans les quartiers populaires, dont la « détresse sociale et économique » s’est trouvée aggravée par la crise sanitaire, et à laquelle l’Etat n’apporte aucune réponse. C’est donc un « appel à l’aide » que lance la centaine de maires pointant du doigt une « non-assistance à des territoires en danger » et appelant à « défendre l’égalité républicaine de nos quartiers populaires ». La date est symbolique puisque cet appel intervient trois ans, jour pour jour, après le discours prononcé par le président de la République à Tourcoing, dans lequel il avait appelé à une mobilisation nationale « pour les villes et les quartiers ».

« Je suis furieux », réagit le sénateur et ancien ministre socialiste de la Ville, Patrick Kanner. « Cela fait trois ans que nous alertons sur la question, et aujourd’hui j’ai peur que la situation ne dégénère. Ces maires lancent un appel à l’aide sur une situation qui était écrite dans le marbre, et qui est la conséquence d’une incurie gouvernementale depuis trois ans. » Car, en 2017, l’ancien ministre de la Ville de Jacques Chirac, Jean-Louis Borloo, avait été chargé d’un rapport sur la situation des quartiers populaires, rendu en mai 2018, et balayé par l’exécutif. « La plupart des maires qui ont lancé cet appel au secours ont des regrets sur la façon, plutôt inélégante, dont ce plan a été balayé par le gouvernement », assure la sénatrice Sophie Primas, qui suit de près le dossier.

« Un décalage entre la communication du gouvernement et ses actes »

 En 2018, le Sénat s’était d’ailleurs saisi de la question en créant, en juillet 2018 à l’initiative des sénateurs Patrick Kanner (PS) et Philippe Dallier (LR), un groupe de travail permanent sur la politique de la ville, nommé Baromètre Banlieues. « Ce groupe de travail n’a jamais été pris en compte par le gouvernement », regrette Patrick Kanner. « On arrive en fin de quinquennat, et une chose est sûre : la politique de la ville et du logement aura été l’angle mort de ce gouvernement » renchérit Philippe Dallier. « Il y a un décalage entre les discours de l’exécutif, comme celui des Mureaux il y a quelques jours, et les actes », analyse Sophie Primas. « Alors que la communication du gouvernement assure qu’il est mobilisé, les actes prouvent le contraire. Par exemple, un certain nombre de programmes annoncés dans le discours des Mureaux n’ont aucune traduction budgétaire dans le Budget 2021. »

Du côté de l’exécutif, pourtant, on assure qu’un travail de fond est mené sur la question. « Nous avons 85% du plan Borloo qui est soit engagé soit terminé, assure la ministre de la Ville, Nadia Hai, au micro de Public Sénat. En 2018, au moment de la remise du rapport, nous avons créé une feuille de route de mobilisation des habitants dans les quartiers dans laquelle nous reprenons la quasi-totalité des recommandations avec les enrichissements d’autres rapports. Je vais installer dans quelques jours un comité de suivi et d’évaluation de l’ensemble des mesures que nous avons porté avec des élus territoriaux, des citoyens et des présidents d’associations. » Un « exercice de communication » qui ne convainc pas les sénateurs habitués du sujet. « Personne n’y croit », soutient Philippe Dallier. « La ministre de la Ville ferait mieux de se taire, plutôt que de tenir des propos si contraires aux ressentis des acteurs de terrain et des élus locaux. »

« Le gouvernement serait bien avisé de prendre la situation à bras le corps »

« Créer un comité de suivi sur la mise en œuvre d’un plan qui n’existe pas, c’est tout de même extraordinaire », raille Patrick Kanner. « Alors qu’il a massacré les comités citoyens et les secteurs associatifs, le gouvernement joue au pompier pyromane en matière de politique de la ville. » « Ces maires ont vraiment besoin qu’on les entende, pas qu’on se contente de lancer des chiffres à la volée », assure Sophie Primas. « Le gouvernement manque clairement d’écoute et d’efficacité sur cette question. » Convaincus que le gouvernement ne se saisira pas de la question lui-même, les sénateurs comptent saisir l’occasion du débat sur le Budget 2021, qui doit débuter au Sénat, ce jeudi, pour mettre la question sur la table. « Ce sera l’occasion d’aborder la question, et de voir si le gouvernement entend y répondre, ou non », commente Philippe Dallier. Et d’ajouter : « La dégradation de la situation dans les quartiers est corroborée par tous les acteurs de terrain. Le gouvernement serait donc bien avisé de prendre la question à bras le corps. »   

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