Pollution lumineuse : le gouvernement fait du « greenwashing » juge le président du groupe écologiste au Sénat
Alors que la ministre de la Transition énergétique a annoncé un prochain décret sur la réglementation de la publicité lumineuse, Guillaume Gontard, président du groupe Écologiste - Solidarité et Territoires au Sénat dénonce des mesures de « com ». Il fustige une version « light » de ce qui avait déjà été proposé par sa famille politique mais refusé par le gouvernement.

Pollution lumineuse : le gouvernement fait du « greenwashing » juge le président du groupe écologiste au Sénat

Alors que la ministre de la Transition énergétique a annoncé un prochain décret sur la réglementation de la publicité lumineuse, Guillaume Gontard, président du groupe Écologiste - Solidarité et Territoires au Sénat dénonce des mesures de « com ». Il fustige une version « light » de ce qui avait déjà été proposé par sa famille politique mais refusé par le gouvernement.
Public Sénat

Par Clara Robert Motta

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Interdire les publicités lumineuses entre 1 heure et 6 heures du matin quelle que soit la taille de la ville, « sauf rares exceptions comme les gares et les aéroports qui ne ferment pas la nuit ». Ce petit pas, preuve de la bonne foi de la nouvelle ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, devrait faire l’objet d’un décret dans les jours à venir, a annoncé la ministre dans un entretien au Journal du dimanche. Si l’instauration de cette mesure semble faire l’unanimité - « les Français sont à juste titre choqués par certaines pratiques » justifie même Agnès Pannier-Runacher dans les colonnes de l’hebdomadaire – sa mise en œuvre tardive et sa timidité énervent des opposants qui avaient eux-mêmes tenté de faire passer une loi de ce type, mais sans succès.

Guillaume Gontard, président du groupe écologiste au Sénat, s’est fendu d’un tweet pour pointer du doigt le « temps perdu » par le gouvernement. Le sénateur de l’Isère note que l’interdiction de la publicité lumineuse est proposée depuis plusieurs années par sa famille politique. Que ce soit dans la loi « Climat et résilience » d’août 2021 ou la loi pour Réduire l’empreinte environnementale du numérique (loi Reen) de novembre 2021, les sénateurs et députés écologistes avaient déjà proposé des amendements dans ce sens. La députée écologiste Delphine Batho avait même fait une proposition de loi spécifiquement dédiée à ce sujet.

Si actuellement le gouvernement affiche sa volonté d’interdire l’affichage lumineux (la nuit), la majorité votait contre les propositions de l’opposition il y a encore peu de temps. Par exemple, pour la loi Reen, l’amendement déposé par les sénateurs écologistes visait à interdire « toute publicité numérique […] en agglomération et hors agglomération, sur les voies ouvertes à la circulation publique, ainsi que dans les aéroports, gares ferroviaires et routières, stations et arrêts de transports en commun. » Cet amendement avait reçu un avis défavorable de la commission ainsi que du gouvernement avant d’être rejeté.

Une « mesurette » pas à la hauteur

Il en a été de même avec les propositions de la Convention citoyenne pour le climat. Plus ambitieuse encore, l’assemblée citoyenne avait proposé « l’interdiction des écrans (vidéos publicitaires) dans l’espace public, les transports en commun et dans les points de vente ». La proposition avait été écartée par le gouvernement.

Au-delà de faire du « greenwashing » - utiliser l’argument écologique à outrance dans leur communication-, le sénateur Guillaume Gontard fustige cette « mesurette » qui signifie un « manque de volonté claire ». « Déjà, le gouvernement attend une canicule pour proposer un décret, mais en plus ce que propose la ministre n’est pas révolutionnaire. C’est quasiment ce qui est déjà inscrit dans la loi, mais qui n’est pas appliqué. »

Depuis 2012, il existe une obligation d’extinction des publicités lumineuses entre une heure et six heures du matin, sauf pour les aéroports et les unités urbaines de plus de 800 000 habitants. Autrement dit, grâce au décret promis par Agnès Pannier-Runacher, cette loi s’étendra simplement à Paris et Marseille qui sont les seules villes de plus de 800 000 habitants en France. Grâce à la loi Climat et résilience, ce sont d’ailleurs les maires qui seront compétents, à partir du 1er janvier 2024, pour assurer la police de la publicité sur leur territoire que la commune soit ou non couverte par un règlement local de publicité (RLP).

Des sanctions pour faire appliquer une loi déjà existante ?

Du côté de la majorité, on reconnaît que la mesure n’est pas forcément novatrice, mais Xavier Iacovelli, vice-président du groupe des sénateurs du Rassemblement des Démocrates, Progressistes et Indépendants (LREM), estime qu’elle reste importante à prendre. « Il faut prendre en compte les personnes qui travaillent. Plutôt que de stopper complètement la publicité lumineuse comme proposent les écologistes, on y va progressivement. Pour qu’une politique soit appliquée, il faut qu’elle soit acceptée par la population. » Si Xavier Iacovelli se dit favorable aux sanctions, il assure ne pas vouloir « emmerder les gens » pour reprendre une formule du président.

Guillaume Gontard, impatient de voir la formulation du décret, insiste sur l’importance de faire appliquer la loi et d’instaurer des contrôles et des sanctions adéquates. Il juge la proposition de la ministre de la Transition d’une amende de 1 500 euros non adaptée. « Nous avons besoin d’avoir des amendes proportionnées à la taille de l’enseigne en infraction. Sinon un grand groupe pourra préférer risquer l’amende que d’éteindre ses enseignes. »

Agnès Pannier-Runacher a fait valoir que le décret visera à « harmoniser les règles d’extinction des publicités lumineuses que la commune soit couverte ou non par un règlement local de publicité ». Le ministère a expliqué que « les contours seront précisés » lors de la publication du décret.

Dans son entretien au JDD, la ministre de la Transition écologique avait aussi promis un décret pour interdire aux magasins d’avoir leurs portes ouvertes alors que la climatisation et le chauffage fonctionnent. Or les associations lui reprochent de la même façon de faire de la communication sur des lois déjà existantes. Depuis mars, un décret d’application de la loi du 22 août 2021 interdit « l’utilisation sur le domaine public de systèmes de chauffage ou de climatisation consommant de l’énergie et fonctionnant en extérieur ». Le décret proposé par la ministre étendrait simplement cette mesure aux magasins portes ouvertes.

Partager cet article

Dans la même thématique

4min

Politique

Esclavage : « L’identité française est faite de grands récits et de grands crimes », reconnaît Emmanuel Macron

A l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’Elysée organisait une cérémonie de commémoration ce jeudi 21 mai. Le Président de la République est revenu sur le devoir de reconnaissance de ces crimes. Il a, pour la première fois, abordé le sujet de la réparation, quelques mois après l’abstention de la France sur le vote de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite comme « pire crime contre l’humanité » à l’ONU.

Le

Gabriel Attal walks in Bordeaux
4min

Politique

Présidentielle 2027 : en Aveyron, Gabriel Attal officialise sa candidature

C’est fait, Gabriel Attal a mis fin au faux suspense sur sa candidature à la présidentielle. Le patron de Renaissance a officialisé sa candidature, ce vendredi et devrait être sur la ligne de départ en 2027. Dans l’Aveyron, l’ancien Premier ministre a fait part de son ambition de succéder à Emmanuel Macron. Il faudra d’abord tuer le match avec Edouard Philippe pour être le candidat légitime du bloc central.

Le

French ruling Renaissance party holds political meeting in Arras
6min

Politique

Gabriel Attal, à l’heure du grand saut présidentiel ?

Dans l’Aveyron, loin des ors parisiens, l’ancien premier ministre doit officialiser vendredi sa candidature à l’Élysée. Une entrée en campagne pensée comme un antidote au procès en déconnexion qui colle au macronisme et comme un adversaire à Édouard Philippe pour le leadership du bloc central.

Le

ZFE la fin des Zones a Faibles Emissions votee par l Assemblee Nationale
3min

Politique

Loi de « simplification » : le Conseil constitutionnel censure la suppression des ZFE et l’assouplissement du ZAN

Le Conseil constitutionnel a censuré ce jeudi 21 mai plusieurs articles emblématiques de la loi de « simplification économique », parmi lesquels la suppression des zones à faibles émissions (ZFE) et un assouplissement des règles du « zéro artificialisation nette » (ZAN). Jugées sans rapport direct avec le projet de loi initial, ces dispositions ont été qualifiées de « cavaliers législatifs ». Au total, 25 articles sur 84 ont été censurés totalement ou partiellement, au terme d’un feuilleton parlementaire de deux ans.

Le