Porno : malgré la loi, les sites toujours accessibles aux mineurs
Sous l’impulsion du Sénat, depuis juillet, la loi impose aux sites pornographiques la mise en place d’un contrôle de l’âge de leurs clients, sous peine de voir leur accès bloqué en France. Il est désormais à la charge du CSA de saisir la justice en cas de manquements. Une décision devrait être prise à la fin du mois.

Porno : malgré la loi, les sites toujours accessibles aux mineurs

Sous l’impulsion du Sénat, depuis juillet, la loi impose aux sites pornographiques la mise en place d’un contrôle de l’âge de leurs clients, sous peine de voir leur accès bloqué en France. Il est désormais à la charge du CSA de saisir la justice en cas de manquements. Une décision devrait être prise à la fin du mois.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

En juin dernier, à l’occasion de l’examen de la proposition de loi déposée par deux députés LREM, visant à protéger les victimes de violences conjugales, le Sénat avait adopté à l’unanimité et avec l’avis favorable du gouvernement un amendement de la sénatrice LR, Marie Mercier. Son idée ? Obliger les sites pornographiques à mettre en place un contrôle de l’âge de leurs clients. Pour cela, la haute assemblée a confié au CSA la charge de leur adresser une injonction de mise en conformité. En cas de refus, le CSA peut désormais saisir le président du tribunal judiciaire de Paris afin qu’il ordonne aux opérateurs de rendre impossible l’accès à ces sites depuis la France.

La loi a été promulguée fin juillet complète l’article 227-24 du Code pénal qui interdit la diffusion de messages pornographiques aux mineurs.

« La balle est maintenant dans le camp du CSA »

A la mi-novembre, trois associations parmi lesquelles l’Observatoire de la Parentalité et de l’Éducation Numérique (OPEN) ont saisi le gendarme de l’audiovisuel, afin d’obtenir le blocage aux mineurs de huit « tubes » pornographiques. « Nous avons envoyé au CSA 500 pages de constat d’huissiers. Ces sites ne respectent pas cette modification du Code pénal car ils ont toujours recours à un simple ‘disclamer’ (un clic : oui, j’ai plus de 18 ans ndlr). C’est un dossier qui n’est pas simple, mais la balle est maintenant dans le camp du CSA. Nous avons appris qu’il devait prendre sa décision à la fin du mois » explique Thomas Rohmer, président d’OPEN.

Le 18 février dernier, Marie Mercier a adressé une question écrite à la ministre de la Culture « afin d’obtenir le compte rendu des actions menées sur ce point dans le cadre de la loi ». « J’attends la réponse. Je ne lâche pas le dossier. Fin janvier, j’avais également interpellé Adrien Taquet sur ce sujet, à la fin de l’examen de la proposition de loi d’Annick Billon (visant à protéger les mineurs des crimes sexuels) » nous rappelle la sénatrice qui indique par ailleurs qu’elle en touchera un mot, ce mardi, au secrétaire d’Etat en charge de la protection de l’Enfance avec qui elle a rendez-vous.

Accessible sur smartphones ou tablettes, l’accès à ces plateformes, souvent basées dans des paradis fiscaux qui ne coopèrent pas avec la France, est devenu un enjeu pour la protection de l’enfance. « Emmanuel Macron est très impliqué sur le sujet. Il nous a fait part de l’intérêt de la démarche quand nous l’avions rencontré » souligne Thomas Rohmer.

Promesse d’Emmanuel Macron

Pour mémoire, le 20 novembre 2019, à l’UNESCO, le chef de l’Etat avait insisté sur la nécessité d’un contrôle parental des sites pornographiques, ne pouvant « fermer les yeux sur l’influence que peut exercer sur de jeunes esprits, un genre qui fait de la sexualité un théâtre d’humiliation et de violences faites à des femmes qui passent pour consentantes ».

En cas de saisine de la justice parle CSA, les sites pornographiques devront proposer des dispositifs de blocage aux mineurs. L’année dernière, le Sénat avait auditionné  Grégory Dorcel, directeur général des productions Marc Dorcel, principal producteur de films porno français qui a recours à des modules Visa/MasterCard autorisant des transactions zéro euro, pour ses contenus gratuits.

Comme le révèle le site internet NextImpact, le site JackyetMichel échange actuellement avec le CSA autour d’un dispositif « My18Pass » destiné à vérifier l’âge de l’utilisateur via une carte bancaire.

Partager cet article

Dans la même thématique

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
8min

Politique

Avec le retrait du plaider-coupable en matière criminel, « Gérald Darmanin fait de la politique sur le dos des victimes », regrette la rapporteure du texte au Sénat

Suite au rejet du projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes en commission des lois de l’Assemblée nationale mercredi, Gérald Darmanin a annoncé le retrait complet du « plaider-coupable » criminel, l’un des dispositifs les plus polémiques de son texte. Une « déception » pour les rapporteurs du texte au Sénat.

Le

Le Sénat rejette le projet de loi de financement de la Sécurité sociale en nouvelle lecture
9min

Politique

Protection de l’enfance examinée au Sénat en octobre : « Le texte aurait mérité d’être inscrit avant », pointe la sénatrice centriste Dominique Vérien

Face à l’émoi suscité par l’affaire Lyhanna, le gouvernement va profiter de l’examen du texte sur la protection de l’enfance pour ajouter de nouvelles mesures. Le Sénat n’examinera pas le texte avant le 8 octobre. Trop tard, pour la centriste Dominique Vérien. La présidente de la commission des lois, Muriel Jourda, interroge surtout le recours à ce projet de loi. « Réagir par un texte sans lien avec l’affaire Lyhanna revient à faire de la loi un outil de communication », pointe la sénatrice LR.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
6min

Politique

Affaire Lyhanna : la proposition d’une peine de perpétuité pour les violeurs en série, laisse perplexe le monde judiciaire

A l’issue d’une réunion de crise avec plusieurs ministres sur les dysfonctionnements qui ont conduit à l’affaire Lyhanna, le chef du gouvernement Sébastien Lecornu a proposé de renforcer les peines pour les violeurs en série sur mineurs, qui pourront encourir la perpétuité au lieu de 20 ans actuellement. La proposition est difficilement applicable pour les magistrats et avocats.

Le