Porno : quand le lobby du X fait du pied aux sénateurs
C’est un lobbying peu commun, dont plusieurs sénateurs ont fait l’objet. Dans le cadre de l’examen du budget, l’industrie française du porno a tenté, en vain, de proposer un amendement pour revenir sur la hausse d’une taxe décidée par le gouvernement.

Porno : quand le lobby du X fait du pied aux sénateurs

C’est un lobbying peu commun, dont plusieurs sénateurs ont fait l’objet. Dans le cadre de l’examen du budget, l’industrie française du porno a tenté, en vain, de proposer un amendement pour revenir sur la hausse d’une taxe décidée par le gouvernement.
François Vignal

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De mémoire de sénateur, c’est sûrement une première fois. Le Parlement, qui vote la loi, est l’attention de tous les lobbies. Grandes entreprises, filières professionnelles, ONG… Mais pour le coup, c’est une industrie plus inattendue qui a tenté de faire passer un amendement dans le cadre de l’examen du très sérieux projet de loi de finances (PLF) 2020. Ce secteur, c’est le porno. Oui, l’industrie pornographique française.

« Ça va rendre les choses très compliquées pour l’industrie française du porno »

L’histoire commence presque comme un polar. Mardi soir, un sénateur reçoit un appel d’un numéro inconnu sur son portable. Il est 21 heures passées. Au bout du fil, un homme se présente. Objet de son appel : la hausse d’une taxe en faveur du CNC (Centre national du cinéma). L’article 62 du PLF a en effet pour objectif d’harmoniser le taux des taxes affectées au CNC. Pour les « œuvres à caractère pornographique », le texte prévoit au passage de porter le taux de la taxe sur la diffusion en vidéo physique et en ligne de contenus audiovisuels (appelée aussi « taxe You Tube » ou « Netflix ») de 10 à 15%.

Ce sont les vidéos en ligne qui sont concernées. « Les éditeurs Français ont d’énormes difficultés par rapport à la concurrence des plateformes illégales ou étrangères, comme Youporn, qui ne respectent aucune règle. Les derniers éditeurs Français ont mis des règles très drastiques pour que des mineurs ne puissent accéder à leurs sites » fait valoir ce vendredi un proche du secteur, qui assure que cette hausse « va rendre les choses très compliquées pour les derniers opérateurs vertueux, pour l’industrie française du porno ». La vertu au service du porno, qui l’eût cru. Parmi les principaux acteurs visés, on trouve évidemment Marc Dorcel.

« Ça nous a fait la journée »

L’un des sénateurs qui a reçu l’appel s’en amuse. « Ce n’est pas banal » confie cet élu de droite, encore tout retourné. L’intéressé se rend compte le lendemain qu’il n’est pas le seul à avoir été contacté. « J’en ai parlé mercredi matin en séance et là, tout le monde dit "moi aussi". Ça nous a fait la journée. Et ça nous a fait rire » se marre ce sénateur. Le lobby du porno a bien tenté de faire du pied à plusieurs membres de la Haute assemblée. « Ils ont fait un appel tous azimuts, sur tous les bancs, les différents groupes, pour essayer de faire déposer un amendement pour essayer de faire modifier le texte » raconte-t-on. Notre sénateur ajoute :

« Je ne suis pas considéré comme un garçon très influençable par les lobbies. En raccrochant j’en ai parlé à ma femme, ça l’a fait rire. Et il n’y a pas eu proposition de week-end gratuit… »

Ces tentatives de faire modifier la loi ont toutes été vaines. Aucun n’amendement n’a été déposé. L’industrie du porno a visiblement moins d’appuis au Parlement que d’autres secteurs. Il faut dire qu’il n’est pas évident de déposer un amendement sur le sujet, et encore moins de le défendre. Sans parler de la place et de la symbolique pour les femmes dans les films classés X.

Reste qu’un relais du porno made in France regrette encore que « cette hausse soit passée complètement inaperçue sur le PLF ». Aucun amendement n’ayant donc été déposé, on ne saura jamais s’il aurait fait l’objet d’une demande de retrait.

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