Portable à l’école: « signal » ou loi « cosmétique », l’interdiction votée à l’Assemblée
Fini les portables à l'école et au collège à la rentrée prochaine: l'Assemblée nationale a adopté jeudi une proposition de loi LREM reprenant...

Portable à l’école: « signal » ou loi « cosmétique », l’interdiction votée à l’Assemblée

Fini les portables à l'école et au collège à la rentrée prochaine: l'Assemblée nationale a adopté jeudi une proposition de loi LREM reprenant...
Public Sénat

Par Charlotte HILL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Fini les portables à l'école et au collège à la rentrée prochaine: l'Assemblée nationale a adopté jeudi une proposition de loi LREM reprenant une promesse de campagne d'Emmanuel Macron, mais "cosmétique" pour les oppositions.

Après 4H30 de débat, le texte a été adopté à main levée, soutenu par LREM, MoDem et UDI-Agir. Tous les autres groupes ont dénoncé son "inutilité", voire une "tartufferie" (LR).

Le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer a défendu "une loi du XXIe siècle" qui envoie "un signal à la société française sur cet enjeu de société", en prévoyant une "interdiction effective" des portables.

"Etre ouvert aux technologies du futur ne signifie pas que nous devons les accepter dans tous les usages", a-t-il plaidé, listant les "mauvais usages" tels que cyber-harcèlement, consultation de sites pornographiques, addiction aux écrans...

S'il a reconnu que l'interdiction est déjà "dans les faits possible", cet ex-directeur général de l'enseignement scolaire auprès du ministre de droite Luc Chatel de 2009 à 2012, a fait valoir que son effectivité "n'est pas assurée".

Le code de l'éducation interdit, depuis la loi du 12 juillet 2010, les portables "durant toute activité d'enseignement et dans les lieux prévus par le règlement intérieur". Mais le ministre a défendu le besoin "d'une base juridique beaucoup plus solide".

Le texte LREM entend interdire l'usage de tout objet connecté dans les écoles et collèges, avec des exceptions "pour des usages pédagogiques" ou les enfants handicapés. Les activités extérieures, comme le sport, seront aussi concernées pour les quelque 8,5 millions d'élèves du public.

Le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer le 6 juin 2018
Le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer le 6 juin 2018
AFP

"Nous passons d'un principe d'autorisation, sauf là où c'est interdit, à un principe d'interdiction", a résumé le président de la commission des Affaires culturelles et de l'Education Bruno Studer (LREM), ex-professeur d'histoire-géo.

Les chefs d'établissements, pour qui la mesure est utile à défaut d'être un "big bang", auront à décider des modalités de mise en oeuvre (lieux, conditions).

Alors que près de neuf jeunes sur dix de 12 à 17 ans (86%) possèdent un smartphone, la rapporteure Cathy Racon-Bouzon (LREM) a insisté sur le fait qu'"en pratique" la disposition n'est appliquée que dans "la moitié" des établissements, plusieurs élus de la majorité vantant "un droit à la déconnexion" pour les enfants.

- "Gadget" -

Mais les groupes d'opposition sont montés au créneau contre un texte revenant, à leurs yeux, à "enfoncer des portes ouvertes".

Voulant traduire "coûte que coûte" les promesses de campagne du président, la majorité s'est engagée "dans une pure opération de communication", a dénoncé l'ex-prof de maths Frédéric Reiss (LR). Son collègue Patrick Hetzel, ancien directeur de l'enseignement supérieur auprès de Valérie Pécresse, a dénoncé "un simulacre" et une "belle tartufferie".

A gauche aussi, Michèle Victory (PS) a épinglé un "changement purement cosmétique", Sabine Rubin (LFI) un "gadget". Les communistes ont jugé le texte "absurde", l'ex-ministre Marie-George Buffet soulignant que "l'outil existe" et que le problème est dans son application.

Dans un communiqué, la FCPE, première fédération des parents d'élèves, a fustigé "un texte qui n’apporte rien" et "ne comporte aucun volet pédagogique, aucun volet d’éducation aux usages du numérique".

"Certains essayent de nous dire que cette loi est inutile", a répliqué le ministre, mais "allez sur une plage où il est interdit de se baigner sauf quand c'est autorisé, ou une plage où il est autorisé de se baigner sauf quand c'est interdit. Vous verrez que vous ne vous baignerez pas avec la même fréquence", a-t-il affirmé, récusant le reproche d'"une loi pour les apparences".

Le texte, qui prévoit aussi de renforcer la formation des élèves à un "usage responsable" du numérique, a pratiquement été inchangé dans l'hémicycle. Un amendement LREM a néanmoins inscrit dans la loi la possibilité pour le personnel enseignant de confisquer les portables.

Les élus du groupe majoritaire, qui avaient envisagé d'étendre l'interdiction du portable aux personnels et enseignants, ont fait machine arrière, M. Blanquer ayant jugé que ce ne serait "pas opportun", notamment pour éviter des "effets pervers" en termes de sécurité.

Partager cet article

Dans la même thématique

Portable à l’école: « signal » ou loi « cosmétique », l’interdiction votée à l’Assemblée
5min

Politique

Loi anti fast-fashion : le Sénat adopte définitivement le texte pénalisant les produits Shein et Temu

Les sénateurs ont définitivement adopté, lundi, la proposition de loi anti fast-fashion, après un accord en commission mixte paritaire pour ne cibler que les plateformes chinoises. Les vêtements de Shein, Temu et AliExpress se verront désormais infliger une pénalité financière. Comme à l’Assemblée, la gauche s’est en partie abstenue, regrettant que le texte délaisse les dérives plus larges de l’industrie textile en Europe.

Le

Photo illustration bois de sapin pour le chauffage
6min

Politique

Climat : les forêts françaises, « puits de carbone » en danger, alerte l'ONG Canopée

Dans un rapport publié ce lundi, l'association de protection des forêts Canopée pointe la réduction de la surface des forêts françaises, puits de carbone qui compensent les émissions de CO2, et indispensables à l'objectif de neutralité carbone à horizon 2050. Une hausse des prélèvements de bois qui s'explique notamment par une hausse des usages énergétiques.

Le

FREE CHRISTOPHE GLEIZES
7min

Politique

Christophe Gleizes, 1 an en prison : « Nous réfléchissons à entrer dans une phase plus offensive de la campagne pour sa libération »

Christophe Gleizes, journaliste sportif de 37 ans, est détenu en Algérie depuis un an. Il a été condamné le 29 juin 2025 à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme » avec mandat de dépôt. Ce lundi, RSF réitère son appel à une « libération immédiate ». Thibaut Bruttin, directeur général de l’organisation qui chapeaute le comité de soutien du journaliste sportif, fait un point pour Public Sénat sur la situation.

Le

Portable à l’école: « signal » ou loi « cosmétique », l’interdiction votée à l’Assemblée
4min

Politique

Loi agricole : le gouvernement s'opposera à la réintroduction de l'acétamipride, « mais souhaite que le débat puisse avoir lieu dans un cadre parlementaire dédié », indique Mathieu Lefèvre

Invité de la matinale de Public Sénat, « Bonjour Chez Vous », le ministre délégué chargé de la transition écologique, Mathieu Lefèvre, a rappelé la position du gouvernement sur la réintroduction à titre dérogatoire de deux produits phytosanitaires, l'acétamipride et le flupyradifurone, des insecticides interdits en France mais autorisés ailleurs en Europe, que les sénateurs souhaitent mettre en place dans le projet de loi d'urgence agricole dont l'examen démarre ce lundi au Sénat.

Le