Pour Alain Badiou : « Emmanuel Macron est l’auteur d’un coup d’État démocratique »
Alors que la folle campagne présidentielle a récemment pris fin, un goût d’inattendu subsiste. Il y a un an, nombreux étaient ceux qui prêtaient à Emmanuel Macron de grandes ambitions. Mais peu auraient alors parié sur la victoire de l’actuel locataire de l’Élysée. De meetings en débats, Emmanuel Macron a imposé la figure de l’homme présidentiel et du renouveau politique. Comment s’explique alors le coup de force de ce petit prince devenu mutant ? Véritable dynamiteur du gouvernement ou apparatchik du système ? Retour sur cette ascension fulgurante avec deux invités renommés dans Un Monde en docs.

Pour Alain Badiou : « Emmanuel Macron est l’auteur d’un coup d’État démocratique »

Alors que la folle campagne présidentielle a récemment pris fin, un goût d’inattendu subsiste. Il y a un an, nombreux étaient ceux qui prêtaient à Emmanuel Macron de grandes ambitions. Mais peu auraient alors parié sur la victoire de l’actuel locataire de l’Élysée. De meetings en débats, Emmanuel Macron a imposé la figure de l’homme présidentiel et du renouveau politique. Comment s’explique alors le coup de force de ce petit prince devenu mutant ? Véritable dynamiteur du gouvernement ou apparatchik du système ? Retour sur cette ascension fulgurante avec deux invités renommés dans Un Monde en docs.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Emmanuel Macron porte un programme politique et économique libéral tout en soulignant l’importance de l’État et de la puissance publique. L’autre de ses prétentions est une forme de dégagisme inscrite dans l’ambition du renouvellement des élites à distance des partis. Finalement, cet atypisme semble avoir séduit une part des citoyens qui l’ont hissé au rang de président. Mais comment expliquer l’éligibilité du « label Macron » ?

La « Macronie »

Alain Badiou trouve des similitudes entre E. Macron et Napoléon III
00:52

Alain Badiou, philosophe et militant de gauche, choisit la formule de « coup d’État démocratique » pour qualifier l’« affaire Macron ». Il explique ce terme, certes accrocheur mais largement assimilé à un pouvoir autoritaire, voire absolutiste :

« Naturellement, il y a toujours dans le coup d’État un élément de surprise  […]. Il y a un certain temps, il était très peu probable que ce coup réussisse […]. Par coup d’État, j’entends que le cœur de la question est de s’emparer du pouvoir d’État, même si cela reste fondamentalement un processus politique […]. Le mot  coup d’État ne contient pas, par lui-même, quelque chose d’antidémocratique, précise-t-il.

Autrement dit, la figure d’Emmanuel Macron est tout aussi autoritaire que légitime.  

Pour autant, Olivier Mongin, ancien directeur de la revue Esprit où il a rencontré Emmanuel Macron, réprouve le terme de « coup d’État » qui entretient l’idée d’usurpation du pouvoir. Pour lui, le règne Macron ne signe pas la fin de la démocratie. Au contraire, le président s’est pleinement inscrit dans le processus démocratique.
Pour celui qui voit en Emmanuel Macron « une bête politique », ce qui est intéressant c’est l’analyse des circonstances de ce succès. Il précise en effet, qu’Emmanuel Macron se présente au moment même où le désarroi est total et les deux partis traditionnels en dilution. Selon lui, le président français est « biface ». Au départ, note-t-il, « il vote pour Jean-Pierre Chevènement donc c’est un souverainiste, un étatiste. Et quand il rencontre Paul Ricœur à la revue Esprit, il est plutôt pour Michel Rocard ». En d’autres termes, les circonstances de décomposition des institutions étatiques classiques ont laissé place aux aspirations de cet ancien banquier d’affaires, profane en politique.  

Alain Badiou s’accorde à dire que la gauche s’est dissoute :

«  Il y a une fatigue évidente du dispositif politique dominant dont à mon avis, la clé a été le dépérissement de la gauche comme premier facteur. En plus d’un désenchantement de la gauche, on note une absence de proposition véritable et la création d’un régime où il est d’autant plus probable de voir surgir  quelqu’un qui n’est ni droite ni de gauche, d’autant que la différence entre les deux est devenue imperceptible ».  

Mais celui que l’on a présenté comme le « Kennedy français » incarne-t-il un vrai renouveau ? Ce jeune candidat, aux dents blanches et longues, peut-il revisiter le bipartisme pour créer un centre dynamique ? Aux yeux d’Alain Badiou, un autre candidat avait déjà tenté cette fusion :

« Nicolas Sarkozy était le seul qui tentait avec ses moyens propres  d’en finir avec le gaullo-communisme. Mais il était trop capricieux, incertain et voyou pour mener cette tâche à bien et il s’est discrédité progressivement. Je pense, en effet, qu’Emmanuel  Macron est un relais de Sarkozy même si c’est une figure opposée à certains égards notamment dans la posture de bon élève ».

Mais plus que la volonté affirmée de bouger les structures politiques, il s’agit davantage d’une nécessité pour les chefs d’États actuels. Le mode de gouvernement doit, de fait, s’adapter aux évolutions du monde. Comme le rappelle Olivier Mongin, " nous vivons un moment historique qui n’est ni celui de Jean Lecanuet ni celui de Sarkozy. C’est celui de la mondialisation ". L’idée seule du changement ne pourra dès lors séduire éternellement, désormais, il faut convaincre. Mais à en croire Olivier Mongin,  « Emmanuel Macron sait prendre les opportunités et sait aussi que le fait de garder le pouvoir est plus difficile que de le conquérir […] ».

Le nouveau « président jupitérien », selon sa propre désignation, doit désormais convaincre ceux qui lui ont donné forme au risque de se voir devenir poussière.

 

Retrouvez le débat sur le " phénomène Macron " dans l'émission Un monde en docs  le samedi 24 juin à 22h, le dimanche 25 juin à 9h et le dimanche 2 juillet à 18h sur Public Sénat.

 

Pour aller plus loin :

L’Irrésistible ascension. Les dessous d’une présidentielle insensée. Macron, Le Pen, Fillon, Mélenchon, Hollande, Juppé, Sarkozy, Valls. de  Soazig QUEMENER et Alexandre DUYCK, éd. Flammarion, 2017

L’ambigu Monsieur Macron, de Marc ENDEWELD, éd.  Flammarion, 2015

Macron par macron, d’Eric FOTTORINO,  le Un, éd. L’Aube, 2017

Emmanuel Macron. Les coulisses d’une victoire de François-Xavier BOURMAUD,  éd. L’Archipel, 2017

Emmanuel Macron, un jeune homme si parfait, d’Anne FULDA, éd. Plon, 2017

Révolution. C’est notre combat pour la France. d’Emmanuel MACRON, éd. Xo, 2016

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Pour Alain Badiou : « Emmanuel Macron est l’auteur d’un coup d’État démocratique »
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le