Pour Emmanuel Macron, Michel Barnier est dans « une continuité politique, ce n’est pas quelqu’un qui solde le bilan du macronisme », analyse Benjamin Morel

Invité de la matinale de Public Sénat, le constitutionnaliste Benjamin Morel a qualifié Michel Barnier comme s’inscrivant dans la « continuité » d’Emmanuel Macron, tout en prévenant que ce choix marquait aussi « la fin du jupitérisme ».
Camille Romano

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Le choix était prudent. Selon le constitutionnaliste Benjamin Morel, invité de Public Sénat, en nommant Michel Barnier, Emmanuel Macron conserve une certaine « capacité d’agir », mais aussi une « continuité politique ».

« Un Bernard Cazeneuve aurait, pour des raisons de composition de majorité, imposé une ligne qui n’était pas [celle d’Emmanuel Macron] sur des sujets fondamentaux », explique-t-il. Une personnalité comme Michel Barnier serait plus ouverte à une collaboration avec l’exécutif selon le constitutionnaliste : « A priori, il est d’accord pour un modus vivendi laissant du champ au Président de la République dans certains domaines réservés, peut-être un peu plus. » Mais c’est surtout leur proximité idéologique qui représente un grand avantage : « Ce qui sépare idéologiquement Michel Barnier d’Emmanuel Macron sur les grands dossiers signifiants pour Emmanuel Macron, notamment l’économie, ce n’est au final pas grand-chose. »

La fin du « jupitérisme »

Du point de vue d’Emmanuel Macron, avec Michel Barnier, « vous avez une continuité politique, ce n’est pas quelqu’un qui solde le bilan du macronisme », indique Benjamin Morel. Il va plus loin : « Ce n’est pas quelqu’un qui dit justement ‘le macronisme en lui-même était une parenthèse, là je ferme cette parenthèse et je mène une politique nouvelle’.» Un choix dans la continuité, qui se veut marqueur de stabilité, dans la mesure où il a été entériné par les forces politiques qui formeraient une coalition pour l’observateur de la vie politique : « Et qui plus est, il y avait 5 personnalités qui n’ont pas mis de veto : François Bayrou, Edouard Philippe, Laurent Wauquiez, Gabriel Attal et Marine Le Pen… Ce qui permet aujourd’hui la stabilité. » Une stabilité toute relative, comme il le nuance aussitôt, dans la mesure où ces leaders politiques ont tous les yeux sur l’Elysée.

Si ce choix est un marqueur de continuité, il est paradoxalement le signe de la « fin du jupitérisme » selon Benjamin Morel. « Le vrai patron d’un gouvernement dans un régime parlementaire, et nous sommes un régime parlementaire, c’est l’Assemblée nationale », amorce l’universitaire, où le Premier ministre et le Président seront constamment sous la menace d’une motion de censure. « La présidence impériale qui dit « je veux » et le Parlement qui dit « Oui, Monsieur le président », c’est terminé. Et peut-être pour longtemps : parce que dans la configuration parlementaire que nous sommes en train de trouver, nous n’aurons peut-être pas dans un an ou dans trois ans à nouveau de majorité absolue et pléthorique. »

« L’après-Macron » a commencé

Pourtant, Benjamin Morel voit deux voies pour le couple Elysée/Matignon, « une fois que le gouvernement sera nommé », car Michel Barnier a besoin de l’aval d’Emmanuel Macron pour constituer son équipe. « On peut avoir un jeu, pour l’instant imprédictible, entre soit une alliance Assemblée-Barnier, soit une bonne entente avec le Président de la République ». Le nouveau Premier ministre pourrait ainsi s’appuyer sur l’Assemblée nationale « avec un Gabriel Attal qui voudrait solder le bilan du macronisme et dire « on tourne la page et donc ce faisant, nous soutenons Barnier contre l’Elysée », prévoit Benjamin Morel.

C’est le signe pour le constitutionnaliste de l’entrée dans « l’après-Macron » à l’Assemblée Nationale : « Emmanuel Macron ne peut pas représenter l’avenir pour ces députés, parce qu’il ne peut pas se représenter. L’avenir, comment s’appelle-t-il pour ces députés ? Il s’appelle Bayrou, Philippe, Wauquiez, qui vous voulez, mais pas Macron. La majorité se composait déjà de chapelles avant la dissolution, maintenant, la course est lancée. » Alors qu’Edouard Philippe vient d’annoncer sa candidature à la présidentielle de 2027, la guerre de succession ne fait que commencer.

Partager cet article

Dans la même thématique

Pour Emmanuel Macron, Michel Barnier est dans « une continuité politique, ce n’est pas quelqu’un qui solde le bilan du macronisme », analyse Benjamin Morel
7min

Politique

Présidentielle 2027 : pourquoi l’élection française inquiète déjà les Européens

À huit mois de la présidentielle française, Bruxelles scrute déjà avec inquiétude les propositions des principaux candidats. Budget européen, primauté du droit de l’UE, dette, soutien à l’Ukraine... l’éventualité d’une victoire du RN ou de Jean-Luc Mélenchon alimente les craintes. Au point de transformer la France en maillon faible de l'UE ? Ici l'Europe ouvre le débat, avec les eurodéputés Daniel Freund (Allemagne, Les Verts), Charles Goerens (Luxembourg, Renew Europe) et Andras Laszlo (Hongrie, Patriotes pour l’Europe).

Le

Paris : Francois Bayrou recoit l l UDI
7min

Politique

« Pas à la hauteur » : le coup de gueule d’Hervé Marseille, après le soutien de Bruno Retailleau à Valérie Boyer pour les sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône

Ça chauffe dans les Bouches-du-Rhône, où le soutien du président de LR, Bruno Retailleau, à la liste de la sénatrice LR Valérie Boyer, reste au travers de la gorge de son homologue de l’UDI, le sénateur Hervé Marseille. Car les LR ont apporté leur investiture à une autre liste, celle de la sénatrice UDI Brigitte Devésa et de Renaud Muselier, membre de Renaissance. Gérard Larcher devrait se rendre sur place la semaine prochaine pour soutenir cette liste. Un imbroglio qui divise un peu plus la droite sur place. Explications.

Le

NANTES:Franco-German summit in Nantes
8min

Politique

« Une épouvantable tragédie » : le tandem Chirac-Jospin face au 11 septembre 2001

Vingt-cinq ans après, les images sont restées intactes. Le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis étaient frappés par les attentats d’Al-Qaida, Jacques Chirac se trouvait à Rennes et Lionel Jospin à Matignon. A sept mois de l’élection présidentielle, et dans un contexte de cohabitation, les deux têtes de l’exécutif français ont dû organiser, dans l’urgence, la réponse d’un pays qui n’était pas directement attaqué mais qui avait déjà été confronté à plusieurs vagues d’attentats sur son propre territoire.

Le