Pour Emmanuel Macron, Michel Barnier est dans « une continuité politique, ce n’est pas quelqu’un qui solde le bilan du macronisme », analyse Benjamin Morel

Invité de la matinale de Public Sénat, le constitutionnaliste Benjamin Morel a qualifié Michel Barnier comme s’inscrivant dans la « continuité » d’Emmanuel Macron, tout en prévenant que ce choix marquait aussi « la fin du jupitérisme ».
Camille Romano

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Le choix était prudent. Selon le constitutionnaliste Benjamin Morel, invité de Public Sénat, en nommant Michel Barnier, Emmanuel Macron conserve une certaine « capacité d’agir », mais aussi une « continuité politique ».

« Un Bernard Cazeneuve aurait, pour des raisons de composition de majorité, imposé une ligne qui n’était pas [celle d’Emmanuel Macron] sur des sujets fondamentaux », explique-t-il. Une personnalité comme Michel Barnier serait plus ouverte à une collaboration avec l’exécutif selon le constitutionnaliste : « A priori, il est d’accord pour un modus vivendi laissant du champ au Président de la République dans certains domaines réservés, peut-être un peu plus. » Mais c’est surtout leur proximité idéologique qui représente un grand avantage : « Ce qui sépare idéologiquement Michel Barnier d’Emmanuel Macron sur les grands dossiers signifiants pour Emmanuel Macron, notamment l’économie, ce n’est au final pas grand-chose. »

La fin du « jupitérisme »

Du point de vue d’Emmanuel Macron, avec Michel Barnier, « vous avez une continuité politique, ce n’est pas quelqu’un qui solde le bilan du macronisme », indique Benjamin Morel. Il va plus loin : « Ce n’est pas quelqu’un qui dit justement ‘le macronisme en lui-même était une parenthèse, là je ferme cette parenthèse et je mène une politique nouvelle’.» Un choix dans la continuité, qui se veut marqueur de stabilité, dans la mesure où il a été entériné par les forces politiques qui formeraient une coalition pour l’observateur de la vie politique : « Et qui plus est, il y avait 5 personnalités qui n’ont pas mis de veto : François Bayrou, Edouard Philippe, Laurent Wauquiez, Gabriel Attal et Marine Le Pen… Ce qui permet aujourd’hui la stabilité. » Une stabilité toute relative, comme il le nuance aussitôt, dans la mesure où ces leaders politiques ont tous les yeux sur l’Elysée.

Si ce choix est un marqueur de continuité, il est paradoxalement le signe de la « fin du jupitérisme » selon Benjamin Morel. « Le vrai patron d’un gouvernement dans un régime parlementaire, et nous sommes un régime parlementaire, c’est l’Assemblée nationale », amorce l’universitaire, où le Premier ministre et le Président seront constamment sous la menace d’une motion de censure. « La présidence impériale qui dit « je veux » et le Parlement qui dit « Oui, Monsieur le président », c’est terminé. Et peut-être pour longtemps : parce que dans la configuration parlementaire que nous sommes en train de trouver, nous n’aurons peut-être pas dans un an ou dans trois ans à nouveau de majorité absolue et pléthorique. »

« L’après-Macron » a commencé

Pourtant, Benjamin Morel voit deux voies pour le couple Elysée/Matignon, « une fois que le gouvernement sera nommé », car Michel Barnier a besoin de l’aval d’Emmanuel Macron pour constituer son équipe. « On peut avoir un jeu, pour l’instant imprédictible, entre soit une alliance Assemblée-Barnier, soit une bonne entente avec le Président de la République ». Le nouveau Premier ministre pourrait ainsi s’appuyer sur l’Assemblée nationale « avec un Gabriel Attal qui voudrait solder le bilan du macronisme et dire « on tourne la page et donc ce faisant, nous soutenons Barnier contre l’Elysée », prévoit Benjamin Morel.

C’est le signe pour le constitutionnaliste de l’entrée dans « l’après-Macron » à l’Assemblée Nationale : « Emmanuel Macron ne peut pas représenter l’avenir pour ces députés, parce qu’il ne peut pas se représenter. L’avenir, comment s’appelle-t-il pour ces députés ? Il s’appelle Bayrou, Philippe, Wauquiez, qui vous voulez, mais pas Macron. La majorité se composait déjà de chapelles avant la dissolution, maintenant, la course est lancée. » Alors qu’Edouard Philippe vient d’annoncer sa candidature à la présidentielle de 2027, la guerre de succession ne fait que commencer.

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Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». 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