Pour Macron, le “modèle tunisien” ne doit pas “échouer”

Pour Macron, le “modèle tunisien” ne doit pas “échouer”

La France veut aider la Tunisie "comme on aide un frère ou une soeur", a affirmé jeudi le président français Emmanuel Macron à Tunis, en...
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Par Jérôme RIVET, Inès BEL AIBA

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La France veut aider la Tunisie "comme on aide un frère ou une soeur", a affirmé jeudi le président français Emmanuel Macron à Tunis, en appelant à doubler les investissements français dans ce pays à la transition démocratique "inédite" dans le monde arabe.

Au second jour de sa visite d'Etat, M. Macron n'a cessé d'insister sur la nécessité de soutenir le seul pays où le Printemps arabe de 2011 a fait naître la démocratie.

La Tunisie a une "immense responsabilité" parce que "le monde arabe, le Maghreb, toutes les rives de la Méditerranée vous (...) regardent faire et ont besoin de vous voir réussir", a-t-il lancé devant le Parlement. "Si vous échouez, nous échouons aussi".

Or "le défi qui est le vôtre aujourd'hui, c'est de transformer ce printemps culturel et démocratique en printemps politique, économique et social" afin que "cette réussite puisse changer la vie des Tunisiennes et des Tunisiens, fasse mieux vivre les classes moyennes comme les classes populaires", a-t-il ajouté.

Le président français Emmnuel Macron et le ministre tunisien de la Défense, Abdelkarim Zebidi, devant le monument des martyrs de l'indépendance, le 1er février 2018 à Tunis
Le président français Emmnuel Macron et le ministre tunisien de la Défense, Abdelkarim Zebidi, devant le monument des martyrs de l'indépendance, le 1er février 2018 à Tunis
POOL/AFP

La tâche est immense, comme l'a montré la récente vague de protestations contre l'austérité et la vie chère qui a touché plusieurs villes tunisiennes début janvier.

Des représentants de la société civile ont regretté de ne pas avoir été entendus. Pour Alaa Talbi, de l'ONG Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux, les propos de M. Macron sur l'état de droit en Tunisie montrent qu'il n'a pas entendu les sonnettes d'alarme sur "le retour de la répression policière, les problèmes de l'acharnement contre les journalistes (...), les arrestations arbitraires" lors des troubles.

- 'Pleine mobilisation' -

Les responsables tunisiens, au premier rang desquels le président Béji Caïd Essebsi, ont de leur côté appelé à un soutien économique plus affirmé, notamment en termes de conversion de dette.

M. Macron a estimé que le doublement des investissements français sur l'ensemble du quinquennat était un objectif "possible à atteindre". "J'attends la pleine mobilisation des entreprises", a-t-il dit lors d'un forum économique à Tunis auquel participaient une centaine d'entrepreneurs français.

Le président français Emmanuel Macron dans la médina de Tunis le 1er février 2018
Le président français Emmanuel Macron dans la médina de Tunis le 1er février 2018
POOL/AFP

"Nombre d'entreprises ont déjà confirmé leur volonté d'investir", a-t-il ajouté, en présence notamment des patrons des groupes de télécommunications Orange, Stéphane Richard, et Iliad, Xavier Niel.

En plus du plan d'aide de 1,2 milliard d'euros sur la période 2016-2020, M. Macron a annoncé un fonds de 50 millions d'euros sur trois ans destiné aux jeunes entrepreneurs créant de l'emploi.

L'économie tunisienne a souffert de l'instabilité qui a suivi la révolution de 2011, et le chômage et la misère ayant largement provoqué cette révolte persistent. Un tiers des jeunes diplômés est sans emploi.

- 'Grande humilité' -

Pendant cette visite dans un ancien protectorat français, Emmanuel Macron a assuré s'exprimer "avec humilité".

"Je ne sais pas s'il peut y avoir une politique arabe de la France et j'aurai sur ce point une très grande humilité", a dit le chef de l'Etat français dans un discours de près d'une heure au Parlement.

Selon lui, "l'erreur est de penser qu'on peut construire une politique arabe hors du monde arabe. Ça ne marche pas".

Photo de Brigitte Macron lors de la visite de la villa du couturier Azzedine Alaïa, le 1er février 2018 à Sidi Bou Saïd, près de Tunis
Photo de Brigitte Macron lors de la visite de la villa du couturier Azzedine Alaïa, le 1er février 2018 à Sidi Bou Saïd, près de Tunis
AFP

M. Macron a aussi critiqué "ceux qui ont pensé qu'on pouvait destituer des dirigeants ici ou là" ainsi que "ceux qui croient qu'on peut régler des conflits à des milliers de kilomètres (...), qu'on peut régler de l'autre côté de l'Atlantique le conflit israélo-palestinien".

La paix entre Israéliens et Palestiniens "n'est possible que s'il y a la reconnaissance de deux Etats libres avec chacun comme capitale Jérusalem", a-t-il dit.

Interrogé par la télévision tunisienne privée El Hiwar Ettounsi sur l'appel de nombreux jeunes Tunisiens à faciliter la mobilité vers la France, M. Macron a affirmé qu'"il ne faut pas penser qu'il y aurait quelque part un nirvana. Ça n'existe pas".

Ces jeunes, "je leur dirais d'abord +qu'est-ce que vous voulez faire de votre vie?+ Parce que si on dit +je veux un visa, je veux un visa comme si l'avenir, le Graal étaient de l'autre côté de la Méditerranée, c'est un rapport très malsain pour tout le monde", a-t-il jugé.

"La France doit être là et sera là parce que la France aime le Maghreb et la Tunisie, mais elle ne peut pas promettre tout et n'importe quoi parce que c'est comme ça qu'elle fait des gens malheureux", a-t-il ajouté en rappelant que Paris souhaitait développer des projets communs en matière d'enseignement, comme l'université tuniso-française pour la Méditerranée et l'Afrique, devant prochainement ouvrir à Tunis.

M. Macron, qui a déambulé dans la médina dans l'après-midi, s'est ensuite envolé vers le Sénégal pour une autre visite d'Etat.

Présente à Tunis, son épouse Brigitte a visité le musée du Bardo -théâtre d'une des attaques jihadistes ayant ensanglanté le pays en 2015- avant de se rendre dans la villa du couturier Azzedine Alaïa, récemment décédé.

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