Headquarters of the office of Eric Ciotti, President of  ‘Les ReÃ’publicains’ in Nice.
Headquarters of the office of Eric Ciotti, President of the political party "Les RÃ'publicains", Member of Parliament for the first constituency of Alpes-Maritimes in the port of Nice. South of France.//FRANCOISGLORIESCOM_Sipa.31038/Credit:Francois Glories/SIPA/2406122011

Pourquoi les LR vont exclure Eric Ciotti de la présidence du parti… une troisième fois ?

Alors que la justice a suspendu l’exclusion d’Eric Ciotti de la présidence des LR, les responsables du parti, opposés à l’alliance avec le RN, ont organisé la convocation d’un troisième bureau politique pour « effacer les vices de forme » et éviter toute contestation. Le rattachement financier des candidats aux législatives, autre enjeu, réserve aussi quelques surprises, renforçant la confusion chez les LR.
François Vignal

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Combien faudra-t-il de bureaux politiques pour déloger Eric Ciotti de la présidence des LR ? Alors que les candidats aux élections législatives doivent batailler dans une campagne électorale ultra courte de douze jours, le feuilleton judiciaire sur la présidence des LR n’est pas clos. Une certaine confusion règne au point qu’on ne sait toujours pas définitivement si Eric Ciotti est exclu de la présidence des LR ou pas.

Pour tenter d’arrêter là cette mauvaise blague, les responsables des LR opposés à l’aventure du député des Alpes-Maritimes, qui a annoncé sans consulter personne une alliance avec le RN, organisent la convocation d’un troisième bureau politique pour exclure l’élu de Nice, comme le racontait ce matin Politico dans sa newsletter. Pour rappel, un premier bureau politique, convoqué à la hâte la semaine dernière, a exclu Eric Ciotti de la présidence des LR, avant qu’un second ne le fasse à nouveau par visio vendredi matin. Histoire de s’assurer une meilleure assise juridique à la décision, ce second bureau était convoqué à la demande d’un tiers des membres du conseil national des LR, comme le prévoient les statuts, ce que ne respectait pas le premier bureau (l’autre possibilité étant que le président du parti convoque le bureau).

Entre temps, le juge des référés, saisi par Eric Ciotti, a invalidé son exclusion de la présidence du parti. Une invalidation temporaire car il ne s’agit que d’une mesure d’urgence. Seule une juridiction de fond pourra trancher définitivement le différent. Elle doit être saisie sous huit jours, sans quoi, Eric Ciotti sera bien exclu. Le député devrait sans surprise le faire.

« Le troisième bureau politique clôturera cette affaire » soutient Daniel Fasquelle, trésorier des LR

« On a d’abord envoyé un signal politique immédiat, puis on a eu une procédure en urgence, avant la date limite du dépôt des listes dimanche. Là, il s’agit de respecter parfaitement les formes qui prévoient que le président du mouvement, lorsqu’il est saisi par un quart du Conseil national, a huit jours pour convoquer le bureau politique. Et s’il ne le convoque pas, le bureau se convoque lui-même », explique l’entourage d’un des chapeaux à plumes des LR, bien décidé à en finir avec Eric Ciotti.

Avec cette nouvelle tentative, on comprend qu’il s’agit de « mettre ceinture et bretelles » comme dit un LR. « On réunit un troisième bureau politique qui efface les vices de forme qui ont pu être soulevés par Eric Ciotti et ses avocats. Donc le troisième bureau politique clôturera cette affaire, avec le respect des huit jours, la convocation par un tiers du bureau national », soutient Daniel Fasquelle, trésorier des LR, qui précise que « les choses sont enclenchées » en vue de ce bureau politique a priori final.

« Même si la justice lui donne raison, il est seul »

Les LR-canal historique ont-ils bon espoir d’avoir gain de cause devant le juge ? Pour le trésorier du parti, cela ne fait pas de doute. « La justice ne donnera pas raison à Eric Ciotti. Il faut que les choses soient claires. Il a violé les statuts. Il a un pouvoir de nuisance, il peut gagner du temps mais il ne pourra pas, à la fin, gagner ce bras de fer. Il ne peut pas réorienter seul la ligne politique de notre parti », affirme Daniel Fasquelle. Le maire du Touquet-Paris-Plage se « refuse d’envisager » toute autre hypothèse.

Au pire, pour les LR anti-Ciotti, « même si la justice lui donne raison, il est seul. Tout le bureau politique, tous les cadres sont contre lui. Il ne peut pas faire un parti à lui tout seul. Il n’a pas tous les pouvoirs, on n’est pas en dictature. C’est un président de papier aujourd’hui », lance le sénateur LR des Pyrénées-Atlantiques, Max Brisson, qui ajoute : « Il y a le légalisme juridique et il y a la légitimité politique. Ce qui compte, c’est la légitimité politique ». Un conseiller LR, plutôt confiant sur l’issue, préfère cependant rester prudent : « On n’est jamais sûr de rien avec les juges. Mais je pense que ce sera à peu près carré ».

L’enjeu du financement public

Les conséquences de la nouvelle crise que traversent les LR sont multiples. Car derrière la bataille politique, derrière la bataille juridique, s’ajoute une troisième, financière, avec la question du financement public des partis politiques. Il compte deux dimensions : le nombre de voix au premier tour des législatives, pour les partis ayant obtenu au moins 1 % des voix dans au moins 50 circonscriptions. Et le nombre de parlementaires, chaque parlementaire pouvant se rattacher à un parti politique, ouvrant droit à l’autre part du financement par l’Etat.

Auprès de quel parti se sont donc déclarés en préfecture les 400 candidats investis par la commission d’investiture des LR, tenue par les LR anti Ciotti, et la soixantaine de candidats pro Ciotti favorables à l’alliance avec le RN ? Pour les premiers, « ils se sont rattachés dans leur immense majorité aux LR pour le financement public », explique Daniel Fasquelle, qui rappelle que « seule la CNI des LR peut investir des candidats, et que seuls les candidats investis peuvent utiliser le logo LR ». Ils bénéficieront par ailleurs d’un prêt de 5000 euros du parti pour la campagne.

« Il n’est pas sûr de son coup, il fabrique sa propre petite boutique » avec son micro parti « A droite, les amis d’Eric Ciotti »

Du côté du toujours président des LR, on semble avoir pris les devants, car « ils se sont rattachés au micro parti d’Eric Ciotti », selon le trésorier des LR, « ce qui est paradoxal car il se revendique comme étant président d’un parti, mais il demande à ses candidats de se rattacher à un autre parti que le parti dont il affirme être le président… C’est tout à fait étrange. Peut-être qu’il n’a pas si confiance que ça dans l’issue de ce qui se déroule. C’est bien la preuve qu’il a le comportement de quelqu’un qui est en dehors du parti, plutôt que dans le parti », relève Daniel Fasquelle.

Ce micro parti est enregistré auprès de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques sous le nom de « A droite, les amis d’Eric Ciotti », l’ADAEC. Autre signe qui montre que le nouvel allié du RN n’écarte pas une défaite sur tapis vert : les premières affiches des candidats le montrent lui, avec Jordan Bardella, et la mention « Républicains à droite » ou « candidat Républicain », histoire sûrement de se prémunir de toute attaque sur le plan judiciaire. « Cela veut dire qu’il n’est pas sûr de son coup, qu’il fabrique sa propre petite boutique », estime un LR.

Des candidats ont préféré se rattacher aux micros partis d’Aurélien Pradié et de David Lisnard

Effet – ou dommage – collatéral de cette nouvelle guerre des LR, certains profitent de la cacophonie ambiante pour nourrir leurs ambitions. Car le député Aurélien Pradié et le maire de Cannes, David Lisnard, ont demandé aux candidats proches d’eux de ne pas se déclarer candidat sous l’étiquette LR, mais au nom de leurs micros partis respectifs. « Ils ont fait ça pour se constituer une cagnotte », rage l’entourage d’un responsable LR.

Mais l’opération est un échec. « Effectivement, il y a quelques députés, qui vu le contexte, la décision de justice qui a suspendu l’exclusion d’Eric Ciotti, ont pu craindre qu’Eric Ciotti mette la main sur l’argent des LR. Certains ont pu cocher d’autres cases que celle des LR. Mais c’est tout à fait marginal », soutient Daniel Fasquelle. « Mais ce qui est dommageable, c’est qu’aucun de ces micros partis ne récupérera d’argent public, car ils n’ont pas rempli la condition des 50 circonscriptions différentes. Que ce soit Aurélien Pradié ou David Lisnard, ils sont loin des 50. Au total, ce n’est pas plus d’une trentaine de candidats. Donc c’est de l’argent perdu pour les LR, et pas d’argent gagné pour eux », pointe du doigt le trésorier, qui a « passé le week-end à alerter » les candidats tentés de choisir un autre rattachement sur « ce risque ».

Selon un membre des LR, le manque à gagner « va se traduire par une perte de 1,5 million d’euros par an pour LR ». Un chiffre invérifiable pour l’heure, en réalité. « C’est complètement faux. Car il faut regarder par rapport au nombre de voix en France, les voix que fera chaque candidat. On ne pourra faire le calcul qu’après coup », corrige Daniel Fasquelle.

« Il doit foutre le camp, et très vite ! Il se cramponne comme une moule à son rocher »

On voit que le parti, déjà largement affaibli après la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012, la guerre Copé-Fillon, l’affaire Fillon en 2017 et le cuisant échec de Valérie Pécresse en 2022, est de nouveau dans une tourmente dont il a le secret. « L’état du parti est catastrophique », résume un membre des LR.

Pour ne rien arranger, les électeurs risquent d’avoir du mal à s’y retrouver entre les différentes nuances de Républicains. « Cela crée la confusion. Il nous fait du mal », ajoute un parlementaire LR, qui enrage contre Eric Ciotti : « C’est pour ça qu’il doit foutre le camp, et très vite ! Il se cramponne comme une moule à son rocher. Mais il sera éjecté ». La moule n’est pourtant pas une spécialité de Nice. On est plus ici sur une drôle de salade niçoise.

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Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. 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