Précarité des AESH : une loi « hors sujet » pour le syndicat SNES-FSU
La proposition de loi pour lutter contre la précarité des AESH adoptée jeudi par le Parlement ne contente que très partiellement les associations et les syndicats. Elle ne résout ni le problème du salaire trop faible, ni celui du statut qui expliquent le manque d’attractivité de ce métier pourtant indispensable pour accompagner les élèves en situation de handicap.

Précarité des AESH : une loi « hors sujet » pour le syndicat SNES-FSU

La proposition de loi pour lutter contre la précarité des AESH adoptée jeudi par le Parlement ne contente que très partiellement les associations et les syndicats. Elle ne résout ni le problème du salaire trop faible, ni celui du statut qui expliquent le manque d’attractivité de ce métier pourtant indispensable pour accompagner les élèves en situation de handicap.
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Par Tam Tran Huy

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Ce jeudi, les sénateurs ont adopté une proposition de loi qui a pour objectif de lutter contre la précarité des AESH. Elle permet notamment aux accompagnants d’élèves en situation de handicap d’accéder plus rapidement au CDI : alors qu’aujourd’hui, ces accompagnants y accèdent au bout de deux CDD, soit 6 ans, ils pourront donc accéder au contrat à durée indéterminé au bout de 3 ans.

 

Un texte « hors sujet » ?

Bien insuffisant, « hors-sujet » pour le SNES-FSU, qui réclame un vrai statut de fonctionnaire et des hausses de salaire. « Cela ne règle quasiment aucune difficulté », estime Emmanuel Séchet, secrétaire général adjoint du syndicat : « La proposition de loi initiale a été complètement vidée de sa substance. Une fois de plus, le gouvernement fait l’impasse sur les vrais enjeux pour les AESH et ne traite pas le mal à la racine. »

Odile Baton, présidente de la Courte échelle, qui regroupe 20 associations qui travaillent pour l’accueil des enfants en situation de handicap à l’école, est moins sévère. « Tout ce qui va dans le sens de reconnaître cette mission comme un vrai métier va dans le bon sens. Cet accès plus rapide de 6 ans à 3 ans à la contractualisation en CDI va dans le bon sens. » reconnaît-elle. Mais elle aussi réclame plus : « Il faudrait même que cela prenne un an, comme pour les fonctionnaires qui sont titularisés au bout d’un an. »

 

Donner aux AESH un statut de fonctionnaire à temps complet

 

Un vrai statut, une vraie reconnaissance, on est loin du compte pour l’instant : les AESH sont très souvent employés à temps partiel : 24h, 26h/semaine, ce qui rend donc les rémunérations très faibles. Plusieurs pistes sont avancées. A La Courte échelle, on réclame que les mêmes AESH s’occupent des activités périscolaires des enfants. Le temps périscolaire est pris en charge par les collectivités : certains enfants changent d’accompagnant sur les temps périscolaires, à la cantine, ou après l’école. Certains n’ont même pas cette chance. « Nous avons été saisis du cas d’une maman qui doit faire de grandes distances à midi pour faire déjeuner son enfant » relate Odile Baton. « Il faudrait qu’on tranche : soit le temps scolaire et le temps périscolaire relèvent de l’Etat, soit on partage le financement entre Etat et collectivités mais il devrait y avoir une proximité pour qu’elles soient salariées 39h. »

Pour le SNES-FSU, il faut permettre aux AESH d’être reconnus comme des fonctionnaires exerçant à temps complet. Ce qui, selon le syndicat, représente à la fois un « obstacle idéologique et budgétaire » pour le gouvernement. Idéologique car « le fait de créer de nouveaux fonctionnaires leur donne des boutons » avance Emmanuel Séchet. « Sinon, on va continuer à avoir un turn-over énorme et on ne se met pas en situation d’accompagner les élèves. » Le SNES-FSU réclame aussi que soit comptabilité le temps de travail « invisible » : par exemple, les AESH suivent parfois un enfant tout au long de sa scolarité, doivent s’adapter à chaque niveau de l’école primaire au lycée : « elles ont besoin de formation continue tout au long de la carrière, cela représente une partie non négligeable de son temps de travail. »

 

 

Rendre ce métier attractif pour rendre enfin l’école inclusive

 

L’urgence aujourd’hui pour accompagner les enfants correctement, rendre ce métier plus attractif. « Il manque 100 AESH dans le Rhône » regrette Odile Baton. Et pour Emmanuel Séchet, les mesures prévues par Pap N’Diaye ne sont pas suffisantes, le compte n’y est pas. Le gouvernement budgète pourtant une augmentation de 10 % en septembre 2023 : « ce n’est pas raisonnable. Une proportion non négligeable des AESH est sous le seuil de pauvreté », s’exclame le syndicaliste pour qui la revalorisation intervient trop tard.

« La place de l’AESH est reconnue dans les textes, mais pas dans les faits » insiste Odile Baton. L’école, dans son ensemble, doit être repensée pour remplir pleinement sa mission sur le handicap. La présidente de la Courte échelle regrette ainsi que peu d’établissements appliquent la loi « Tous les textes sont là mais ils ne sont pas déclinés. Les textes disent qu’il est obligatoire que parents, AESH et enseignant se rencontrent au moment de la prise de fonction de l’AESH à la rentrée, et cela, depuis 2019. Mais ce n’est pas encore pratiqué dans les faits ou trop peu, et pour l’essentiel pour un problème de temps ». Problèmes de temps disponible pour les enseignants, problèmes d’effectifs et d’organisation. Comme sur bien des sujets, on constate aussi une fracture territoriale dans la gestion des AESH. Dans le viseur : les PIAL (pour Pôles Inclusifs d’Accompagnement Localisés) qui regroupent les AESH au niveau départemental et qui les répartissent entre les établissements. Trop souvent, les emplois du temps des AESH sont incohérents, ne prennent pas en compte les temps de transports entre deux établissements scolaires où peuvent être affectés les AESH. Un problème plus bien lourd dans les territoires ruraux qu’en ville. Comme sur bien des sujets, le passage des promesses aux actes, et de la loi aux faits est encore un long chemin pour faire de l’inclusion à l’école une réalité.

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