Premières mesures du plan climat: priorité à la précarité énergétique
Chèque énergie, primes pour des travaux ou des équipements moins énergivores: Nicolas Hulot a commencé à s'atteler au vaste...

Premières mesures du plan climat: priorité à la précarité énergétique

Chèque énergie, primes pour des travaux ou des équipements moins énergivores: Nicolas Hulot a commencé à s'atteler au vaste...
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Chèque énergie, primes pour des travaux ou des équipements moins énergivores: Nicolas Hulot a commencé à s'atteler au vaste chantier de la précarité énergétique, qui touche près de 12 millions de Français, avec les premières mesures de son Plan climat, annoncées lundi.

- Le "chèque énergie" généralisé

Le chèque énergie, expérimenté depuis deux ans dans quatre départements, sera étendu à tout le territoire l'an prochain, a annoncé le ministre de la Transition écologique et solidaire au quotidien Libération.

Instauré par la loi sur la transition énergétique, il bénéficiera à près de 4 millions de ménages en remplacement des tarifs sociaux de l'électricité et du gaz.

Le montant de ce chèque, d'abord fixé à 150 euros en moyenne (avec des paliers en fonction des revenus), atteindra 200 euros en moyenne en 2019.

"Nous sommes très contents de cette décision", a réagi Frédérique Coffre, directrice générale du Médiateur de l'énergie, qui pousse cette mesure depuis longtemps.

Pour Benoît Hartmann, porte-parole du réseau pour la transition énergétique CLER, "le passage à 200 euros, ce n'est pas assez" alors que les ménages concernés "sont dans des passoires thermiques et ont des factures de l'ordre de 3.000 à 4.000 euros".

"C'est un moyen de régler l'urgence, mais pas le problème de fond" des logements mal isolés, renchérit Nicolas Mouchnino, de l'association UFC-Que Choisir.

"On ne fait que dépanner", souligne également Michel Dubromel, président de France Nature Environnement, réclamant un "guichet unique" pour faciliter l'accès aux aides.

A 150 euros en moyenne, la mesure représentait une enveloppe budgétaire de l'ordre de 600 millions d'euros par an, selon un chiffrage réalisé l'an dernier.

- Une prime à la place du CITE

Le crédit d'impôt pour la transition énergétique (CITE) "n'est versé que plusieurs mois après l'achèvement des travaux (...). Pour les ménages aux faibles revenus c'est un vrai frein", juge Nicolas Hulot.

D'où son intention de le transformer en une prime "versée dès que les travaux seront achevés" à partir de 2019, pour le rendre "accessible à tous".

"C'est une bonne chose", a salué M. Hartmann, car "cela va lever le souci de trésorerie d'un certain nombre de familles précaires".

En attendant, le CITE reste en vigueur, mais le ministre prévoit de le réserver aux travaux et équipements "les plus efficaces", sans plus de précision.

Il semble répondre ainsi aux critiques émises sur l'efficacité réelle du dispositif notamment par des associations de consommateurs et la Cour des comptes.

Créé en 2014, le CITE était censé doper les travaux d'économie d'énergie dans les logements, grâce à un allègement fiscal de 30% pour les travaux réalisés dans une résidence principale ou pour l'acquisition d'équipements plus performants.

S'il salue la création de cette prime, Nicolas Mouchnino regrette qu'"on se base toujours sur l'équipement et pas sur la performance réelle des travaux".

Les professionnels du bâtiment s'interrogent eux sur le contour du CITE modifié pour 2018. "Ensuite, en 2019, est-ce que la prime sera équivalente au CITE avec les mêmes paramètres ?", se demande Jacques Chanut, président de la Fédération française du bâtiment (FFB).

Cette année, le CITE devrait coûter près de 1,7 milliard d'euros à l'Etat.

- Aide à l'abandon des chaudières au fioul

Autre annonce: le remplacement d'une chaudière au fioul par une chaudière à bois ou une pompe à chaleur pourra donner droit à une aide allant "jusqu'à 3.000 euros" pour les ménages modestes.

Cette aide sera attribuée via le mécanisme des certificats d'économies d'énergie (CEE) qui oblige les fournisseurs d'énergie (EDF, Total, Engie, la grande distribution au titre des ventes de carburants, etc) à financer des actions d'économies (rénovation thermique des bâtiments, changement de chaudières, énergies renouvelables...).

Avant, "on pouvait toucher la prime même si on remplaçait sa chaudière par une chaudière au fioul plus performante", donc cette mesure est une "amélioration", avance M. Hartmann. "A condition que ce soit adossé à un diagnostic et à des travaux d'isolation pour diminuer les besoins", souligne-t-il.

"Il faut absolument que tout cela fasse sens avec la loi Logement, qu'on fasse un très gros effort sur la réduction des besoins. Là on ne traite qu'un volet" celui de la consommation, déplore-t-il.

Partager cet article

Dans la même thématique

BIDONVILLE A MAYOTTE
7min

Politique

Inégalités dans les outre-mer : école, santé, pouvoir d’achat… Les propositions de la commission d’enquête du Sénat pour combler les disparités avec la métropole

La commission d’enquête sénatoriale sur les « inégalités systémiques » frappant les territoires ultramarins a rendu ses conclusions ce jeudi. Lancée par les sénateurs communistes, elle formule une soixantaine de propositions balayant le spectre des difficultés outre-mer, de la gestion sanitaire à la souveraineté économique.

Le

Presidential candidate Jean-Luc Melenchon gives a press conference in Paris
7min

Politique

Écorégions : Jean-Luc Mélenchon propose de redessiner la carte des régions pour faire de la France « la première République écologique du monde »

En pleine séquence de canicule, le chef de file de La France insoumise relance son projet de « république écologique ». Le candidat à l’élection présidentielle propose, s’il accède à l’Élysée, de remplacer les régions actuelles par treize « écorégions » organisées autour des bassins versants. Une réforme institutionnelle ambitieuse, qui reste à ce stade une proposition de campagne.

Le

Session of questions to the government at the National Assembly
9min

Politique

Main tendue de Laurent Wauquiez à Édouard Philippe : « C'est le retour de la droite la plus bête du monde », tacle le camp de Bruno Retailleau

Dans les colonnes du Figaro, le patron des députés de droite, Laurent Wauquiez semble avoir, une fois de plus, savonné la planche du candidat à la présidentielle de son parti, Bruno Retailleau, estimant, sans le nommer, qu'il devrait « savoir se retirer le plus tôt possible » au profit du candidat le mieux placé pour rassembler la droite et le centre, en l'occurrence Édouard Philippe. Si l'entourage de Laurent Wauquiez dément tout soutien au candidat Horizons, ses propos agacent mais ne surprennent pas vraiment le camp du Vendéen.

Le

Premières mesures du plan climat: priorité à la précarité énergétique
3min

Politique

Loi d’urgence agricole : « Si le Sénat fait le choix de faire capoter le texte, ce sera sa responsabilité », tacle Marc Fesneau, président des députés MoDem

Invité de la matinale de Public Sénat ce jeudi, Marc Fesneau a réaffirmé les lignes rouges de la majorité gouvernementale concernant le projet de loi d’urgence agricole, actuellement examiné au Sénat. La réintroduction de plusieurs pesticides par les sénateurs menace de « faire capoter le texte », qui ne pourra être voté en l’état à l’Assemblée, avertit l’ancien ministre de l’agriculture.

Le