France Macron

Près de deux ans après son lancement, quel bilan pour le plan « Marseille en grand » ?

Emmanuel Macron est en déplacement à Marseille où il devrait faire de nouvelles annonces pour aider la ville à rattraper le retard qu’elle a pu accumuler dans un certain nombre de secteurs. Auprès de Public Sénat, les sénateurs des Bouches-du-Rhône dressent le bilan des premières mesures déployées depuis septembre 2021 dans le domaine de l’éducation, des transports et de la sécurité.
Romain David

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Marseille, acte II. Emmanuel Macron a entamé ce lundi un déplacement de trois jours dans la cité phocéenne, un peu moins de deux ans après le lancement du plan « Marseille en grand », destiné à aider la deuxième ville la plus peuplée de France à rattraper son retard en matière d’éducation et de transport, mais aussi à renforcer la lutte contre les trafics de drogue et l’insécurité. L’Etat avait mis sur la table 5 milliards d’euros, pour un total de 15 milliards d’investissements croisés. De nouvelles annonces sont attendues dans les jours à venir, alors que l’Elysée assure auprès du quotidien Les Echos que 90 % des projets annoncés en septembre 2021 ont déjà été lancés. En matière de sécurité, « tous les engagements pris il y a deux ans ont été tenus et c’est historique », s’est félicité le locataire de l’Elysée dans l’après-midi, en marge de sa visite du chantier de la prison des Baumettes 3.

Du côté du Palais du Luxembourg, les sénateurs et sénatrices des Bouches-du-Rhône saluent l’intérêt porté par le chef de l’Etat à la ville mais estiment néanmoins que certains volets du plan peinent à se déployer. « Avec Marseille, on a une ville française qui se trouve en première ligne des évolutions climatiques et migratoires des décennies à venir. Il est normal que le président veuille s’attaquer au niveau de retard dans lequel l’ont laissée les deux exécutifs qui l’ont pilotée pendant soixante ans », relève auprès de Public Sénat le sénateur EELV Guy Benarroche.

Ecoles, les chantiers de réhabilitation lancés

C’est aux écoles qu’est allée la plus grosse enveloppe du plan « Marseille en grand », avec un budget total de 1,5 milliard consacré à la rénovation des 470 établissements du parc scolaire. Le maire Benoît Payan en avait fait l’une des priorités de son mandat, mobilisant 800 millions d’euros, sur lesquels l’Etat a accepté de garantir 650 millions d’euros d’emprunt, en plus d’une dotation de 400 millions d’euros, pour se concentrer sur les 174 écoles les plus vétustes de la ville. 19 chantiers de réhabilitation doivent être lancés en 2023, 27 en 2024, selon un pointage fait par la ville début mars. « Les choses commencent à sortir de terre. Nous n’en sommes pas encore aux inaugurations, mais il faut reconnaître que les choses bougent sur ce dossier », salue la sénatrice socialiste des Bouches-du-Rhône Marie-Arlette Carlotti.

Marseille avait également été choisie comme théâtre de l’expérimentation sur « l’école du futur », un projet controversé, qui avait soulevé une large levée de boucliers à gauche, mais aussi à droite. « C’est une annonce politicienne en période électorale. On prend la question par le petit bout de la lorgnette », avait réagi à l’époque le sénateur LR Max Brisson, spécialiste des questions d’éducation, et pourtant auteur d’une proposition de loi sur l’autonomie des établissements.

L’objectif de « l’école du futur » : accorder une marge de manœuvre plus importante aux directeurs pour déployer des projets pédagogiques propres à chaque établissement, notamment en leur laissant la possibilité de recruter des enseignants. Malgré les avertissements des syndicats sur un risque d’autonomisation et de mise en concurrence des établissements, Emmanuel Macron avait annoncé, quelques mois seulement après la mise en place de l’expérimentation dans une cinquantaine d’écoles de la cité phocéenne, vouloir « généraliser cette approche » à l’ensemble du territoire. Le président de la République devrait consacrer le deuxième jour de sa visite à ce sujet. « Marseille ne doit pas devenir une sorte de laboratoire de la Macronie sur un certain nombre de politiques publiques », avertit le communiste Jérémy Bacchi, sénateur des Bouches-du-Rhône et candidat malheureux aux dernières municipales à Marseille. « Ce projet d’école du futur, c’était un peu le baiser de la mort car s’y opposer serait revenu à refuser le soutien que se proposait d’apporter l’Etat à la ville », déplore-t-il.

« Cette expérimentation débute à peine, il n’y a pas matière à généraliser », estime Marie-Arlette Carlotti. « Pour l’instant, elle consiste essentiellement en des appels à projet. Je note que le retour des directeurs d’établissement est très contrasté. En revanche, les zones les plus en difficultés ne sont pas nécessairement les plus prioritaires dans l’aide apportée à la mise en place des projets pédagogiques, alors que ce sont sur ces établissements qu’il faudrait mettre le paquet pour gommer la fracture nord-sud ».

Sécurité, une nette augmentation des effectifs de police

En 2021, Emmanuel Macron avait annoncé le déploiement de 300 policiers nationaux supplémentaires à Marseille, 120 médiateurs-éducateurs dans les quartiers, la construction d’un nouvel hôtel de police et d’un nouveau commissariat d’arrondissement, auxquels est venue s’ajouter, en février 2022, la promesse d’une nouvelle cité judiciaire par le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti. Dans les colonnes de La Provence ce dimanche, le chef de l’Etat annonce l’arrivée d’une compagnie supplémentaire de CRS, en plus des trois déjà déployées sur le terrain.

Et pourtant, les résultats en matière de sécurité tardent à se faire sentir. Fin mai, une nouvelle fusillade dans l’est de Marseille a fait trois morts. « La ville est aujourd’hui l’otage des cartels », s’est agacé le sénateur LR des Bouches-du-Rhône Stéphane Le Rudulier lors d’une séance de questions au gouvernement début juin. « C’est une guerre d’usure et non pas une guerre éclair, certes, mais, alors que nos forces de l’ordre combattent au quotidien ce cartel, la justice et l’arsenal juridique semblent marquer le pas », s’est inquiété l’élu tout en saluant la mise en œuvre de moyens sécuritaires supplémentaires.

« Le déploiement de forces de l’ordre supplémentaires relève d’un effet d’affichage qui trahit une vision du contrôle permanent dont je ne suis pas sûr qu’elle soit très efficace sur le trafic de drogue », soupire Guy Benarroche. « L’envoi de forces de l’ordre supplémentaires ou le pilonnage de certains points de deal, je n’ai rien contre, mais cela ne suffit plus à ébranler une économie parallèle qui s’est complètement ubérisée et qui touche de plus en plus de monde, du petit ouvrier de 16 ans jusqu’au cadre intermédiaire d’une trentaine d’années », déplore l’écologiste. Il évoque la nécessité de ramener les services publics au cœur des quartiers, ou encore d’ouvrir un débat sur la dépénalisation de certains produits, « de manière à ébranler profondément ce système », une réflexion qui, toutefois, ne peut se tenir qu’au niveau national.

De ce point de vue, le paiement immédiat, par carte bancaire ou en liquide, des amendes forfaitaires pour consommation de drogue afin d’améliorer leur recouvrement, et qui a été annoncé dimanche par Emmanuel Macron, apparaît comme peu pertinent aux élus. « Franchement, ce n’est pas en s’en prenant aux consommateurs que l’on va régler le problème. Aux Etats-Unis, la prohibition n’a fait qu’enrichir la mafia », cingle Marie-Arlette Carlotti.

Le 14 juin, les sénateurs des groupes socialistes, écologistes et communistes ont déposé auprès de la présidence de la Haute Assemblée une demande de résolution « tendant à la création d’une commission d’enquête sur les violences à Marseille et sur le territoire français ». L’exposé des motifs fait valoir la nécessité d’aborder ce problème, non par le seul versant sécuritaire, mais aussi dans sa dimension économique et sociale. Les trois groupes de gauche ayant déjà utilisé leur niche parlementaire au cours de l’année, ils doivent désormais obtenir l’aval de la présidence du Sénat, puis un vote positif en séance publique, pour pouvoir mettre en place une nouvelle commission d’enquête. La conférence des présidents examinera leur demande le 11 juillet prochain : « Je pense que cela va se faire, Gérard Larcher est pour », glisse un élu.

Sur un éventuel déménagement de la cité judiciaire depuis l’hypercentre vers le quartier d’affaires d’Arenc, notons que de nombreux élus s’inquiètent des retombées économiques : « Les 3 800 travailleurs de la cité judiciaire font vivre les 1 780 commerces qui se trouvent à moins de 10 minutes à pied de cette place forte de la justice. À titre d’exemple, le poids financier des repas méridiens de ces travailleurs dans les restaurants du quartier est estimé à 7,4 millions d’euros par an », faisait régalement remarquer Stéphane Le Rudulier à Éric Dupond-Moretti début juin.

Transports, un dossier au point mort

Emmanuel Macron a fait savoir que la subvention pour les transports à la métropole Aix-Marseille-Provence allait passer de 256 à 500 millions d’euros. En septembre 2021, l’Etat s’était déjà engagé à verser un milliard, notamment pour le désenclavement des quartiers nord. À l’heure de la transition écologique, la ville a accumulé un retard assez considérable dans le développement des transports en commun, une situation qui risque très vite de devenir critique avec la mise en œuvre des Zones à faibles émissions (ZFE) dont le déploiement a déjà commencé dans le centre de Marseille et doit progressivement monter en puissance jusqu’en 2025. « Si vous arrivez en train à la gare Saint-Charles en fin de journée, vous ne trouverez plus aucun moyen de transport pour Aubagne, Cassis, La Ciotat et toute la partie est de la métropole », observe Guy Benarroche. « Pour accompagner socialement la mise en place des ZFE, il faut multiplier les alternatives ».

Sur ce dossier, la métropole d’Aix-Marseille-Provence, pilotée par l’ex-LR Martine Vassal, et la ville de Marseille se partagent les compétences, mais sans parvenir à travailler de concert. « Il y a un vrai sujet. Si Emmanuel Macron pouvait dire à Martine Vassal, qui l’a soutenu pendant la présidentielle, de bosser avec Benoît Payan, ce serait pas mal », raille Marie-Arlette Carlotti. « Chacun défend sa vision de Marseille », observe Jérémy Bacchi. « L’exécutif devrait endosser un rôle d’arbitre sur un certain nombre de décisions suivant la feuille de route qu’il a définie. Si l’objectif est de mieux connecter les quartiers nord au reste de la ville, on peut effectivement s’interroger sur la pertinence d’ouvrir de nouvelles lignes dans le sud… ».

« Les Marseillais ne demandent pas l’aumône »

Ce nouveau déplacement d’Emmanuel Macron pourrait être l’occasion d’annonces consacrées au logement, alors que le bâti Marseillais souffre de sa grande vétusté. « Depuis le drame de la rue d’Aubagne, les arrêtés de péril se multiplient », constate Guy Benarroche qui pointe aussi les insuffisances de la politique nationale du logement.

Pour Jérémy Bacchi, le principal angle mort du plan « Marseille en grand » concerne l’emploi. Il espère des annonces sur le développement économique et la réindustrialisation du Grand port. « J’ai l’impression que cette question passe totalement sous les radars. Les Marseillais ne demandent pas l’aumône, mais des perspectives d’avenir », conclut le communiste.

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