SIPA_01176533_000010

Présidence de LR : « Sans différence idéologique entre Retailleau et Wauquiez, on se dirige vers une guerre fratricide »

Ce week-end, les adhérents LR vont élire leur président en choisissant entre deux candidats, Laurent Wauquiez ou Bruno Retailleau. Quel que soit le résultat, le perdant ne dira pas adieu à ses ambitions présidentielles. Analyse avec le politologue Luc Rouban, directeur de recherches au Cevipof.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Les 17 et 18 mai,121 617 adhérents LR sont appelés aux urnes pour élire le successeur d’Éric Ciotti à la tête des Républicains. Les deux candidats, Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez ont mené campagne à fleuret moucheté. Le premier a pris soin d’ignorer les attaques de plus en plus incisives du second. Alors que Laurent Wauquiez n’a cessé d’accuser Bruno Retailleau de vouloir « dissoudre la droite dans le macronisme », le ministre de l’Intérieur, favori des sondages, a fini par rappeler à quelque jour du scrutin, qu’il n’était « toujours pas macroniste ».

Entretien avec le politologue Luc Rouban, directeur de recherches au Cevipof.

Les Républicains peuvent-ils déjà se féliciter d’avoir évité « une guerre des chefs » dont le parti est coutumier, à l’approche d’une élection ?

Elle est en tout cas retardée. Car quel que soit le résultat dimanche soir, nous sommes toujours dans une situation où il n’y a pas de candidat naturel de la droite en 2027. Il y aura au moins deux prétendants, sans compter ceux qui y pensent fortement. Cette campagne a montré qu’il n’y a pas de différence idéologique profonde entre Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez. On se dirige donc vers une guerre fratricide.

Un score supérieur à 60 % des voix en faveur de Bruno Retailleau ne permettrait-il pas d’asseoir le leadership de Bruno Retailleau sur sa famille politique ?

Je ne pense pas, car même si Bruno Retailleau gagne très largement, Laurent Wauquiez pourra dire, comme il l’a fait tout le long de la campagne, qu’on ne peut pas être à la fois ministre d’un gouvernement macroniste et président de LR. Et je n’imagine pas Bruno Retailleau, à court terme, se priver des moyens de l’Etat que lui offre son ministère.

Une victoire de Laurent Wauquiez est aussi possible

Oui mais je trouve que Laurent Wauquiez a fait une erreur significative avec son idée d’envoyer les étrangers dangereux sous OQTF à Saint-Pierre et Miquelon. Surtout dans une période où les collectivités sont exsangues. Je ne suis pas sûr qu’il récolte beaucoup de voix du côté des Outre-mer. C’est une proposition pour le coup qui n’est pas du tout gaulliste.

Bruno Retailleau, justement, se réclame du gaullisme pour justifier sa présence dans le gouvernement de François Bayrou, expliquant que, « quand on est gaulliste, on ne se planque pas ». C’est un argument qui porte auprès des électeurs ?

A droite, il y a toujours une volonté de capter l’héritage gaulliste. On le voit désormais au RN qui essaye de récupérer le gaullisme social, protecteur, défendant les services publics. Il ne reste plus aux Républicains que le gaullisme sécuritaire et on a vu que cette campagne était très à droite, axée sur l’immigration, la sécurité, et plus discrètement, le contrôle des finances publiques.

Il ne faut pas, non plus, négliger l’effet du trumpisme en France. L’idée d’un autoritarisme politique ferme sur l’immigration et la sécurité contre la bureaucratie et néolibéral sur le plan économique, séduit un quart de l’électorat français. Ce qui peut profiter aux Républicains plus qu’au Rassemblement national.

Les adhérents LR étaient 44 000 en février, ils sont presque 122 000 maintenant. Quel candidat va en profiter ?

C’est ce qu’il faudra regarder. Il faudra savoir si cette élection interne à attirer les macronistes de droite ou les déçus du RN. En tant que membre du gouvernement, Bruno Retailleau a un avantage sur Laurent Wauquiez. Car il peut apparaître comme un homme de convergence, capable d’opérer une synthèse à droite. Et l’union des droites sera l’un des enjeux de 2027.

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

France Farmers’ Protest Continues in Central Paris
6min

Politique

Colère des agriculteurs : au-delà de la gestion de la mobilisation, le gouvernement attendu au tournant sur le fond

Signature du Mercosur, gestion de la dermatose nodulaire, des normes jugées pénalisantes… La mobilisation des agriculteurs est montée d’un cran ce jeudi. Une centaine de tracteurs ont rejoint Paris et l’Ile-de-France à l’appel de la Coordination rurale, malgré l’interdiction. Ce type de mobilisations spectaculaires met une pression supplémentaire sur le Premier ministre qui annoncera des mesures concrètes vendredi.

Le

Paris: Macron and Attal during a ceremony at the Mont-Valerien memorial
7min

Politique

Interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans : la bataille des textes dans la « guéguerre » Attal–Macron

Ce jeudi 8 janvier, le Conseil d’État examine le projet de loi du gouvernement interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans et l’usage des téléphones portables dans les lycées. Alors que le gouvernement et la majorité parlementaire défendent des mesures proches, la coexistence de plusieurs textes cristallise une rivalité entre exécutif et Parlement, et rend le calendrier législatif incertain.

Le

Présidence de LR : « Sans différence idéologique entre Retailleau et Wauquiez, on se dirige vers une guerre fratricide »
4min

Politique

Groenland : « Donald Trump nous met le couteau sous la gorge », estime Cédric Perrin

Au micro de Public Sénat, Cédric Perrin, président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, estime que les déclarations de Donald Trump sur le Groenland visent à mettre la pression aux Européens, dans un contexte où les Etats-Unis viennent de redéfinir leurs objectifs stratégiques. Par ailleurs, l’élu sera reçu à l’Elysée ce jeudi en fin de journée, alors qu’Emmanuel Macron doit présenter les garanties de sécurité pour l’Ukraine.

Le